Christophe Prudhomme : «Le vaccinodrome est une grotesque opération médiatique» – Libération

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Mardi matin, à Paris, Clémentine Autain a présenté ses têtes de liste pour les départements d’Ile-de-France, alors que les élections régionales doivent se tenir – sauf report – en juin. La députée insoumise postule à la présidence de la région. Elle rêve de détrôner la droitière au poste, Valérie Pécresse. Le médecin urgentiste Christophe Prudhomme représente la Seine-Saint-Denis. Le syndicaliste est un visage visible de ces derniers mois. La crise a posé la lumière sur les blouses blanches qui défilent sur les plateaux télé. Lorsqu’il a pris le micro pour se présenter, l’urgentiste a – bien évidemment – parlé de la crise sanitaire pour pointer du doigt la stratégie gouvernementale.

Christophe Prudhomme a également évoqué le Stade de France qui s’est transformé en vaccinodrome. Il ne voit pas la chose d’un très bon œil. Il n’est pas le seul chez les insoumis. Certaines têtes, à l’image de Raquel Garrido et William Martinet, ont mis en ligne une pétition pour l’ouverture «immédiate des centres de vaccination partout» en Seine-Saint-Denis. Le Président du département, Stéphane Troussel, et le maire de Saint-Denis, Mathieu Hanotin, guettent la situation différemment : ils se félicitent de l’ouverture en grand du Stade de France. Mardi, les socialistes ont inauguré le vaccinodrome avec trois membres du gouvernement : Jean Castex, Gérald Darmanin et Olivier Véran. Ils ont profité de l’événement pour demander au gouvernement l’élargissement du public éligible – notamment les professeurs et les policiers. Un point commun avec les insoumis. Mais le désaccord sur le vaccinodrome persiste : entretien avec le médecin urgentiste, Christophe Prudhomme.

C’est quoi le souci avec les vaccinodromes ?

Je ne suis pas opposé aux vaccinodromes. C’est une opération efficace lorsque les doses sont suffisantes. Or ce n’est pas le cas aujourd’hui. On en manque cruellement. Du coup, on retire des doses dans certains centres de proximité. Ce n’est pas normal. Le vaccinodrome est un bon outil pour la vaccination de masse, mais encore faut-il avoir des vaccins.

«La libération des brevets, c’est la seule manière de produire un maximum de vaccins rapidement, partout, sur tous les continents. On ne va pas régler le problème en vaccinant seulement les pays riches.»

—  Christophe Prudhomme, tête de liste insoumis aux régionales en Seine-Saint-Denis

Vous avez des retours de médecins libéraux sur le sujet ?

Oui, de nombreux retours. Il y a beaucoup de colère. Hier, par exemple, j’ai parlé avec un collègue de Rosny-sous-Bois [en Seine-Saint-Denis, ndlr] qui était furieux. Il s’est vu signifié que sa dotation de vaccins allait être divisée par deux pour fournir le Stade de France. Franchement, c’est scandaleux. C’est une grotesque opération médiatique. Les Etats-Unis, par exemple, ont mis en place de nombreux vaccinodromes dans des grands stades. Eux, ils peuvent le faire, ils ont les doses suffisantes donc ils vaccinent 10 000 personnes par jour et par lieu. Pendant ce temps, nous, en Seine-Saint-Denis, nous allons vacciner 10 000 personnes par semaine au stade de France…

Donc les vaccinodromes sont utiles lorsque les doses sont nombreuses ?

Oui. Je ne veux pas mettre en concurrence les vaccinodromes et les centres de proximité. Ce n’est pas le but, il ne faut pas les opposer. Lorsque nous aurons suffisamment de doses, on pourra alimenter tous les sites. En attendant, on ne peut pas déshabiller l’un pour habiller l’autre et jouer les fiers devant les caméras.

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Le personnel médical est limité et fatigué. Aujourd’hui, on le mobilise pour de mauvaises raisons : le collègue à Rosny-sous-Bois a passé son week-end à déprogrammer des rendez-vous à cause de sa dotation qui diminue. Et il ne faut pas oublier que le principe du vaccinodrome est intéressant pour les gens qui peuvent se déplacer. Ce n’est pas le cas de tout le monde, notamment des personnes à mobilité réduite, alors que bien souvent elles sont prioritaires.

Le nombre de vaccins a augmenté ces dernières semaines en France, mais il reste insuffisant. Comment faire pour accélérer ?

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p class=”article_link”>C’est très simple. Mais les mesures permettant de produire un maximum de vaccins sont refusées par les pays riches, notamment la France. Il y a un dispositif qui permet de lever temporairement les brevets. La libération des brevets, c’est la seule manière de produire un maximum de vaccins rapidement, partout, sur tous les continents. On ne va pas régler le problème en vaccinant seulement les pays riches : le virus ne s’arrête pas aux frontières. Nous sommes dans une situation de crise majeure, ce qui compte ce ne sont pas les dividendes des actionnaires. Aujourd’hui, je ne sais pas si on mesure l’ampleur de la folie, le secret des entreprises est supérieur à la santé publique. Franchement, on marche sur la tête.

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