Ce que l’on sait du groupe Etat islamique en Afghanistan, qui a revendiqué l’attaque de Kaboul – Le Monde

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Un combattant taliban sur les lieux du double attentat-suicide à Kaboul, revendiqué par l’Etat islamique en Afghanistan, vendredi 27 août 2021.

Comme la coalition internationale le craignait, l’aéroport de la capitale afghane a été, jeudi 26 août, le théâtre d’un attentat meurtrier, alors que les Etats-Unis et leurs alliés se pressent d’évacuer les personnes du pays avant le 31 août, date à laquelle les Américains se sont engagés à quitter le pays.

Il y a vingt ans, les attentats du 11 septembre 2001 avaient déclenché l’intervention en Afghanistan d’une coalition menée par les Etats-Unis pour mettre fin au premier régime des talibans et punir le pays, lequel avait abrité des djihadistes d’Al-Qaïda, responsables de la catastrophe.

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Jeudi, l’attentat de l’aéroport de Kaboul a constitué l’attaque la plus meurtrière menée contre l’armée américaine en Afghanistan depuis 2011. Revendiquée par la branche locale du groupe Etat islamique, l’Etat islamique au Khorasan (EI-K), l’attaque a fait au moins 85 morts, dont treize militaires américains, et fait craindre que l’Afghanistan ne redevienne, sous le régime taliban, un refuge pour le réseau djihadiste et d’autres organisations terroristes.

  • Qu’est-ce que l’Etat islamique au Khorasan ?

Peu de temps après la proclamation, par l’EI en 2014, d’un « califat » – qui a perdu l’essentiel de ses territoires depuis – en Irak et en Syrie, certains membres du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP, les talibans pakistanais) ont fait allégeance au chef du nouveau groupe djihadiste, Abou Bakr Al-Baghdadi. Des Afghans, déçus par les talibans et leur politique, jugée trop modérée, de négociations avec les Etats-Unis, ont ensuite rapidement rejoint l’EI, qui a officiellement reconnu, au début de 2015, la création de la province du Khorasan. Ce nom fait référence à une ancienne région qui englobait des parties de l’Afghanistan, du Pakistan, de l’Iran et de l’Asie centrale actuels.

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L’EI-K a établi, dès 2015, sa tête de pont dans le district montagneux d’Achin, dans la province afghane de Nangarhar, la seule où il parviendra finalement à s’implanter durablement, avec celle, voisine, de Kunar. Partout ailleurs, le groupe s’est heurté aux talibans. Toutefois, il a réussi à former des cellules dormantes dans le pays, notamment à Kaboul, et au Pakistan, selon les Nations unies.

Les dernières évaluations des effectifs de la branche locale varient d’un minimum de 500 à quelques milliers de combattants, selon un rapport du Conseil de sécurité de l’Organisation des nations unies (ONU), paru en juillet.

  • Quelles sont les relations entre l’EI et les talibans ?

Même s’il s’agit de deux groupes sunnites radicaux, l’EI et les talibans s’opposent. Ils ont des divergences en matière de théologie et de stratégie, et sont aussi en concurrence pour incarner le djihad. Signe de la forte inimitié qui les oppose, l’EI a qualifié les talibans d’apostats dans plusieurs communiqués.

L’EI-K s’est notamment heurté à la répression des talibans à l’égard de leurs dissidents, et s’est révélé incapable d’étendre son territoire, contrairement à ce qu’avait réussi à faire l’EI en Irak et en Syrie. En 2019, l’armée gouvernementale afghane, après des opérations communes avec les Etats-Unis, avait ainsi annoncé que le groupe avait été vaincu dans la province de Nangarhar. Selon des évaluations des Etats-Unis et des Nations unies, l’EI-K n’a plus opéré depuis qu’au travers de ses cellules dormantes dans les villes, pour des attaques fortement médiatisées.

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Dans l’accord conclu en février 2020 avec les Etats-Unis sur le retrait des forces étrangères, les talibans ont promis de ne pas laisser le pays servir de base pour l’organisation d’attaques contre les Américains et leurs alliés. Le groupe Etat islamique s’était montré très critique à l’égard de cet accord de retrait, accusant les talibans d’avoir renié la cause djihadiste. Ainsi, après leur entrée dans Kaboul le 15 août, ces derniers ont reçu les félicitations de plusieurs groupes djihadistes, mais pas celles de l’EI.

Des civils afghans à l’hôpital après l’attentat revendiqué par le groupe Etat islamique à l’aéroport de Kaboul, en Afghanistan, en août 2021.

Vendredi, un porte-parole du nouveau régime taliban a, par ailleurs, fait savoir que l’EI-K avait été éradiqué de la totalité des 34 provinces afghanes, sauf celle de Kaboul, où subsistent certains éléments, protégés selon lui par l’ancien gouvernement. Mais le groupe Etat islamique pourrait profiter de l’effondrement de l’Etat afghan.

  • En quoi l’EI-K représente-t-il une menace ?

A l’inverse des talibans, qui ont concentré leur guerre idéologique et de pouvoir sur l’Afghanistan, l’EI-K répond à l’appel du groupe Etat islamique pour un djihad international.

Il a revendiqué certaines des attaques les plus meurtrières commises au cours des dernières années en Afghanistan et au Pakistan. Notamment des attentats suicides dans des mosquées, des hôpitaux et d’autres lieux publics. Le groupe a en particulier ciblé des musulmans qu’il considère comme hérétiques, principalement des chiites de la minorité hazara.

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En août 2019, il a ainsi revendiqué un attentat contre des chiites lors d’un mariage à Kaboul, où 91 personnes ont été tuées. Dans les provinces où il s’est implanté, sa présence a laissé des traces profondes. Ses hommes ont tué par balles, décapité, torturé, terrorisé des villageois, et laissé des mines partout.

L’EI-K a ainsi réussi à mener des attentats meurtriers sur le sol afghan alors même que les soldats américains tenaient le pays. Le retrait de toutes les troupes d’Afghanistan prive les Etats-Unis de leur arsenal militaire sur place et affaiblit leur capacité à suivre les mouvements du groupe djihadiste. Des voix officielles de l’administration Biden ont toutefois assuré que le groupe Etat islamique demeurait une menace parmi d’autres, qu’ils assurent pouvoir surveiller grâce à leurs outils d’espionnage et militaires, basés dans des Etats du Golfe.

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Le Monde avec AFP et AP

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