Bronzer seins nus est-il vraiment de l’exhibition sexuelle ? – 20 Minutes

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Une femme faisant du topless à Cannes, illustration — Lionel Urman/SIPA
  • Ce week-end, des femmes ont été interrompues dans leur séance de bronzage par des gendarmes leur demandant de se couvrir les seins.
  • L’affaire, relayée sur les réseaux sociaux, a suscité l’indignation.
  • Juridiquement, les gendarmes étaient-ils dans leur bon droit ?

On vous passera l’intro éculée « Cachez ce sein que je ne saurais voir » reprise déjà partout ailleurs, allons directement dans le factuel. Ce week-end, des femmes bronzant seins nus à la plage ont été dérangées dans leur bain de soleil par des gendarmes à Sainte-Marie-la-Mer (Pyrénées-Orientales). Les forces de l’ordre leur ont demandé de se recouvrir la poitrine, après la plainte et l’appel d’une famille dont les enfants auraient été choqués par la vue des seins.

L’affaire fait depuis grand bruit sur les réseaux sociaux, chacun y allant de son petit commentaire sur le bien-fondé ou non de l’opération des gendarmes qui ont fini par s’excuser, plaidant une « maladresse ». Juridiquement, « l’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende », selon l’article 222-32 du code pénal. Et avant de nous prendre une vague de commentaires du genre « Mais espèce d’arriéré machiste rétrograde, du topless, ce n’est pas une exhibition sexuelle, c’est juste un corps » dans les dents, nous avons demandé l’expertise d’une avocate.

Les femmes dans leur droit

En réalité, l’article du Code pénal « n’énonce pas la liste des parties du corps à dissimuler. Rien ne permet d’en conclure que montrer ses seins dans l’espace public constitue une infraction. Il n’y a donc rien d’illégal en principe à le faire », appuie l’avocate aux barreaux de Paris et de Madrid Valérie Duez-Ruff. Qui rappelle quand même : « En pratique, la France a condamné une Femen à un mois de prison avec sursis et à des dommages et intérêts pour exhibition sexuelle après une action seins nus dans l’église de la Madeleine en 2013. » Bref, si elle insiste sur le fait qu’en 2020, plus rien n’interdise le topless à la plage et que celui-ci n’est plus considéré comme une exhibition sexuelle en raison de sa démocratisation, l’appréciation du texte se fait « au cas par cas ».

Aujourd’hui, si une plage veut vraiment interdire le topless, elle doit l’annoncer clairement à l’avance par voie d’arrêté préfectoral. Valérie Duez-Ruff cite en exemple Paris-Plages, « dont le règlement interdit le port des strings et du monokini, considérés comme tenues indécentes. Les contrevenants s’exposent à une amende de 38 euros. » Mais ce n’était pas le cas de Sainte-Marie-la-Mer, où aucun arrêté préfectoral n’interdit le topless.

Le maire de la commune, Edmond Jorda, s’est d’ailleurs défendu de toute politique de la station balnéaire à ce sujet : « Le conseil municipal et son maire estiment que le fait pour une femme de bronzer les seins nus n’est en aucun cas constitutif d’une quelconque atteinte à la pudeur ou aux bonnes mœurs. De fait, ils n’ont jamais demandé aux forces de l’ordre d’agir dans ce cadre », selon des paroles relayées dans Midi Libre. Conclusion de notre avocate : « Ces femmes étaient en droit de refuser de mettre leur haut de maillot de bain. » 

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, s’est finalement lui-même emparé du sujet ce mardi après-midi via Twitter. « La liberté est un bien précieux », a-t-il notamment écrit. 

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