« Cacher le carnage » : indignation après la destruction par Israël d’un immeuble de Gaza abritant des médias internationaux – Le Monde

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Frappe israélienne sur l’immeuble Al-Jalaa qui abritait les bureaux d’Al-Jazira et d’Associated Press à Gaza City, le 15 mai 2021.

C’était l’un des plus beaux panoramas de Gaza, l’un des plus prisés des journalistes. Au douzième étage de l’immeuble Al-Jalaa, dans le centre de la ville, le toit-terrasse des bureaux de l’agence américaine Associated Press (AP) offrait une vue imprenable sur l’enclave côtière.

A chaque guerre, ses photographes et ses cameramen pouvaient suivre le chassé-croisé des roquettes du mouvement palestinien Hamas, lancées vers l’Etat hébreu et le plus souvent interceptées en vol, et des missiles de l’aviation israélienne, pulvérisant les infrastructures et les habitations de la miséreuse bande de sable palestinienne.

Ce balcon sur la tragédie gazaouie ne recevra plus de journalistes. Il a été réduit à l’état de gravats, samedi 15 mai, par des tirs de l’armée israélienne, qui ont fait s’écrouler l’intégralité de l’immeuble. Les bureaux de deux autres médias ont été démolis dans ce bombardement : ceux de l’empire audiovisuel qatari Al-Jazira, qui abritaient les équipes de la chaîne arabophone et de son homologue anglophone ; et ceux de la télévision d’Etat koweïtienne.

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« Vous avez détruit le travail d’une vie »

Cette attaque est intervenue au cinquième jour de la confrontation entre le Hamas et Israël, qui a déjà causé la mort de 145 personnes, dont 41 enfants, et près de 1 100 blessés dans le territoire palestinien, et le décès de dix personnes en Israël. L’armée israélienne a justifié la destruction de la tour de bureaux en affirmant qu’elle abritait « des moyens militaires » du Hamas, sans toutefois apporter de preuves à l’appui de ces dires.

AP, qui était dans ce lieu depuis quinze ans, a assuré n’avoir jamais eu l’indication que le mouvement palestinien était aussi dans le bâtiment : « C’est quelque chose que nous vérifions activement au mieux de nos capacités. Nous ne mettrions jamais sciemment nos journalistes en danger. » L’agence a également appelé le gouvernement israélien à fournir des preuves.

Les militaires israéliens ayant annoncé leur intention de détruire le bâtiment une heure avant la frappe, toutes les personnes présentes à l’intérieur ont pu évacuer avant l’explosion. La chaîne Al-Jazira a diffusé une vidéo du propriétaire des lieux, Jawwad Mahdi, priant au téléphone un officier israélien d’attendre dix minutes de plus. « Tout ce que je demande, c’est de laisser rentrer quatre personnes, pour qu’elles récupèrent leurs caméras. » Face au refus de son interlocuteur, il ajoute : « Vous avez détruit le travail d’une vie, nos souvenirs, notre existence. Je vais raccrocher, faîtes ce que vous voulez. Il y a un Dieu. »

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