Bruno Le Maire et Eric Zemmour s’opposent lors d’un débat houleux – Le Monde

Bruno Le Maire, ministre de l’économie (à gauche), face à Eric Zemmour (à droite), candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle 2022, sur le plateau de l’émission « Elysée 2022 » sur France 2, jeudi 9 décembre à Paris.

Des échanges tour à tour courtois et musclés. Eric Zemmour, candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle 2022, a affronté lors d’un débat le ministre de l’économie Bruno Le Maire, dans l’émission politique « Elysée 2022 » sur France 2, jeudi 9 décembre au soir. Ils se sont frontalement opposés au sujet de l’état économique du pays, son histoire et l’islam. Il s’agissait du premier duel politique du candidat d’extrême droite depuis sa déclaration de candidature officielle à l’élection présidentielle, mardi 30 novembre.

« Je ne laisserai pas passer ça ! »

Interrogé en premier sur le volet économique et l’existence ou non d’un déclassement du pays, décrit par M. Zemmour, le ministre de l’économie a répondu clairement « qu’il n’y a pas de grand déclassement de la France », sans nier certaines « difficultés des Français ». Vantant le bilan économique du quinquennat d’Emmanuel Macron, il a ajouté :

« Ma conviction profonde, c’est que nous sommes en train de retrouver le niveau de croissance, le niveau d’emploi, le niveau de réindustrialisation que nous avions pendant les trente glorieuses. »

Et de lancer, chiffres à l’appui : « Je pense qu’on devrait tous ressentir une fierté pour les Français. » Eric Zemmour lui a opposé l’argument que « tous les pays de l’Europe ont vu leur taux de chômage baisser », et qu’il ne s’agit pas selon lui d’un exploit de la France, laquelle se verrait « en réalité » déclassée sur la scène européenne, concluant : « Vous qui étiez un élève brillant, en tant que ministre, vous êtes plutôt un cancre. »

Si les deux débatteurs sont restés relativement calmes en avançant des arguments techniques sur l’économie, ils n’ont pas manqué de se lancer quelques piques. M. Le Maire a notamment dénoncé « les erreurs » dans les données avancées par M. Zemmour. Ce dernier a qualifié le ministre d’« employé de la Commission de Bruxelles ». « Je ne laisserai pas passer ça ! Je suis au service de la République française et je suis au service des Français et je ne suis l’employé de personne », a réagi Bruno Le Maire.

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Eric Zemmour a également expliqué qu’il souhaite s’attaquer par voie référendaire au Conseil constitutionnel, « pour s’imposer à lui » et « rétablir le pouvoir du peuple », en réduisant ses prérogatives. « Dans ma conception de la démocratie, Monsieur, le président de la République n’a pas tous les pleins pouvoirs », a rétorqué Bruno Le Maire.

« Le grand remplacement est un fantasme »

Les deux débatteurs ont ensuite évoqué l’identité française, notamment la théorie xénophobe et complotiste du « grand remplacement » portée dans cette campagne par le candidat d’extrême droite, avant de basculer sur un débat historique devenu houleux.

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« Je pense que le “grand remplacement” est un fantasme », a fait savoir le ministre de l’économie, avant de condamner les propos de M. Zemmour sur les musulmans et l’islam :

« Quand vous dites qu’un musulman devra choisir entre l’islam et la France, vous lui refusez la possibilité de pratiquer sereinement sa foi tout en participant à la République et tout en étant dans la République un citoyen tout à fait respecté et estimable. Et c’est là que nous divergeons profondément dans le fond. »

Lorsque le ministre a abordé ensuite la controverse autour des enfants juifs Arié et Gabriel Sandler, assassinés par le terroriste Mohammed Merah en 2012, décrit dans le dernier livre d’Eric Zemmour comme des « étrangers avant tout et voulant le rester par-delà la mort » parce qu’inhumés en Israël, le candidat d’extrême droite s’est emporté et a réfuté avoir tenu ces propos, pourtant écrits.

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« Je suis horrifié par ce que j’ai entendu »

« C’est la vraie différence qui fait que vous ne serez jamais président de la République : c’est que vous n’assumez pas vos propos », a assené Bruno Le Maire, avant de continuer : « La cohérence de ma vie politique elle est très simple, elle est de toujours lutter contre l’extrême droite. (…) Le débat que nous venons d’avoir (…) confirme l’impérieuse nécessité de lutter contre vous. » « C’est une fierté », a répondu Eric Zemmour.

Le ministre a également accusé ce dernier de « réhabiliter le régime de Vichy », en faisant « de Pétain le défenseur des juifs français ». « Je ne suis pas pétainiste », « je ne réhabilite absolument pas le régime de Vichy », mais « la France était à Londres » avec « le général de Gaulle », donc « la France n’a aucune responsabilité dans la rafle du Vél’ d’Hiv, ce sont les Allemands qui l’ont imposée », a lâché Eric Zemmour.

« Je suis horrifié par ce que j’ai entendu. René Bousquet, préfet de police de Paris, et Pierre Laval ont tous participé sciemment et volontairement » à la déportation « et non pas sous les ordres du régime nazi », a répondu le ministre.

« Vous devriez pleurer plutôt que défendre le régime de Vichy », a poursuivi Bruno Le Maire, en demandant à Eric Zemmour s’il serait prêt à reprendre le discours du Vél’ d’Hiv de Jacques Chirac, en 1995, pour reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des juifs, ce que son contradicteur a réfuté.

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Eric Zemmour qualifie les militants de SOS-Racisme de « provocateurs »

Avant le débat, le candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle de 2022 a répondu aux questions des journalistes. Interrogé notamment sur le doigt d’honneur qu’il a adressé à une femme manifestant contre sa venue à Marseille fin novembre, geste condamné par l’ensemble de la classe politique, M. Zemmour a refusé de s’excuser et s’est justifié par son caractère : « Moi, je suis un Méditerranéen et en plus un passionné. »

Sur les violences ayant éclaté lors de son meeting à Villepinte, dimanche 5 décembre, lorsque des militants de SOS racisme ont réalisé un happening avant de se faire rouer de coups par certains membres du public de M. Zemmour, ce dernier a comparé la situation à un match de foot : « Imaginez les supporteurs du Paris-Saint-Germain qui se retrouvent au Stade-Vélodrome à Marseille, au beau milieu, et qui insultent l’équipe de Marseille, ils seraient reçus ! »

Il a poursuivi en expliquant que les militants de SOS-Racisme, qu’il qualifie de « provocateurs », « n’avaient pas à être là », avant d’ajouter que les violences qui ont suivi, « honnêtement, ça arrive » et que « [s]es militants sont très calmes ».

Eric Zemmour a par ailleurs estimé qu’il n’avait pas « à appeler les gens » à se faire vacciner, malgré son statut de candidat à l’élection présidentielle, avant d’asséner : « Je ne suis pas le gouvernement, je ne suis pas le président », « je ne suis pas un médecin ».

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