Comment Chirac a appris qu’il se retrouvait face à Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002 – BFMTV.COM

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En 2002, alors qu’il termine son premier mandat présidentiel, Jacques Chirac mène une campagne difficile pour sa réélection. Il est loin de se douter qu’il va devoir affronter le candidat de l’extrême droite au second tour. Le 21 avril, soir du premier tour de la présidentielle, le résultat est un choc pour lui et pour l’ensemble de la classe politique française.

Jean-Marie Le Pen devance de moins d’un point le socialiste Lionel Jospin et se retrouve face à Jacques Chirac.

“C’était comme un tonnerre dans un ciel bleu”, se souvient la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse. Conseillère de Jacques Chirac, elle découvre les résultats dans le bureau du président. Ce fut “un second tour absolument tragique puisque c’était un second tour contre Le Pen, ce que Jacques Chirac avait toujours combattu”.

“Vous allez être en face de Jean-Marie Le Pen”

L’ancien directeur de campagne de Jacques Chirac, Patrick Stefanini, l’apprend en premier, peu avant les résultats officiels, grâce “aux prévisions des instituts de sondages et aux premiers résultats des dépouillements transmis par certains maires”.

Il se souvient sur notre antenne du moment où il a commencé à entrevoir la tendance des résultats. Il raconte courir voir Jacques Chirac pour lui annoncer la nouvelle: “vous allez être en face de Jean-Marie Le Pen”, lui lance-t-il.

Mais Chirac le met dehors: “Il est avec toute son équipe politique, ils préparent les éléments de langage pour les plateaux télés de 20 heures, et répond à son directeur de campagne: ‘écoutez Patrick, ne nous dérangez pas’. Le directeur de campagne revient 10 minutes plus tard, sûr de lui, et déclare: “c’est certain!”. 

“Lui est empreint d’une extraordinaire gravité”

D’après Patrick Stefanini, Bernadette Chirac s’écrie: “Jacques, je vous l’avais bien dit !”. Le président qui croyait jusqu’alors à une “mauvaise blague” comprend à ce moment-là que c’est une réalité.

“Il arrête la réunion, laisse son équipe de campagne se débrouiller”, se souvient Patrick Stefanini. “Nous on est contents, on sait qu’il a gagné. Le fait d’être qualifié en face de Jean-Marie Le Pen veut dire qu’il est président de la République à nouveau. On sait que l’UMP va gagner dans la foulée les élections législatives. Lui est empreint d’une extraordinaire gravité, parce qu’il mesure le signal que la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour envoie à la société française”

Sa stratégie de campagne pour l’entre-deux tours est modelée par cette prise de conscience, avec un discours rassembleur, très offensif face à Jean-Marie Le Pen. Il multiplie les symboles, avec un meeting place de la République, ou encore son refus de débattre avec le candidat du Front National.

“Cette image de la gravité de Jacques Chirac au moment même où on lui annonce qu’il a quasiment gagné le second tour sans livrer bataille, ça m’a beaucoup marqué”, conclut son ancien directeur de campagne.

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