Brexit : quatre questions sur les nouvelles tensions entre l’Union européenne et le Royaume-Uni – franceinfo

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Les négociations ont repris mardi dans un climat tendu entre le Royaume-Uni et l’Union européenne pour définir leur relation post-Brexit, Londres menaçant de claquer la porte si des progrès ne sont pas réalisés cette semaine.

Si le sujet a été un peu occulté par la crise du Covid-19, le Brexit revient sur le devant de la scène. Une nouvelle session de négociations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni s’est ouverte mardi 8 septembre. Le ton est monté entre les deux parties et la même éternelle question se pose. Trouveront-elles un accord ou se dirige-t-on vers un “no deal” ?

1Pourquoi reparle-t-on à nouveau du Brexit ?

Si le sujet revient dans l’actualité cette semaine, c’est parce qu’une huitième séance de pourparlers s’est ouverte mardi. Car si l’on pensait pouvoir en finir rapidement après le référendum du 23 juin 2016 et la victoire du “Leave” (“partir”), quatre ans plus tard, les discussions patinent toujours.

La date de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, initialement fixée au 29 mars 2019, a été plusieurs fois reportée avant d’avoir finalement lieu le 31 janvier 2020. A cette date, une période de transition s’est ouverte. Elle doit se terminer (normalement) le 31 décembre. Ce laps de temps est dédié aux négociations qui détermineront la relation future entre Bruxelles et Londres. Car pour l’instant, le Royaume-Uni reste régi par la réglementation européenne. 

Le premier “round” des négociations a commencé le 2 mars 2020 et s’est soldé par un échec, les deux parties n’arrivant pas à se mettre d’accord sur de nombreux points. La crise du Covid-19 a perturbé les autres sessions de négociations, qui ont repris en visioconférence. Le 15 mai, le négociateur en chef de la Commission européenne, Michel Barnier, a tempêté, lors d’une conférence de presse, qu’en dehors de “quelques ouvertures modestes, aucun progrès n’[avait] été possible sur les autres sujets, les plus difficiles”. Sentiment partagé par son homologue britannique, David Frost, qui a réclamé “un changement d’approche de l’UE”. Le 23 juillet, même constat à l’issue d’une nouvelle session de négociations : toujours pas d’accord et toujours aussi “peu de progrès”, selon Michel Barnier.  

2Quels sont les enjeux de ces nouvelles négociations ?

Lundi 7 septembre, le ton est monté entre l’UE et le Royaume-Uni. Car cette semaine, c’est “la phase finale de nos négociations avec l’UE”, a déclaré Boris Johnson. “L’UE a été très claire au sujet du calendrier. Moi aussi. Il doit y avoir un accord avec nos amis européens d’ici au Conseil européen, le 15 octobre, pour qu’il entre en vigueur d’ici à la fin de l’année”, a annoncé le Premier ministre britannique. Il a ajouté que, faute d’accord à l’issue de cette nouvelle session, il n’y aurait “pas d’accord de libre-échange” entre Londres et Bruxelles. 

De son côté, Michel Barnier a assuré lundi sur France Inter qu’“il n’y aura pas de compromis, pas d’accord avec le Royaume-Uni au détriment de l’Union européenne et au détriment du marché unique”. Il a estimé que “les Britanniques voudraient le meilleur des deux mondes, exporter leurs produits dans le marché européen un peu à leurs conditions, et nous voulons que ces conditions soient équitables”.

3Quels sont les points de friction entre l’Union européenne et le Royaume-Uni ?

Deux points de blocage subsistent. Le premier, c’est la pêche. Les Européens souhaitent avoir un accès inchangé aux eaux britanniques. Le Royaume-Uni, lui, veut voir doubler ses droits de pêche dans ses eaux territoriales et réclame la négociation annuelle de quotas. Sans accord, les pêcheurs européens se retrouveraient privés d’accès aux eaux poissonneuses britanniques dès le 1er janvier 2021. “Nous n’accepterons pas que le travail et les moyens de subsistance de ces hommes et de ces femmes servent de monnaie d’échange dans ces négociations”, a déclaré Michel Barnier le 2 septembre, lors d’une visioconférence devant le think tank irlandais Institute of International and European Affairs.

L’autre point de discorde concerne les conditions de concurrence équitable. L’UE souhaite donner un accès privilégié aux Britanniques sur le marché intérieur, sans quotas ni droits de douane, en échange de la certitude que Londres reste aligné sur les normes communautaires, notamment en matière d’aides d’Etat, explique Le Monde (article abonnés). Les Vingt-Sept craignent notamment que “l’autonomie” des Britanniques “se transforme en dumping social, environnemental” et ne “détruise du même coup des entreprises côté européen”, a expliqué Michel Barnier lundi sur France Inter.  

Les tensions sont d’autant plus exacerbées que le gouvernement britannique a annoncé lundi sa volonté de revenir sur certaines parties de l’accord encadrant la sortie de l’UE le 31 janvier dernier. Il compte présenter mercredi un texte de loi visant à garantir l’absence de frontière physique entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, membre de l’UE, et à éviter la résurgence de tensions dans cette région. Londres a ensuite précisé vouloir retoucher de manière “limitée” le protocole pour le “clarifier”, afin de “lever toute ambiguïté” et d’éviter des “conséquences imprévues” du texte pour le processus de paix ou le marché intérieur britannique. 

Mais les Européens ont vivement réagi : “Tout ce qui a été signé dans le passé doit être respecté”, a martelé Michel Barnier. La porte-parole de la diplomatie française, Agnès von der Mühll, a quant à elle averti que si la “confiance” était brisée, “les négociations sur la relation future en seront affectées”. D’autant que l’accord sur la frontière irlandaise a été signé dans la douleur par l’UE et le Royaume-Uni. Mardi, le secrétaire d’Etat pour l’Irlande du Nord, Brandon Lewis, a reconnu au Parlement que “oui, [une telle révision] viole le droit international d’une manière très spécifique et limitée”. 

4Et maintenant ?

Si aucun accord n’est trouvé avant le 15 octobre, Britanniques et Européens se quitteront en appliquant les règles de l’Organisation mondiale du commerce dans leurs échanges commerciaux : des droits de douane élevés s’appliqueront dès le 1er janvier. 

Boris Johnson a affirmé mardi que le gouvernement britannique se satisferait de quitter le bloc européen sans accord si l’UE ne faisait pas preuve de flexibilité afin de conclure un traité et éviter une rupture brutale entre les deux partenaires. Néanmoins, les économies des deux parties, déjà affectées par la crise du Covid-19, risquent de pâtir d’un “no deal” : leurs échanges commerciaux représentent près de 1 000 milliards de dollars, et le PIB du Royaume-Uni a perdu 20% au deuxième trimestre, soit la pire récession de toute l’Europe (la France est à -13,8%, selon les chiffres de l’OCDE). 

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