Chevaux mutilés : Où en est l’enquête après la multiplication des cas ? – 20 Minutes

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Des chevaux blancs, dans l’Hérault (illustration). — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Une quarantaine de cas de mutilations de chevaux ont été recensés ces dernières semaines dans une trentaine de départements français.
  • Les ministres de l’Intérieur, Gérald Darmanin et de l’Agriculture, Julien Denormandie doivent se rendre dans l’Oise, ce lundi, pour rencontrer une éleveuse touchée.
  • Un homme a été arrêté dans le Haut-Rhin et placé en garde à vue ce lundi. 
  • 20 Minutes fait le point sur l’enquête, coordonnée par l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP).

Côte d’Or, Cantal, Isère ou encore Val-d’Oise… Depuis plusieurs semaines, pas un jour ne passe sans qu’un ou plusieurs chevaux ne soient retrouvés mutilés. Ces actes de cruauté, qui se sont multipliés au cours de l’été, touchent désormais une trentaine de départements.

Face à la panique qui grandit chez les éleveurs, Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, et Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture, doivent se rendre dans le Val-d’Oise, ce lundi après-midi, pour rencontrer une propriétaire touchée et assister à une réunion de travail. 20 Minutes fait le point sur cette affaire et sur l’enquête en cours.

  • Pourquoi parle-t-on de mutilations de chevaux ?

Depuis plusieurs semaines, la psychose s’est installée chez les éleveurs d’équidés, confrontés à des actes de barbarie. Oreille coupée, lacération du ventre ou des parties génitales, œil arraché, crâne fracassé… A chaque fois, c’est l’atrocité des actes qui interpelle. Selon une note du service central du renseignement territorial (SCRT), dévoilée samedi par nos confrères du Parisien, 34 faits d’actes de cruauté sur des équidés ont été recensés depuis janvier. Parmi ces cas, une vingtaine concerne des mutilations.

Dernière horreur en date, une jument retrouvée morte et particulièrement mutilée, samedi soir, dans le Cantal. Les propriétaires l’ont découverte dans sa pâture, « éventrée, une oreille en moins et les mamelles coupées », a indiqué dimanche le parquet d’Aurillac. Le Val-d’Oise a également enregistré ses deux premiers cas samedi : deux juments, qui ne sont pas mortes – l’une présentant une coupure à la vulve et l’autre une coupure de 30 centimètres sur le flanc – ont été découvertes dans un pré du Vexin. Dimanche, en Côte-d’Or, un important dispositif de gendarmerie a été déployé pour retrouver deux suspects, après qu’un propriétaire de chevaux a signalé une intrusion dans son pré où un cheval a été blessé, ont annoncé des sources concordantes.

  • Qui coordonne l’enquête ?

Ces mutilations de chevaux survenues dans une trentaine de départements constituent un défi pour les enquêteurs, ces actes étant le fait de plusieurs auteurs agissant selon différents modes opératoires. Au niveau national, l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP) coordonne le suivi des enquêtes.

« Tous les éléments de procédure sont réunis au service central du renseignement criminel », a indiqué cette semaine le colonel Hubert Percie du Sert, coordinateur de la sous-direction de la police judiciaire de la gendarmerie. On recense « une vingtaine de cas d’oreilles coupées, mais il y a aussi des mutilations d’organes génitaux, des lacérations avec des objets tranchants », a-t-il expliqué récemment.

  • Quelles sont les pistes étudiées par la gendarmerie ?

Défi lancé sur Internet, dérives sectaires, mimétisme, haine des équidés, rites sataniques… Pour le moment, les autorités n’excluent aucune piste. Une seule certitude pour les enquêteurs, les auteurs sont plusieurs et agissent dans différents départements. Ce lundi, un homme a été arrêté dans le Haut-Rhin et placé en garde à vue, a annoncé une source proche de l’enquête. Selon nos confrères du Parisien, l’homme, suspecté d’être l’auteur d’attaques de chevaux dans l’Yonne dans la nuit du 24 au 25 août dernier, a été interpellé ce lundi matin par les gendarmes de la section de recherches de Dijon (Côte-d’Or).

« Une bonne partie de notre travail consiste à faire la différence entre les cas d’origine humaine et les autres. Et parmi les premiers, distinguer ce qui relève d’un phénomène, avec une oreille coupée par des gens qui connaissent les chevaux, et ce qui relève du mimétisme, où des personnes se défoulent stupidement sur des animaux. Ce qui est sûr : pour 20 à 25 % des cas, l’origine humaine ne fait aucun doute », a expliqué le général Jacques Diacono, chef de l’OCLAESP à Libération.

Sollicitée « fin mars-début avril » par la gendarmerie, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) n’a pas mis en évidence de rite satanique. L’autre hypothèse, c’est celle d’un défi macabre lancé sur des groupes créés sur le Darknet, le réseau caché d’Internet, Facebook, WhatsApp ou encore Telegram. Cette théorie pourrait expliquer « la pluralité des auteurs et des modes opératoires », mais aussi la dissémination, un peu partout en France, de ces actes de cruauté. Si certains équidés ont été touchés aux oreilles, au flanc ou aux yeux, d’autres animaux, comme des veaux ou des alpagas, ont eux aussi été ciblés. « On constate une accélération du phénomène depuis le mois d’août, ce qui nous pousse à ne pas exclure des imitateurs, des copycats », a ajouté Jacques Diacono auprès de nos confrères.

  • Comment réagissent les éleveurs et les propriétaires d’équidés ?

Rondes, contrôles, signalements… Du côté des éleveurs, la fronde s’organise. Début septembre, une mère et sa fille, qui ont voulu se faire justice elles-mêmes, ont menacé avec des armes deux automobilistes qu’elles soupçonnaient de sévices sur des chevaux. Côté réseaux sociaux, une page Facebook intitulée « Justice pour nos chevaux » a été créée en juin dernier par la propriétaire d’une jument sauvagement mutilée. Ce groupe privé, suivi par près de 20.400 membres, « vise à regrouper les propriétaires victimes et inviter le milieu équin à la vigilance », a expliqué Pauline Sarrazin, qui administre cette page, à 20 Minutes.

Les gendarmes demandent aux éleveurs « d’appeler les forces de l’ordre et de ne pas intervenir eux-mêmes ». Les propriétaires de chevaux sont également invités à s’équiper de « caméras de chasse », à rendre visite plus souvent à leurs animaux dans les prés, à enlever leur licol et à signaler tous les faits aux gendarmes.

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