C’était un 14 avril : “Houston we’ve had problem”, l’exploit spatial d’Apollo 13

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“Houston we’ve had a problem”. Il y a 51 ans, à 3h37 du matin, les mots d’une liaison radio devenue mythique qui ont traversé les quelques 300 000 kilomètres qui séparent l’équipage d’Apollo 13, alors en route pour la Lune, de la Terre.

Moins d’un an après l’arrivée triomphale de Neil Armstrong avec Apollo 11, la NASA poursuit ses vols vers notre satellite. Après l’oubliée Apollo 12 en fin d’année 1969, Apollo 13 prend place sur le pas-de-tir de Cap Canaveral. À bord de la fusée Saturn V, Jim Lowell et Fred Haise, rejoint à la dernière minute par Jack Swigert.

Les trois astronautes vont vivre une des pires catastrophes de l’histoire de la NASA, et alors que la Lune s’éloigne de leur hublot, les espoirs sont minces pour voir revenir les trois hommes en vie sur Terre.

“Houston we’ve had problem”

Hormis une petite frayeur au décollage avec un des cinq moteurs qui s’arrête deux minutes trop tôt, la mission Apollo 13 semble être une réussite en tout point. Mais le 14 avril, à 3h37 du matin UTC, le centre de contrôle de Houston demande à Jack Swigert d’effectuer un brassage de l’oxygène présent dans le réservoir numéro 2. Cette activité de routine n’a jamais posé aucun problème au cours des précédentes missions. Elle fait partie des nombreuses tâches que les astronautes réalisent tous les jours.

Le brassage de l’oxygène permet de conserver son homogénéité : pour des questions de place, l’oxygène est stockée sous très haute pression à l’état liquide au sein des réservoirs des fusées. Il est un élément essentiel pour les missions lunaires, en plus de fournir l’air aux astronautes, il permet d’alimenter les piles à combustible et donc d’apporter de l’électricité et de l’eau à la fusée.

Lorsque le brassage est lancé par Swigert un court circuit interne au réservoir vient le faire exploser. La secousse alerte immédiatement les astronautes, Swigert prononce ici ces paroles célèbres “Houston we’ve had a problem” (Houston on a eu un problème).

Sur Terre, les ingénieurs du centre de commande commencent à percevoir l’ampleur de la catastrophe qui vient de survenir. Le réservoir à oxygène numéro 2 est vide, le numéro 1 se vide rapidement, et les piles à combustible n°1 et n°3 sont inutilisables. Seule la pile à combustible n°2 permet de donner un peu d’électricité au module de commande où se trouvent les astronautes.

Devant l’ampleur de la situation, les équipes au sol décident que la survie des astronautes passera par le LEM, le module de descente lunaire. En utilisant une trajectoire de retour libre, Apollo 13 pourrait réussir à rentrer en contournant notre satellite. À 400 000 kilomètres, la fusée va se servir de la force gravitationnelle de la Lune pour se catapulter vers la Terre.

Cette procédure a l’avantage de ne pas utiliser les moteurs fusées mais uniquement celui du LEM (Aquarius) afin de corriger la trajectoire de retour. Elle pose néanmoins la question des ressources, le LEM est prévu pour fonctionner 48 heures avec deux astronautes, il lui est ici demandé d’en ramener trois, sur Terre, dans un vol de secours de près de 80 heures.

Trajectoire Apollo 13

© NASA

Quand tout ne tient qu’à un fil (de chaussette)

Alors qu’à bord les astronautes comprennent qu’ils ne rejoindront jamais le sol lunaire, les équipes au sol s’activent pour trouver des solutions de survie pour l’équipage. Dans une course contre la montre effrénée, le centre de contrôle de Houston décide de couper à 80% les équipements électriques. Seule la radio fonctionne encore. La température descendra jusqu’à trois degrés. Un rationnement en eau est décrété (Fred Haise rentrera avec une infection urinaire sévère). Mais un autre problème inquiète les équipes de la NASA, la question du CO2 (dioxyde de carbone).

Si l’oxygène ne devrait pas manquer aux astronautes, les systèmes de recyclage de l’air dans le LEM ne sont pas conçus pour une telle mission. Le taux de dioxyde de carbone monte en flèche et l’air est de plus en plus toxique. Affaiblis par le froid, la faim et la soif, ils parviennent malgré tout à construire un filtre à air de fortune en utilisant des sacs plastiques, quelques cartons et des chaussettes.

À mesure qu’ils se rapprochent de la Terre, l’air devient plus respirable. Ils doivent maintenant se concentrer sur le maintien de leur trajectoire. Quelques heures avant d’entrer dans l’atmosphère, il leur est demandé de se séparer du module de service. Pour la première fois, ils se rendent compte de l’ampleur des dégâts. Ils découvrent ainsi que la paroi extérieure a été arrachée et que les réservoirs, éventrés par l’explosion, sont en contact direct avec le vide spatial, ce qui aurait pu enclencher une réaction en chaîne, faisant exploser toute la fusée.

Les astronautes prennent place dans le module de commande (Odyssey), seul élément de la fusée disposant d’un bouclier thermique, les protégeant ainsi lors de leur retour dans l’atmosphère. Quelques minutes avant d’entamer leur descente, ils larguent le LEM, ce dernier n’avait plus que 4 heures d’autonomie en électricité.

Apollo 13 module

© NASA

Une ultime descente

Habituellement, lors d’une descente dans l’atmosphère, la première phase est celle du “black-out”: la capsule rentrant dans l’atmosphère trop rapidement, les communications radios sont impossibles. Ce silence dure en général six minutes avant que les parachutes ne s’ouvrent, permettant de rétablir la liaison.

En ce qui concerne Apollo 13, beaucoup d’inconnues restent en suspens. L’état du bouclier thermique inquiète de nombreux scientifiques de la NASA qui pensent qu’un séjour prolongé au plus près du vide spatial a pu le fragiliser. D’autres sont très inquiets quant aux parachutes. Ces derniers, au contact du froid auraient très bien pu geler, les rendant inefficaces.

Après les six minutes de “black-out”, un angoissant silence de 87 secondes laisse présager le pire. Mais finalement, les communications sont rétablies. La descente s’est bien passée pour l’équipage. Ce retard de 87 secondes sera plus tard expliqué par une trajectoire plus plate, donc plus longue, que prévue.

Le 17 avril 1970, Apollo 13 amerrit en douceur au coeur de l’océan Pacifique. Pour Jim Lowell, commandant de bord de la mission, ce vol sera son dernier, même s’il n’a jamais réalisé son rêve : marcher sur la Lune. Pour le remplaçant Jack Swigert, Apollo 13 sera sa seule mission pour la NASA.

Seul Fred Haise reprendra les airs en 1977 à bord de la navette spatiale Entreprise. Lui qui avait déjà été la doublure de Buzz Aldrin sur Apollo 11, le pilote du module lunaire d’Apollo 13, le remplaçant du commandant de bord sur Apollo 16, et le commandant déclaré de la mission Apollo 19, qui ne verra finalement jamais le jour. Malgré ces quatre mission lunaires, Fred Haise n’a jamais posé le pied sur la Lune.

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