Colonisation : les pistes remises à Macron pour réconcilier la France et l’Algérie – Le Parisien

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Que va faire Emmanuel Macron du rapport sur « la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie », que lui remet ce mercredi l’historien Benjamin Stora? Le président avait confié cette mission au chercheur, en juillet, afin de « regarder l’histoire en face, sortir du déni ou du non-dit depuis 60 ans », en finir « avec une histoire mal racontée, parfois pour des raisons politiques malsaines, qu’il faut maintenant regarder en face », explique un conseiller de l’Elysée.

Premier président de la République à être né après la guerre d’Algérie, « Emmanuel Macron est d’une génération qui peut s’autoriser ce travail, comme Jacques Chirac a pu regarder en face la rafle du Vél’d’Hiv », ajoute-t-il.

«Il n’est pas question d’excuses»

Le rapport de 150 pages (que Benjamin Stora présente en exclusivité au Parisien) décrit les blessures de part et d’autre, et établit surtout une trentaine de préconisations pour avancer enfin. Peu spectaculaires – hormis peut-être une stèle portant le portrait de l’émir Abdelkader au château d’Amboise ou l’entrée au Panthéon de l’avocate féministe Gisèle Halimi qui fut aussi une fervente partisane de l’indépendance algérienne – mais concrètes.

Pas spectaculaires ? D’emblée, l’Elysée évacue toute idée de « repentance » ou d’« excuses » à l’Algérie. Stora lui-même écarte cette voie, jugeant les excuses « jamais suffisantes » – il cite l’exemple du Japon s’étant maintes fois excusée auprès de la Corée sans que cela n’apaise rien.

Quant à la repentance, il souligne qu’elle s’est déjà exprimée à plusieurs reprises dans des discours – « peu remarqués il est vrai », concède-t-il – de Jacques Chirac ou François Hollande, ainsi que dans ceux d’ambassadeurs de France en Algérie ayant expressément présenté des excuses pour le massacre de Sétif. L’Elysée abonde en ce sens : « Il n’est pas question d’excuses […] La repentance est vanité; la reconnaissance est vérité », répète en boucle un conseiller élyséen, comme pour étouffer d’avance toute polémique sur ce thème, que ne devrait pourtant pas manquer de relancer l’Algérie, de longue date demandeuse de telles excuses.

« Dans son voyage en Algérie lorsqu’il était candidat Emmanuel Macron a tenu des propos sur la colonisation qu’il ne regrette absolument pas (il l’avait qualifiée de « crime contre l’humanité, NDLR), malgré la polémique franco-française, reprend-on à l’Elysée. Il n’y avait rien à dire de plus! » Aujourd’hui, martèlent des conseillers un brin agacés par l’insistance sur ce thème, il est temps « de se rassembler, de faire nation » et passer à une « reconnaissance par les actes ».

Une commission «Mémoire et vérité»

Les actes ? Le rapport propose des mesures « franco-françaises » et « franco-algériennes ». Stora préconise de créer une commission « Mémoire et vérité », chargée de proposer des « initiatives communes entre la France et l’Algérie sur les questions de mémoire » afin de réconcilier les deux rives de la Méditerranée.

Cela passe par des dates de commémorations dès 2022 « pour toutes les mémoires, jusqu’ici fragmentées » : le 25 septembre en hommage aux Harkis, le 17 octobre aux Algériens victimes d’opérations de police à Paris, le 19 mars ( signature des accords d’Evian en 1962 ) journée du souvenir; Stora souhaitant que les différentes communautés s’invitent mutuellement à ces commémorations… Auxquelles assistera Emmanuel Macron.Sans doute cela provoquera-t-il un débat dans les partis politiques, qui souhaiteront être associés à ces mesures.

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D’autres propositions visent l’enseignement, pour donner plus de place à cette histoire dans les manuels scolaires – l’Elysée évoquant le danger de « séparatisme » favorisé par une histoire « déformée voire inventée » racontée aux jeunes – ou l’ouverture des archives.

Reste une inconnue : comment sera reçu ce rapport à Alger ? « Le sujet est régulièrement évoqué par le chef de l’Etat dans ses conversations avec le président Tebboune, dont la dernière remonte au 19 décembre », précise l’équipe Macron.

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