Traders et analystes ne craignent plus un scénario du « no deal » et privilégient en général une sortie la plus en douceur possible.

Par Eric AlbertPublié aujourd’hui à 10h46, mis à jour à 10h53

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Un journaliste présente les « unes » des journaux britanniques après le rejet par les députés britanniques de l’accord de sortie de l’UE négocié par Theresa May, devant le Parlement, à Londres, le 16 janvier 2019.
Un journaliste présente les « unes » des journaux britanniques après le rejet par les députés britanniques de l’accord de sortie de l’UE négocié par Theresa May, devant le Parlement, à Londres, le 16 janvier 2019. OLI SCARFF / AFP

Sentant le vent tourner, les marchés financiers sont en train d’opérer un retournement spectaculaire sur le Brexit. Après la défaite historique de Theresa May à la chambre des communes, mardi 15 janvier, la livre sterling a légèrement augmenté, loin de toute panique, au plus haut depuis près de deux mois. De plus en plus d’investisseurs semblent parier sur l’annulation du Brexit, ou au moins sur une sortie de l’Union européenne très « douce », évitant tout choc économique.

Deux heures après le vote parlementaire, Nomura, la banque japonaise, a fait connaître son verdict : elle recommande de jouer à la hausse la livre sterling, qui sert depuis le référendum de juin 2016 de baromètre du Brexit. « Nous n’avons pas pris cette position à la légère, expliquent ses analystes. C’était une décision difficile. Si le gouvernement perd [le vote de défiance, organisé ce mercredi] , la livre sterling pourrait baisser substantiellement. Mais pour l’instant, nous pensons que le marché croit en un Brexit plus doux. »

La défaite catastrophique de Mme May – la plus importante de l’histoire du Parlement britannique – peut sembler contre-intuitive pour parier sur l’annulation du Brexit. Mais les traders prennent des risques calculés, sur une base principale : ils ne croient pas au scénario du « no deal ». Ils constatent qu’une immense majorité de la chambre des communes (près de 600 députés sur 650) y est hostile. Les élus feront tout pour bloquer ce scénario catastrophe.

Signaux positifs

Ensuite, la façon exacte dont le Brexit va se dérouler reste très floue, mais les différentes options tendent toutes vers une solution douce. « Une fois l’option du no deal supprimée, les marchés vont rapidement revoir[la livre sterling] à la hausse, confirme James Hassett, de la banque britannique Barclays. On constate déjà beaucoup d’activité allant dans ce sens. » Selon lui, un deuxième référendum sur le Brexit, ou simplement une date du Brexit différée de quelques semaines, seront considérés comme des signaux positifs par les investisseurs. Les économistes de Capital Economics, une société de consultants, le confirment dans une note publiée fin décembre, où ils estiment qu’une fois que sera écartée l’hypothèque d’une sortie de l’UE, l’économie britannique pourrait devenir la plus dynamique des pays du G7 en 2019.

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Crispin Odey, un milliardaire à la tête d’un fonds spéculatif, est sans doute l’investisseur le plus connu à avoir changé de position. L’homme a été l’un des généreux donateurs de la campagne du Brexit, mettant près d’un million d’euros de sa poche. En 2016, il avait mis son argent du côté de ses convictions politiques en pariant sur la chute des marchés après le référendum. La nuit du résultat, cette position à contre-courant avait été un véritable jackpot, lui rapportant 220 millions de livres (250 millions d’euros, au cours actuel). Un documentaire de la BBC le montrait, au petit matin, béat : « Je n’ai pas dormi de la nuit mais je me sens frais comme un gardon. » Dans un sourire, il ajoutait : « Ce qui fait peur, c’est à quel point on a peu pensé à ce qu’on va vraiment faire maintenant. » Il ne mesurait probablement pas à quel point sa phrase serait prophétique.

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