Brexit : le 31 janvier 2020, ce jour où rien n’a changé, tout a changé – Le Monde

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Les partisans de Nigel Farage et de son parti Brexit se rassemblent sur la place du Parlement, en face du parlement britannique. Photo © Ed Alcock / M.Y.O.P. 31/1/2020 Supporters of Nigel Farage and his Brexit Party congregate on Parliament Square, opposite the British parliament. Photo © Ed Alcock / M.Y.O.P. 31/1/2020 ED ALCOCK / M.Y.O.P POUR LE MONDE
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Publié aujourd’hui à 06h16, mis à jour à 08h51

C’est une drôle de soirée. La sono marche mal, la bruine semble flouter tous les visages et l’on entend à peine les orateurs qui défilent à la tribune. Des curieux, des touristes même, se sont mêlés aux militants du Parti du Brexit enveloppés dans des drapeaux britanniques. L’atmosphère a longtemps été molle. Il a fallu attendre 22 heures à Londres pour qu’enfin quelque 10 000 personnes se rassemblent devant Westminster et que cette célébration, voulue et organisée par les plus acharnés des adversaires de l’Union européenne (UE), ressemble un peu plus à une fête.

Les partisans de Nigel Farage célèbrent le Brexit sur la place du Parlement, à Londres, le 31 janvier 2020.
Les partisans de Nigel Farage célèbrent le Brexit sur la place du Parlement, à Londres, le 31 janvier 2020. ED ALCOCK / M.Y.O.P POUR LE MONDE

Peut-être que tous ceux qui sont là, au pied de la statue de Churchill et à deux pas du Parlement, aimeraient que ce moment tant attendu soit plus spectaculaire et exaltant, qu’il marque mieux ce grand basculement.

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Le fondateur du Parti du Brexit, Nigel Farage, l’a sans doute senti. Alors c’est lui qui lance les mots que cette foule attend. « Nous quittons l’UE ! Nous l’avons fait ! Nous ne retournerons jamais en arrière ! » Cette fois, les bras se lèvent, les corps s’animent. « Le peuple a battu l’establishment qui voulait lui faire peur ! C’est un moment unique dans l’histoire de notre grande nation. » Dans son manteau de tweed vert tilleul à col de velours, Nigel Farage parcourt toute la tribune, affichant son large sourire sur l’écran géant. « Nous travaillerons avec les pays de l’UE, nous ferons du commerce avec eux, mais nous ne prendrons plus nos ordres ailleurs que chez nous ! »

Le fondateur du Parti du Brexit, Nigel Farage, sur la place du Parlement, à Londres, le 31 janvier 2020.
Le fondateur du Parti du Brexit, Nigel Farage, sur la place du Parlement, à Londres, le 31 janvier 2020. DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP

Déjà, son public forme comme un chœur qui lui répond en entonnant « Rule Britannia, Britons never, never, never shall be slaves » (« Règne, Britannia, les Britanniques ne seront jamais, jamais, jamais des esclaves »). Puis, s’affiche sur l’écran un décompte, une demi-minute avant 23 heures (minuit à Bruxelles) ; les trente dernières secondes du Royaume-Uni dans l’UE. La foule les scande une à une. « Two, one, zero ! » Voilà, l’Angleterre, l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord sont sortis. « Bye UE, bye UE », chantent les brexiters en buvant de la bière et du prosecco. Nigel Farage aurait voulu que les cloches de tout le pays sonnent à 23 heures. Mais à Londres, Big Ben est en travaux et le célèbre carillon a été démonté pour être révisé.

Abréger la cérémonie des adieux

Rien n’a changé. Tout a changé. La foule s’est dispersée en quelques minutes en emportant ses drapeaux et ses God Save the Queen. Sans s’attarder. A l’image de cette drôle de journée où le pays a célébré comme a minima cet évènement pourtant historique. Mais peut-on vraiment fêter un divorce ?

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