D’après le ministère de l’Intérieur, la manifestation du samedi 19 janvier a regroupé 84.000 manifestants à travers le pays. Un chiffre bien loin de celui du «Nombre jaune», un compteur alternatif, qui a affiché un total de 147.365 manifestants.

La question du décompte des manifestants est un grand classique des mouvements sociaux, et recouvre toujours les mêmes tenants et aboutissants: la critique de la méthode du gouvernement, et une proposition d’une méthode alternative. Ce dimanche 20 janvier, «Le Nombre jaune», une page Facebook de «gilets jaunes», indique avoir compté 147.365 manifestants samedi 19 janvier dans toute la France. Soit 63.365 manifestants de plus que le décompte du ministère de l’Intérieur (84.000).

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Depuis le 26 décembre 2018, le «Nombre jaune – Compteur de MANUfestations» recense le total des manifestants chaque samedi. À la tête de ce groupe, quatre personnes aux profils variés: l’un est pharmacien, l’autre professeur dans l’Education nationale. On trouve aussi parmi les administrateurs un gestionnaire de compte. Et tous se sont regroupés autour d’un but commun: «compter jusqu’au dernier ‘‘gilet jaune”». Une tâche ardue qui a pour but de contrer «les chiffres donnés par l’Intérieur», qu’ils jugent «néfastes au mouvement de par leur sous-évaluation évidente et leur minimisation».

«Une quarantaine de référents locaux»

«On perdait beaucoup de temps sur les départements», confie Joris, le cofondateur du «Nombre jaune» au Figaro. Le collectif ne se servait que des chiffres donnés par les médias locaux. «Chaque département peut compter 10 groupes Facebook», souligne le Marseillais, sachant que la France est composée de 101 départements. Mais aujourd’hui, l’équipe est complétée par une quarantaine de «référents départementaux» . Ainsi, 167 villes sont couvertes.

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Sur la question de la fiabilité des référents, Joris nous explique «les trier et les tester». «On va leur demander un nombre à tel endroit, et on le comparera avec nos relevés. On leur demande aussi leurs sources, et on voit s’ils sont actifs sur leur groupe de “gilets jaunes”», détaille-t-il.

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Sur place, les référents ont chacun leur propre méthode afin de comptabiliser les manifestants. Pour Valérie, référente originaire de l’Isère, ce sera l’étude de photos et de vidéos envoyées «par des personnes de confiance sur les manifestations». Elle ajoute: «Si je prends deux exemples: au Pays basque (Saint-Jean-de-Luz et Bayonne), nous avions des personnes qui ont compté sur place. Leurs chiffres ont été confirmés par les photos, les vidéos et les informations de la presse. Par contre pour Tarbes, je n’ai travaillé qu’à partir d’une vidéo du début à la fin du cortège», explique-t-elle au Figaro.

«On publie le résultat final le dimanche à midi»

Une fois toutes les sources répertoriées, les quatre administrateurs de la page s’occupent eux-mêmes du décompte des manifestants. «Après avoir fait une première estimation des grandes villes, on va publier un premier chiffre à 18h30 le samedi même», explique Joris, tout en nous confiant que ce premier chiffre n’est pas du tout définitif. «Après les enquêtes de terrain, que nous recevons jusqu’au lendemain à 11h30, nous publions le chiffre définitif à 12h sur notre page Facebook.»

Sous la forme d’un tableau Excel, les données sont réparties en cinq colonnes: le département, la ville, le lieu, le nombre de «gilets jaunes» par lieu, et le nombre de «gilets jaunes» par département. «On se fait souvent sermonner en commentaire parce que les internautes nous disent qu’on a baissé les chiffres, ou qu’on a mal compté. Mais maintenant, on va pouvoir ajouter des pièces jointes au fichier, avec nos sources vidéos et photos, donc les gens qui ne sont pas contents pourront alors vérifier par eux-mêmes», conclut Joris.

Cette méthode est-elle fiable?

Pour Thomas Ehrhard, Maître de conférences en sciences politiques à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas, cette problématique de contestation n’est pas nouvelle. Il y aura toujours une «discussion à propos du chiffre» donné. Concernant l’écart entre les deux chiffres, «c’est toujours multiplié par 2 si vous faites attention» précise-t’il.

«La méthode des gilets jaunes n’est pas plus fiable que celle du gouvernement», souligne-t-il. «Les deux méthodes sont des méthodes de projection, et elles comportent toutes les deux des biais». Le professeur de sciences politiques précise que la «méthode du gouvernement est plus solide», du fait de la «routinisation des techniques». Au final, «peu importe la question de la méthode des deux côtés, seul compte le chiffre annoncé.»

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