Ce que l’on sait de la libération de Sophie Pétronin – LaDepeche.fr

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l’essentiel Sophie Pétronin, la dernière otage française dans le monde, libérée au Mali, est arrivée ce vendredi 9 octobre à la mi-journée en France, accueillie par sa famille et Emmanuel Macron, épilogue de près de quatre années de détention aux mains de jihadistes présumés. Mais cette libération interroge, notamment concernant les modalités de négociations. 
 

Libre. Sophie Pétronin, humanitaire était la dernière otage française encore retenue dans le monde. Elle avait été enlevée au Mali en décembre 2016, le soir de Noël. Elle a été libérée ce vendredi. Trois autres otages ont également été libérés : l’ancien ministre et opposant malien Soumaïla Cissé et deux Italiens. 

Âgée de 75 ans, l’humanitaire Sophie Pétronin a été libérée dans la nuit de ce jeudi 8 octobre à ce vendredi 9 octobre. Enveloppée dans un voile blanc, elle a donné des nouvelles de son état de santé, lors de sa descente de l’avion à Bamako, la capitale du Mali.  “Je vais bien, contrairement à ce que l’on pourrait penser. J’ai toujours été respectée, ils ont pris soin de moi, je ne peux pas mentir”, a-t-elle déclaré ce vendredi dans une interview accordée à TF1. “Ils ont fait venir un médecin quand j’étais malade. Il est revenu me voir plusieurs fois”, a-t-elle ajouté. 

  • Des propos ambigus 

“Je me suis placée dans l’acceptation”, détaille Sophie Pétronin, qui qualifie sa captivité de “retraite spirituelle”. “Je me suis accrochée car je sais que c’est l’anse la plus ferme”, poursuit l’humanitaire avec beaucoup de résilience. Interrogée par plusieurs médias, dont RFI et TV5-Monde, sur les “djihadistes” qui l’ont séquestrée, Sophie Pétronin offre une réponse déconcertante. “Appelez-les comme vous voulez. Moi, je dirais que ce sont des groupes d’opposition armée au régime”. L’humanitaire confie d’ailleurs être convertie à l’islam : “je suis musulmane, vous m’appelez Sophie, mais c’est Mariam que vous avez devant vous”. Puis, elle implore pour le Mali la “bénédiction et la miséricorde d’Allah”.

Elle a également affirmé qu’elle “reviendra voir ce qui se passe” à Gao, la grande ville du nord du Mali. Son fils Sébastien a tenu à souligner que si tel était le cas, ce déplacement se ferait sous haute sécurité. Pourtant, ce vendredi soir, sur TF1, Sophie Pétronin avait déclaré qu’elle souhaitait retourner au Mali “avec la permission de son fils”, non pas à Gao mais à Bamako. 

  • Des retrouvailles bouleversantes

À son arrivée, son fils Sébastien a couru dans ses bras, en criant “maman, maman”. Il n’avait pas vu sa mère depuis près de quatre ans. Très émue, Sophie Pétronin a embrassé longuement son fils.

  • Une prise de parole annulée en dernière minute

Devant les journalistes dépêchés en nombre pour l’occasion, un micro avait été installé. Mais Emmanuel Macron a changé d’avis en dernière minute et est rentré à Paris sans prononcer de discours. “L’ex-otage ne voulait pas parler aux journalistes, alors le président a préféré faire pareil, explique un collaborateur à nos confrères du Parisien. Et puis, il ne voulait casser ce moment d’émotion familiale”. 

  • Des interrogations autour de sa libération

Quelques heures seulement après sa libération, une controverse est née autour des conditions de libération de l’otage. Ce lundi, plusieurs sources ont révélé que les autorités maliennes s’apprêtaient à relâcher des dizaines de jihadistes dans le cadre d’un échange avec Sophie Pétronin et Soumaïla Cissé. Durant le week-end, le nouveau pouvoir malien, tenu par les militaires, avait relâché plus de 200 djihadistes qui avaient été ramenés vers le nord du pays laissant penser alors à une monnaie d’échange. 

D’après ce communiqué des autorités maliennes, Sophie Pétronin, Soumaïla Cissé et les deux otages italiens ont été libérés depuis mardi. “Ils étaient retenus très loin dans le désert, où il n’est pas facile de circuler”, argumente Ousmane Issoufi Maïga. Mais selon Lassina Niangaly, journaliste malien, fondateur du site Le Jalon, “les djihadistes auraient voulu vérifier l’identité précise des quelque 200 prisonniers libérés. Ce qui a pris un peu de temps”.

  • Une monnaie d’échange inédite par son ampleur

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GISM), l’alliance jihadiste affiliée à Al-Qaïda qui détenait les otages, a revendiqué sur l’application Telegram avoir obtenu la libération de 206 de ses membres, rapportent Le Monde et Libération. Qui soulignent que “si ce n’est pas la première fois que des prisonniers jihadistes sont libérés dans le cadre de négociations, l’ampleur de ce mouvement est inédite”.

Comme l’indiquent nos confrères, ces prisonniers ont été relâchés dans deux zones différentes du pays, celle de Niono, dans le centre du Mali, et de Tessalit, dans le Nord-Est, près de la frontière avec l’Algérie.  Pour le moment, ni la France, ni le Mali n’ont communiqué sur l’identité et l’appartenance des djihadistes libérés.

  • Une stratégie critiquée par l’extrême droite

La possible remise en liberté de jihadistes, que combat l’armée française, est critiquée par des personnalités d’extrême droite. Jamais on ne devrait transiger avec l’islamisme et permettre la libération de djihadistes, au risque d’exposer plus encore nos armées déjà durement éprouvées”, s’insurge la présidente du RN Marine Le Pen sur Twitter.

Nos soldats combattent au Mali depuis de longues années. Certains de leurs camarades sont morts au combat.

Jamais on ne devrait transiger avec l’islamisme et permettre la libération de djihadistes, au risque d’exposer plus encore nos Armées déjà durement éprouvées. MLP

— Marine Le Pen (@MLP_officiel) October 9, 2020

Mais Sophie Pétronin n’était pas la principale monnaie d’échange, selon des experts. “C’est surtout le cas pour Soumaïla Cissé. C’est une personnalité de premier plan au Mali (ex-ministre, trois fois candidat à la présidentielle, NDLR)”, explique Serge Michailof, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), cité par 20 Minutes. Selon lui, “la France a profité des négociations autour de la libération de Soumaïla Cissé pour organiser celle de Sophie Pétronin”.

Les précisions de Claude Moniquet, expert en contre-terrorisme

Sur Twitter, l’expert en contre-terrorisme Claude Moniquet a tenu a apporter quelques précisions. “Contrairement à ce qui se dit, Paris n’a pas été mêlé à la négociation avec Al-Qaïda , explique-t-il. Les négociations ont été menées directement par le gouvernement malien par l’intermédiaire, entre autres, de chefs Touaregs ayant la confiance d’AQ”. De plus, Sophie Pétronin n’aurait “jamais été au centre de la négociation” : “La négociation portait exclusivement sur la libération de Soumaïla Cissé, plusieurs fois ministre et plusieurs fois candidat à la présidence (…) Sa libération était extrêmement importante pour Bamako”, assure l’expert. Selon ce dernier, Al-Qaïda “ne souhaitait plus ‘s’encombrer’ d’une femme âgée susceptible de tomber malade ou de mourir en séquestration et ne pouvant rien ‘rapporter'”. Quant à l’échange avec des prisonniers, “entre 150 et 200 ont été échangés contre Soumaïla Cissé, la majorité d’entre eux n’étant pas des djihadistes ‘dangereux’ mais de ‘petites mains’ impliquées dans des trafics ou de la logistique connexe à l’activité d’AQ au Mail”, assure l’expert. 

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