VIDÉOS – Mercredi soir, le premier ministre a passé deux heures et demie à débattre avec 10 citoyens, dont la «gilet jaune» Ingrid Levavasseur, sur RTL, Le Figaro et LCI. Il a été vivement interpellé sur de nombreux sujets.

À son tour de monter en première ligne. Alors que tous les regards sont tournés vers Emmanuel Macron depuis le début du grand débat national, Édouard Philippe est lui aussi descendu dans l’arène mercredi soir. Invité de «La Grande explication» sur RTL, Le Figaro et LCI, le premier ministre a échangé durant deux heures et demie avec 10 Français aux parcours et aux profils très différents. Les interpellations ont été très vives, et elles ont porté sur de très nombreux thèmes.

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● Alain Juppé au Conseil constitutionnel: «Une très bonne nouvelle pour la République»

Après avoir martelé son «estime» et son «affection» pour Alain Juppé, Édouard Philippe a rendu hommage à son mentor, qui s’apprête à quitter la mairie de Bordeaux pour rejoindre le Conseil constitutionnel. «J’imagine que ce soir il doit vivre quelque chose de très fort (…). Je peux témoigner de ce que j’ai vu et ce que j’ai vécu avec Alain Juppé: son lien avec Bordeaux est incroyablement fort. Même si c’est quelqu’un d’assez pudique, je peux vous dire qu’il a cette ville dans le sang», a-t-il ajouté. Louant enfin la «densité» et la «hauteur de vue» de l’ancien premier ministre, l’actuel chef du gouvernement a considéré que son arrivée parmi les Sages, rue de Montpensier, était une «très bonne nouvelle pour la République». «Le Conseil constitutionnel est très important parce que (…) (ses membres) sont les juges de la loi. Il faut que ça soit des femmes et des hommes qui ont le sens de l’État, de l’expérience et de la densité». «Moi je continue à aimer le bonhomme, pardon de le dire de façon triviale. Ça fait longtemps et ça durera toute ma vie», a-t-il conclu.

Édouard Philippe sur Alain Juppé: «Sa nomination au Conseil constitutionnel est une bonne nouvelle pour la République» – Regarder sur Figaro Live

● Réduire les avantages des ex-présidents et ex-premiers ministres est un «progrès»

«Je comprends que cela vous choque». Interpellé sur le coût des moyens et des avantages qui sont mis à la disposition des anciens présidents et des ex-premiers ministres, Édouard Philippe a d’abord refusé de «tomber dans le commentaire qui consisterait à dire qu’il faut supprimer tout tout de suite». «Ce n’est pas très populaire ce que je vais dire, mais je le dis quand même: il n’est pas illégitime ou scandaleux de faire en sorte que ceux qui ont été présidents de la République aient une pension de retraite et puissent vivre décemment», a-t-il argumenté, concédant toutefois que «là ils peuvent vivre très décemment». Le chef du gouvernement a ensuite tenu à insister sur les «progrès» qui avaient été faits sur ce sujet par l’exécutif actuel. S’il a jugé «délicat» de s’exprimer sur la situation des anciens présidents, il s’est félicité d’avoir décidé, peu après son arrivée à Matignon, que certains «moyens attribués aux anciens premiers ministres ne le (seraient) plus pour toute la vie» mais qu’ils s’arrêteraient «au bout de 10 ans».

● Pouvoir «utiliser plus facilement» le référendum d’initiative partagée

Soucieux de «purger» ce qu’il s’est passé en 2007, lorsque la France a ratifié le traité de Lisbonne malgré le «non» exprimé par les Français lors d’un référendum sur la Constitution européenne deux ans plus tôt, Édouard Philippe a assuré qu’il n’avait «pas de problème avec le référendum» qui est selon lui un «bon outil». «On ne peut pas faire de référendum sur tout dans le droit actuel», a-t-il cependant prévenu, rappelant que certains garde-fous étaient fixés par la Constitution, comme le «droit pénal» par exemple. Après avoir redit son opposition au référendum d’initiative citoyenne (RIC) réclamé par les «gilets jaunes», il s’est en revanche dit favorable à un assouplissement des conditions d’accès au référendum d’initiative partagée (RIP). «C’est ceinture et bretelles», a-t-il soufflé, alors qu’il faut aujourd’hui réunir plus de 180 parlementaires et plus de 4,5 millions de citoyens sur un même projet de loi pour le soumettre au vote du peuple. «Discutons-en», a-t-il glissé, invitant à «faire en sorte que l’on puisse plus facilement utiliser le RIP».

Édouard Philippe: «Le référendum est «un bon instrument» mais doit être «encadré» – Regarder sur Figaro Live

● On ne sortira pas de la crise par «l’augmentation d’une taxe»

La fameuse «taxe carbone» reverra-t-elle le jour l’année prochaine? Finalement supprimée par l’exécutif après avoir donné naissance au mouvement des «gilets jaunes», le retour de la hausse du prix des carburants est réclamé par de nombreux élus de tous bords, y compris au sein de la majorité, qui l’ont formulé dans une tribune révélée lundi par Le Figaro. «Il y a des gens qui pensent que la taxe carbone est un impôt intelligent. (…) Je suis obligé de les écouter», a reconnu Édouard Philippe. Il s’est toutefois aligné dans la foulée sur les déclarations d’Emmanuel Macron qui y a fermé la porte lors du Conseil des ministres. «Ce n’est sans doute pas par une hausse de la fiscalité qu’on répondra à la colère qui s’est exprimée», a indiqué le président de la République. Idem pour son premier ministre, qui dit avoir «bien vu qu’on est entré dans cette crise par l’augmentation d’une taxe». «Je ne vois pas comment on pourrait en sortir par l’augmentation d’une autre ou de la même. (…) Je ne suis pas favorable à ce qu’on augmente la taxe carbone», a-t-il balayé.

● Il n’est «pas question» d’amnistier les «gilets jaunes» poursuivis par la justice

Alors qu’Ingrid Levavasseur, la désormais ex-tête de liste des «gilets jaunes» pour les européennes, exigeait la fin des poursuites qui visent les nombreux manifestants interpellés ces trois derniers mois, Édouard Philippe lui a adressé une fin de non-recevoir très ferme. «Il n’est pas question, d’abord parce que je n’en ai pas le droit, d’interrompre les procédures judiciaires qui sont en cours. (…) Il n’existe pas de pouvoir d’amnistie du premier ministre», a-t-il martelé. «Vous voudriez qu’on dise “bon allez, c’est pas grave”? Ben si, c’est grave!», s’est-il agacé, estimant que «lorsque des actes illégaux sont commis ils doivent être punis». «Je ne suis pas là pour regarder passer les trains, moi», a-t-il ajouté, avant de dénoncer les dérives constatées en marge de chaque manifestation depuis près de 14 semaines. Il a notamment cité la «mise en cause des forces de l’ordre ou des symboles républicains», les «menaces qui visent les élus» – comme l’incendie du domicile du président de l’Assemblée nationale -, et les «actes antisémites» – qui ont augmenté de 74% en 2018.

«Lorsqu’il y a des actes illégaux, ils doivent être punis», a martelé Édouard Philippe – Regarder sur Figaro Live

● «Traverser la rue»: «Moi, j’essaie toujours de faire très attention à la façon dont je m’exprime»

Les petites phrases d’Emmanuel Macron le poursuivent. Même si le président a lui-même récemment reconnu qu’il allait devoir «faire beaucoup plus attention» à son langage, certains citoyens continuent à le renvoyer à ses sorties polémiques. Mercredi soir, c’est Édouard Philippe qui l’a constaté, lorsqu’une femme a regretté de n’avoir pas eu à «traverser la rue» mais à «gravir une montagne» pour trouver de l’emploi, contrairement à la formule employée par Emmanuel Macron. «Vous avez peut-être remarqué que moi j’essaie toujours de faire très attention à la façon dont je m’exprime parce que je sais qu’une phrase prononcée dans un endroit à quelqu’un, qui n’est pas forcément scandaleuse dans le contexte, peut ensuite donner quelque chose d’évidemment choquant», a glissé le premier ministre à son interlocutrice, assurant qu’il comprenait «très bien» que cette «expression» l’ait «sincèrement choquée». «Je comprends que vous soyez vous-même outrée parce que, comme vous le dîtes, vous n’avez pas traversé la rue mais vous avez traversé une montagne».

● 80km/h: «Je suis ouvert à tout sauf à ce qu’on baisse le niveau d’ambition»

«Je ne l’ai pas fait pour emmerder le monde mais parce qu’on avait des mauvais chiffres en matière de sécurité routière». Comme dans chaque débat auquel un membre de l’exécutif participe, Édouard Philippe a été interpellé sur l’abaissement de la vitesse à 80km/h sur certaines routes secondaires. Présentée comme le terreau sur lequel le mouvement des «gilets jaunes» a prospéré, cette mesure a également été la source de l’une des premières divergences entre le premier ministre – qui l’a portée – et le président de la République – qui ne l’avait pas inscrite à son programme présidentiel. «Ce n’est pas “ma” réforme à laquelle “je” suis attaché», s’est d’abord défendu le chef du gouvernement, rappelant que le nombre de morts sur les routes avait déjà diminué depuis l’entrée en vigueur de la mesure le 1er juillet dernier. Interrogé sur l’hypothèse d’un aménagement de la mesure, esquissé par Emmanuel Macron, Édouard Philippe a répondu: «Je suis ouvert à tout, sauf à ce qu’on baisse le niveau d’ambition».

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