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Bolivie. Face à la crise politique, le président Evo Morales annonce sa démission – Ouest-France

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La crise politique s’aggrave en Bolivie : le président Evo Morales, dont l’élection récente était contestée par l’opposition et la rue a annoncé sa démission ce dimanche 10 novembre. Plus tôt dans la journée, plusieurs ministres et députés, dont le président de l’Assemblée avaient pris la même décision.

L’opposition et l’armée ont appelé le président à démissionner, après trois semaines de contestation de sa réélection.

« Après avoir analysé le conflit national, nous demandons au président de renoncer à son mandat présidentiel, de permettre le rétablissement de la paix et la restauration de la stabilité dans le pays », a déclaré à la presse le commandant des forces armées terrestres, Williams Kaliman.

Un nouveau scrutin ne satisfait pas la rue

L’annonce par le dirigeant indigène de 60 ans, au pouvoir depuis 2006, d’un nouveau scrutin – une option qu’il rejetait jusque-là – visait à « pacifier la Bolivie » mais n’a pas réussi à apporter le calme, et les affrontements entre protestataires et forces de l’ordre se poursuivaient dimanche.

L’armée a ordonné « des opérations militaires aériennes et terrestres pour neutraliser les groupes armés qui agissent en dehors de la loi », a indiqué son commandant en chef, le général Williams Kaliman.

Montée des violences

Visé par des manifestants qui ont incendié sa maison à Potosi (sud-ouest), le président de l’Assemblée nationale, Victor Borda, a démissionné, imité selon la télévision bolivienne par une dizaine de députés.

« Pourvu que cela aide à préserver l’intégrité physique de mon frère, qui a été pris en otage » lors de l’attaque, a-t-il déclaré.

Peu après, le ministre des Mines, César Navarro, a également renoncé à son poste, disant vouloir « préserver (sa) famille » après l’incendie de sa maison et l’agression de son neveu.

« Le cours des événements va à l’encontre de mes principes personnels, ainsi que de mes valeurs spirituelles et démocratiques », a écrit quant à lui le ministre des Hydrocarbures, Luis Alberto Sanchez, dans sa lettre de démission envoyée au président et publiée sur Twitter.

« Il devrait se retirer »

Plusieurs dirigeants de l’opposition ont exhorté le chef de l’État à lui aussi démissionner.

« S’il lui reste une once de patriotisme il devrait se retirer », a déclaré le centriste Carlos Mesa, candidat malheureux au premier tour de la présidentielle du 20 octobre, dont l’Organisation des États américains (OEA) a demandé l’annulation.

« Evo Morales a brisé l’ordre constitutionnel et doit démissionner », a renchéri Luis Fernando Camacho, dirigeant le plus visible et radical de l’opposition, appelant à la formation d’une « commission de gouvernement transitoire », chargée de « convoquer de nouvelles élections d’ici 60 jours maximum ».

Le président bolivien a annoncé qu’il allait « renouveler l’ensemble des membres du Tribunal électoral suprême (TSE) », puis « convoqu (er) de nouvelles élections qui permettront, en votant, au peuple bolivien d’élire démocratiquement de nouvelles autorités ». Mais il n’a pas spécifié la date de ce nouveau scrutin, ni s’il s’y représenterait.

Le scrutin entaché d’irrégularités

Les comités de la société civile qui se sont multipliés ces dernières semaines dans le pays ont demandé à ce que ni Evo Morales, ni Carlos Mesa ne se représentent pour un nouveau scrutin.

L’OEA a demandé l’annulation du premier tour, entaché d’irrégularités selon elle, et la convocation d’un nouveau scrutin dès que les garanties seraient fournies pour son bon déroulement, « au premier rang desquelles la composition d’un nouvel organe électoral », par allusion au TSE.

Le secrétaire d’État adjoint américain chargé de l’Amérique latine, Michael Kozak, a réagi dans un tweet en demandant à l’OEA d’envoyer une mission en Bolivie pour s’assurer que les nouvelles élections soient « libres et justes, et le reflet de la volonté du peuple bolivien ».

Un score jugé « frauduleux »

Dans un communiqué, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a salué « positivement » l’annonce de nouvelles élections, appelant « toutes les parties, surtout les autorités, à prendre leurs responsabilités démocratiques et les décisions appropriées permettant une réconciliation rapide et d’éviter de nouvelles violences ».

Le scrutin du 20 octobre a abouti à la réélection d’Evo Morales pour un quatrième mandat jusqu’en 2025, une option pourtant rejetée par la population lors d’un référendum en février 2016.

Son score annoncé par le TSE, dépassant de plus de 10 points celui de Carlos Mesa, avait aussitôt été qualifié de frauduleux par l’opposition.

Trois morts et 383 blessés

Les signes d’aggravation de la situation se multipliaient ces derniers jours, avec des mutineries d’unités policières dans plusieurs régions du pays et l’occupation de médias d’État par des manifestants.

Evo Morales avait encore lancé samedi un appel au dialogue, rejeté aussitôt par l’opposition, tandis que Cuba lui exprimait son soutien face à « l’aventure putschiste de l’impérialisme et de l’oligarchie ».

Le pape François a appelé les Boliviens à attendre « dans la paix et la sérénité » le processus de révision électoral « en cours ».

La vague de contestation qui secoue le pays depuis trois semaines a fait trois morts et 383 blessés.

« Notre démocratie est en danger à cause du coup d’État en cours que des groupes violents ont lancé contre l’ordre constitutionnel », avait estimé Evo Morales vendredi soir.

Partager cet article Evo Morales, lors d'un sommet des Nations unies, le 21 avril 2016 à New York.

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