Biélorussie : les protestataires libérés affirment avoir été torturés – Le Figaro

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Des centaines de contestataires, libérés après avoir été détenus en Biélorussie lors des protestations contre la réélection controversée du président Alexandre Loukachenko, ont raconté vendredi 14 août des scènes de tortures subies en prison.

Privés d’eau, de nourriture et de sommeil en détention, torturés à l’électricité et brûlés aux cigarettes, ils ont été détenus par des dizaines dans les cellules destinées à quatre ou six personnes, ont témoigné plusieurs contestataires libérés auprès de l’AFP. «On m’a frappé très fort sur la tête (…), mon dos est couvert de bleus après des coups de matraque», a déclaré à l’AFP Maxim Dovjenko, 25 ans, en assurant qu’il n’avait même pas participé aux manifestations, mais était sur les lieux au moment de la répression policière.

Mikhaïl Tchernenkov, entrepreneur de 43 ans, a montré ses fesses entièrement bleues à un photographe, racontant à l’AFP avoir été torturé à l’électricité et frappé avec des matraques.

Des centaines de personnes ont raconté avoir été torturées. SERGEI GAPON / AFP

Dans un communiqué, l’ONG Amnesty International a rapporté jeudi des cas de manifestants «mis à nu, battus et menacés de viol» lors de leur détention dans les geôles du régime.

Jeudi soir, les autorités ont annoncé avoir libéré plus de 1000 manifestants au total, la présidente du Sénat, Natalia Kotchanova, ayant affirmé à la télévision publique que ces contestataires avaient été relâchés avec l’obligation de ne pas participer à des rassemblements non autorisés. Pour sa part, le ministre de l’Intérieur, Iouri Karaev, a présenté jeudi ses excuses pour les violences commises contre «des passants» qui n’étaient pas impliqués dans les protestations.

Depuis dimanche soir, la Biélorussie est le théâtre de manifestations de protestation contre la réélection d’Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 26 ans dans cette ex-république soviétique. Les protestations contre sa victoire – officiellement avec 80% des voix – jugée frauduleuse par les contestataires ont été violemment réprimées par les forces anti-émeutes, faisant deux morts, des dizaines de blessés et donnant lieu à au moins 6700 arrestations.

» VOIR AUSSI – En Biélorussie, des manifestants forment des chaînes humaines contre la répression

«Besoin d’un nouveau président»

Jeudi soir, des dizaines de milliers de personnes se sont encore réunies dans plusieurs endroits de Minsk pour dénoncer la répression violente du mouvement de contestation. Des rassemblements similaires étaient également signalés dans au moins six autres villes, sans que la police n’intervienne. «Nous avons besoin d’un nouveau président!», indiquaient à Minsk des pancartes portées par des protestataires, dont beaucoup faisaient le «V» de la victoire, selon un photographe de l’AFP.

Les libérations des manifestants, notamment de la prison d’Okrestina, à Minsk, ont donné lieu jeudi soir à de poignantes scènes de retrouvailles. De nombreux ex-prisonniers avaient le visage abattu et ont refusé de s’exprimer.

Les libérations des manifestants ont donné lieu jeudi soir à de poignantes scènes de retrouvailles. SERGEI GAPON / AFP

Plus de 1000 chercheurs biélorusses ont signé une lettre «contre la violence», tandis que des soignants se sont regroupés devant leurs établissements. Des artistes de la Philharmonie de Minsk ont aussi entonné des chants patriotiques devant le bâtiment l’abritant.

Selon des médias de l’opposition, des actions similaires ont eu lieu dans d’importantes usines. Pour les manifestants, c’est Svetlana Tikhanovskaïa, une novice en politique, qui a gagné, après une campagne ayant suscité une ferveur inédite dans cette ex-république soviétique. L’opposante avait remplacé son mari, un vidéo-blogueur emprisonné.

Réunion extraordinaire de l’UE

Les rassemblements pacifiques se sont étendus alors que la police jugeait que la contestation faiblissait, tout en dénonçant un niveau élevé d’«agressivité». Une centaine de policiers ont été blessés, dont 28 hospitalisés. Aucun bilan détaillé n’a été fourni concernant les manifestants, contre lesquels des balles en caoutchouc, matraques et grenades assourdissantes sont utilisées sans retenue.

Les autorités biélorusses ont confirmé la mort d’un homme en détention et celle d’un manifestant à Minsk. Elles ont également reconnu l’usage mardi à Brest de balles réelles, qui ont fait un blessé.

Les États-Unis et l’UE ont dénoncé les fraudes électorales et la répression, les Européens menaçant Minsk de sanctions. Une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de l’UE doit avoir lieu vendredi 14 août concernant la situation dans ce pays; cette rencontre «va clairement dans le sens de la préparation de sanctions» contre le régime de Loukachenko, a confié à l’AFP un diplomate européen. Ce sera la voie pour forcer Minsk à ouvrir un dialogue sur le plan de médiation en trois points proposé par la Lettonie, la Lituanie et la Pologne, voisins de la Biélorussie.

Les dirigeants des trois pays sont prêts à jouer les médiateurs pour résoudre la crise politique a expliqué le président lituanien Gitanas Nauseda. La libération des détenus est une des conditions de cette médiation.

L’opposante Svetlana Tikhanovskaïa, 37 ans, a appelé ce vendredi à des manifestations pacifiques dans le pays ce week-end. «Je demande à tous les maires de se faire les organisateurs les 15 et 16 août de rassemblements pacifiques de masse dans chaque ville» biélorusse, a-t-elle déclaré dans une vidéo publiée sur internet. C’est la première que la principale rivale du président s’exprimait après avoir rejoint la Lituanie voisine en début de semaine. Selon son entourage, elle aurait subi des pressions la forçant à s’exiler.

Elle a également dénoncé une «vague (de répression) sanguinaire», jugé la situation «critique», et appelé «le pouvoir à cesser cela et à passer au dialogue». «Plus jamais les Biélorusses ne voudront vivre sous (ce) pouvoir», a-t-elle martelé.

Débrayage dans les usines

Elle a salué les chaînes humaines, souvent composées de femmes vêtues de blanc, qui se sont multipliées depuis mercredi à travers le pays ainsi que les débrayages toujours plus nombreux dans les usines pour réclamer la fin de la répression et des élections libres.

Des centaines d’ouvriers de Minsk ont abandonné leur poste vendredi pour dénoncer la brutalité de la répression des manifestations. Les employés se sont réunis dans les cours des usines MTZ (tracteur) et MAZ (camions et autobus), selon les journalistes de l’AFP qui ont pu observer les scènes à travers les grilles d’enceintes des fabriques. L’un des directeurs, Vitali Vovk, s’est adressé à la foule, mais il a été chassé par les sifflets et les «pars !» de ses collaborateurs.

Alexandre Loukachenko, 65 ans, n’a jamais laissé aucune opposition s’ancrer. La précédente vague de contestation, en 2010, avait été sévèrement réprimée.

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