Brexit: Boris Johnson persiste, seul contre tous – Le Figaro

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Le premier ministre devrait suspendre cette nuit le Parlement après s’être vu infliger un camouflet de la part des députés cherchant à empêcher un «no deal».

Correspondant à Londres

Deux portes devraient se fermer, ce lundi soir. Celle du Parlement, «suspendu» pour plus d’un mois sur une décision de Boris Johnson qui a enflammé la scène politique. Et celle qui ouvrait sur un Brexit sans accord au 31 octobre, qu’un texte porté par l’opposition a rendu impraticable. Même si le premier ministre semble vouloir garder un pied dans le battant, pour réussir ce Brexit «coûte que coûte» à la date butoir. On pourrait ajouter la fermeture d’une troisième porte, celle qui pouvait mener à des élections anticipées avant la fin du mois d’octobre, comme le voulait le premier ministre.

Sauf coup de théâtre, les parlementaires devraient repousser cette nuit la demande du gouvernement de voter en faveur d’élections législatives anticipées à court terme. Ils avaient déjà repoussé cette même requête la semaine dernière. Boris Johnson voulait un scrutin le 15 octobre, afin de se donner une nouvelle majorité – perdue la semaine dernière – et avoir bride lâche pour mener à bien sa stratégie de Brexit. Mais l’opposition le soupçonne de vouloir la manipuler pour forcer un Brexit sans accord. Les députés ont d’ailleurs voté lundi soir un texte obligeant le gouvernement à publier des documents confidentiels sur l’impact d’un «no-deal». Il demande également au gouvernement de divulguer les échanges entre responsables sur leur plan de suspendre le Parlement.

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Dans le même temps, le texte contre le «no deal» est donc devenu une loi, après avoir reçu l’approbation de la reine, la dernière étape nécessaire à son entrée en vigueur. Cette loi contraint le premier ministre à solliciter un report du Brexit auprès de l’UE jusqu’à fin janvier 2020 si aucun accord n’est trouvé avec Bruxelles avant le 19 octobre. Cela n’a pas empêché Boris Johnson de réitérer son opposition farouche à un tel ajournement, sous peine d’infliger un «dommage permanent» à la confiance des Britanniques envers la démocratie. Sa détermination serait intacte. Une source au 10 Downing Street a ainsi déclaré au Sunday Timesque le premier ministre était prêt à s’attaquer «à la tronçonneuse» à tout obstacle sur son chemin. Mais quelle stratégie peut-il désormais adopter?

• Boris Johnson sera-t-il dans l’obligation de demander un report du Brexit?

C’est tout l’enjeu de la bataille, depuis 48 heures. Officiellement, le gouvernement fait savoir qu’il se conformera à la loi. Mais les grands lieutenants de «BoJo» ne se privent pas d’entretenir l’ambiguïté. Ils font savoir que cette loi est «floue» et qu’ils sont prêts à en «tester» les limites. Le ministre des Affaires étrangères, Dominic Raab, a ainsi dit que le gouvernement «regarderait de très près quelle interprétation il peut faire de la loi». Pour parer à ce risque, les parlementaires opposés au Brexit dur ont demandé un débat et préparent une «task force» juridique s’il fallait lancer une action en justice contre de telles menées. Pour donner une idée de l’ambiance, des avocats consultés ont même dit qu’en cas de non-respect de cette loi, Boris Johnson risquerait la prison… Une autre option étudiée par le premier ministre serait, parallèlement à l’envoi formel de la demande de délai à Bruxelles, de joindre une seconde lettre pour dire clairement à l’UE que le gouvernement n’en veut pas… Mais là encore, la légalité de la démarche serait douteuse. Enfin, dernière possibilité: demander à un pays européen «ami» de s’opposer à un report.

• Un accord avec l’UE est-il encore possible avant le 31 octobre?

Boris Johnson assure que oui, et que telle est sa volonté. En déplacement lundi à Dublin pour y rencontrer son homologue irlandais Leo Varadkar, il a confié avoir «soigneusement examiné les conséquences» d’un Brexit sans accord. Affirmant que le Royaume-Uni s’en sortirait, il a toutefois estimé qu’il s’agirait d’un «échec de gouvernance dont nous serions tous responsables». Son équipe aurait dans son sac une «des propositions en abondance». Leo Varadkar s’est montré moins optimiste sur cette cascade d’idées nouvelles… Boris Johnson réclame toujours la suppression du «backstop», ce «filet de sécurité» empêchant le retour d’une frontière physique entre l’Irlande et l’Irlande du Nord. Il s’agit du principal point d’achoppement dans les discussions avec l’UE. Concrètement, ce mécanisme créerait un «territoire douanier unique», englobant l’UE et le Royaume-Uni, ce dont les Réciter durs ne veulent pas entendre parler car cela lierait indéfiniment leur pays à l’UE. «En l’absence d’arrangements alternatifs, pas de backstop signifie pas d’accord pour nous», a rappelé lundi Leo Varadkar. Ajoutant que, pour l’heure, l’UE n’avait reçu aucune proposition «réaliste» de Londres. La réelle volonté de Boris Johnson de parvenir à un accord a été malmenée par les déclarations de sa ministre du Travail, Amber Rudd, démissionnaire dimanche. Elle a affirmé que le gouvernement passait 80 à 90 % de son temps à planifier un «no deal» plutôt qu’à essayer de trouver un accord avec l’UE.

• Les élections sont-elles toujours une priorité?

Même si elles n’ont pas lieu dans les délais voulus par Boris Johnson, elles restent la clé de voûte de sa stratégie pour reprendre la main sur le cours du Brexit. Le premier ministre a perdu sa majorité, avec la défection puis la «purge» de 21 parlementaires félons. Il avait intérêt à une élection la plus rapide possible, les sondages lui étant favorables. Mais des élections plus tardives, après un nouveau délai de trois mois pour le Brexit, ne lui seront pas forcément hostiles. Tant qu’il apparaît faire feu de tout bois contre ce report, les électeurs lassés de ce Brexit sans fin pourront se tourner vers lui. Le risque, toutefois, dans une telle élection post-31 octobre, est d’être malmené sur sa droite par le Brexit Party. Nigel Farage aura beau jeu de dire que Johnson n’a pas tenu sa promesse. Plus que l’opposition travailliste, Farage pourrait être l’adversaire principal.

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