Brexit : les négociations continuent, la presse populaire se déchaîne – Libération

Spread the love

On continue. En dépit de déclarations enflammées tout le week-end sur la perspective imminente d’un no-deal, Londres et Bruxelles ont décidé de continuer à discuter, encore et encore. «Nous pensons qu’à ce point, il est responsable de faire un effort supplémentaire», ont déclaré dans un communiqué commun la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre britannique, Boris Johnson.

A ce stade, le nombre de dates limites fixées pour enfin aboutir à un accord se perd, mais la réalité est que ni Boris Johnson ni l’UE n’ont l’intention de prendre l’initiative d’endosser la responsabilité d’un échec des discussions. La seule véritable date limite est celle du 31 décembre, fin de la période de transition entamée il y a onze mois, le 1er février, au lendemain du Brexit, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Depuis cette date, rien n’a vraiment changé concrètement. A partir du 1er janvier, ce sera une autre histoire, quelle que soit l’issue des négociations.

A lire aussi Brexit : un pessimisme de rigueur ?

Le gouvernement britannique a ainsi demandé aux supermarchés de stocker un maximum de denrées en anticipation de retards ou blocages aux frontières le 1er janvier, rapportait le Sunday Times.

Appel guerrier

Parallèlement, les tabloïds britanniques se sont livrés tout le week-end à un festival. La xénophobie et les titres racoleurs sont la moelle épinière des journaux populaires britanniques, la France et ses fourbes «Froggies» leur cible privilégiée. Pourtant, les tabloïds ont atteint ce week-end de nouveaux sommets dans l’outrance.

«On va envoyer nos canonnières», titrait samedi le Daily Mail.La une du Daily Mail du 12 décembre.

Dès samedi, le Daily Mail menaçait sur sa une : «On va envoyer nos canonnières» pour protéger le poisson britannique (c’est connu, les poissons respectent les frontières) contre l’appétit des chalutiers français. Quatre navires de la Royal Navy seraient ainsi prêts à se déployer dès le 1er janvier dans la Manche pour contrer toute velléité française de pénétrer dans les eaux territoriales britanniques, si d’aventure les négociations aboutissaient à un no-deal.

A lire aussi Brexit : quel avenir pour les filets à l’anglaise ?

L’appel guerrier et quelque peu hallucinant a ravivé les souvenirs des «guerres de la morue», une série d’escarmouches sérieuses pendant vingt ans, entre 1958 et 1976, entre le Royaume-Uni et l’Islande, pour là aussi des histoires de droits de pêche. La signature d’un accord en 1976 avait concrétisé la défaite à plates coutures sur le sujet du Royaume-Uni. Face à cette escalade, un officiel de l’Elysée, cité par Reuters, avait répondu samedi par un sobre, en anglais dans le texte, «keep calm et carry on» («On reste calme et on continue»).

Signe d’un début d’hystérie globale, dimanche, c’est le Mail on Sunday qui s’est violemment attaqué à l’Allemagne, et plus précisément à la chancelière allemande, Angela Merkel. Or, jusqu’à présent, l’Allemagne, perçue par le gouvernement britannique comme plus conciliante que la France, avait été relativement épargnée par les attaques de la presse. «Merkel veut que le Royaume-Uni rampe sur du verre cassé», accusait ainsi le journal dominical, qui développait dans ses pages intérieures comment «Frau Nein» («madame Non») aurait bloqué tout accord. Les officiels britanniques blâment «le dégoût luthérien de la fille d’un pasteur pour un Boris Johnson libertin», expliquait avec une logique imparable le Mail on Sunday.

De son côté, le très conservateur Sunday Express clamait : «No Deal, nous sommes prêts !» d’un ton qui ressemblait furieusement à un souhait profond. Les quotidiens dits «sérieux», comme le Sunday Times, prévenaient que Boris Johnson s’apprêtait «à prendre le contrôle» des préparatifs pour un no-deal, à dix-huit jours de la fin de la période de transition.

Sonia Delesalle-Stolper correspondante à Londres

Leave a Reply