Brevets des vaccins anti-Covid : “Jusqu’ici les élus LREM défendaient les intérêts des laboratoires pharmaceut – Franceinfo

Spread the love

Emmanuel Macron s’était jusqu’à présent “systématiquement opposé à cette levée des brevets à l’Organisation mondiale du commerce”, relève Manon Aubry, eurodéputée La France insoumise, sur franceinfo vendredi 7 mai, qui l’accuse d’avoir défendu “les intérêts des laboratoires pharmaceutiques”. Le chef de l’État s’est finalement déclaré jeudi “tout à fait favorable à ce que la propriété intellectuelle soit levée” à la veille du sommet européen de Porto où le sujet sera abordé. Cette mesure a été proposée mercredi par le président américain Joe Biden.

Le président français a emboîté jeudi le pas à Joe Biden en déclarant qu’il est favorable à cette levée des brevets des vaccins anti-Covid. C’est que ce vous réclamiez depuis un moment à gauche ?

Manon Aubry : En effet, ça fait plus d’un an qu’on se bat pour obtenir cette levée des brevets et massifier les capacités de production au niveau international, enlever des mains des laboratoires pharmaceutiques le monopole de production, faire en sorte qu’il n’y ait pas de profits sur la pandémie. Mais en la matière, je note que Macron a des discours très différents des actes, puisqu’il s’est systématiquement opposé à cette levée des brevets à l’Organisation mondiale du commerce. La République en marche, a voté contre à l’Assemblée nationale et au Parlement européen. Et puis, les élus En marche ont fait le tour des plateaux [de télévision] pour nous expliquer que c’était inutile. La réalité, c’est que jusqu’ici, ils défendaient les intérêts des laboratoires pharmaceutiques pour s’assurer que leurs profits soient garantis sur cette pandémie.

Des opposants à la levée des brevets sur vaccins anti-Covid expliquaient que même si on transférait la propriété intellectuelle à d’autres pays, par exemple, il n’y aurait pas les moyens de production derrière. Donc, c’était assez inutile ? 

Sauf que l’ensemble des capacités de production au niveau international ne sont pas exploités. Nous avons perdu des mois et des mois pendant lesquels l’Union européenne, de concert avec la France, a bloqué à l’Organisation mondiale du commerce cette levée des brevets. Ce sont autant de vies que nous aurions pu sauver quand, en particulier, des pays attendent désespérément ces vaccins. On voit le drame qui est en train de se jouer en Inde et même en France. On voit le temps que ça a mis avant de prendre un tournant qui permette à tous ceux qui le veulent d’être peu à peu vaccinés. Et je pense que c’est une faute dont Emmanuel Macron paiera ou devra payer longtemps des conséquences.

L’autre élément central de ce sommet européen, c’est la volonté d’injecter plus de mesures sociales en Europe après les gros dégâts de la crise sanitaire. Percevez-vous, cette volonté d’un virage social ?

Il est évident que la question est majeure, avec une crise sociale très dure en Europe, qui touche en particulier ceux qui étaient déjà précaires. Je pense aux jeunes générations qu’on est en train de sacrifier. Je pense à tous ceux qui avaient des emplois précaires et qui l’ont perdu, au chômage et à la pauvreté qui progressent partout en Europe. Ceci étant dit, je vais être honnête avec vous, j’ai 31 ans et je pense que j’entends parler d’Europe sociale depuis que je suis toute petite, même bien avant que je naisse, et je pense que c’est une forme de vieux serpent de mer en Europe. Et là aussi, des discours ne suffisent pas. Ce genre de grands sommets européens qui accouchent souvent d’une souris, ne sont pas à la hauteur de l’urgence sociale. Ça fait des mois qu’on met des propositions concrètes sur la table, à commencer par le fait de déclarer l’urgence sociale, comme on a déclaré l’urgence climatique, que les partis politiques de droite, mais aussi d’une partie de la gauche, s’y opposent. Ça fait des mois qu’on nous demande d’avoir un statut des travailleurs ubérisés et d’avoir un salaire minimum européen.

Cette harmonisation à l’échelle européenne en faveur de l’emploi doit passer par quoi ?

Par un salaire minimum européen qui soit à la hauteur de 75 % du salaire médian. C’est la proposition que nous mettons sur la table aujourd’hui parce qu’en en réalité l’Europe sociale, c’est du dumping social, c’est des délocalisations. Malheureusement, l’actualité en regorge : de grandes d’industrie qui préfèrent aller en Hongrie, en Pologne, où parfois, les salaires sont jusqu’à cinq-six fois moins élevés qu’en France. Cette concurrence est insupportable au cœur même de l’Union européenne.

“Il faut un processus d’harmonisation progressif par le haut qui permette à chacune et à chacun vivre dignement partout dans l’Union européenne.”

Manon Aubry, eurodéputée La France insoumise

à franceinfo

Mais là aussi, il faut qu’il y ait un seuil très clair qui soit fixé dans le droit européen. 

Tout cela doit être financé. On commence à parler d’un deuxième plan de relance pour l’économie en France. Qu’en dites-vous ?

Je pense que c’est nécessaire. Le premier plan de relance qui a été fait en France comme en Europe, on est à peine 1,2 % du PIB. Ce n’est rien à côté des pertes qui sont essuyées, en particulier pour les plus petites entreprises. Il faut un plan de relance qui aille directement auprès des ménages les plus défavorisés. Il faut un plan de relance qui soit écologique.

“Il faut un plan de relance qui ne demande pas des contreparties, comme c’est le cas à l’heure actuelle du plan de relance européen. Le revers de la médaille est quand même massif.”

Manon Aubry

à franceinfo

C’est la réforme de l’assurance chômage et plus de 2 milliards d’économies sur les chômeurs, c’est la réforme des retraites dont personne ne veut en France. Des plans de relance à l’heure où on veut faire l’Europe sociale, c’est une hypocrisie la plus totale. Et puis, il faut aussi des moyens pour le financer avec une taxe sur les transactions financières et une taxe sur ceux qui ont profité de la crise pour s’enrichir, Amazon, par exemple, qui a triplé son bénéfice. Voilà là aussi des propositions concrètes que nous mettons sur la table.

Leave a Reply