Berlin dit avoir la « preuve » de l’utilisation d’un agent neurotoxique sur Alexeï Navalny – Le Monde

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Le gouvernement allemand est désormais affirmatif : le principal opposant au Kremlin Alexeï Navalny a bien été empoisonné par un agent neurotoxique. Des tests toxicologiques réalisés par un laboratoire de l’armée allemande ont apporté des « preuves sans équivoque » d’empoisonnement par un produit de la famille du Novitchok, a déclaré le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, dans un communiqué mercredi 2 septembre.

Cet agent toxique avait déjà été utilisé contre l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et sa fille Ioulia en 2018 en Angleterre selon les autorités britanniques, une affaire qui a provoqué une crise diplomatique entre Londres et Moscou.

Se disant « choqué », Berlin demande à la Russie des éclaircissements « urgents ». « Il est choquant qu’Alexeï Navalny ait été victime d’une attaque avec un agent chimique neurotoxique en Russie », juge le gouvernement. La chancelière Merkel, qui a réuni tous les ministres concernés par cette affaire, fera une déclaration mercredi à 17 h 30.

« Le ministère des affaires étrangères informera l’ambassadeur russe des résultats de l’enquête », prévient le gouvernement. L’Allemagne va en outre tenir informés « ses partenaires de l’Union européenne et de l’Otan des résultats de l’enquête », poursuit-il. « Elle discutera d’une réponse commune appropriée avec ses partenaires à la lumière de la déclaration russe ».

Malaise à bord d’un vol pour Moscou

Alexeï Navalny, 44 ans, qui s’est fait un nom en dénonçant la corruption ayant cours dans l’élite russe ainsi que dans l’entourage de M. Poutine, a été victime d’un malaise le 20 août, à bord d’un avion entre la Sibérie et Moscou, après avoir bu du thé à l’aéroport. Il se trouve toujours dans un coma artificiel.

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Hospitalisé dans un premier temps à Omsk, en Sibérie, il a été transféré le 22 août en Allemagne, où ses médecins ont rapidement soupçonné un empoisonnement par une molécule de la classe des inhibiteurs de la cholinestérase, à laquelle appartient le Novitchok, un ensemble d’agents innervants développés par l’Union soviétique dans les années 1970.

Son entourage avait immédiatement dénoncé un empoisonnement et bataillé pour un transfert médicalisé en Allemagne, soupçonnant les médecins russes de s’efforcer de camoufler le crime. Les médecins allemands avaient dans un premier temps annoncé qu’il avait été intoxiqué par « une substance du groupe des inhibiteurs de la cholinestérase », sans toutefois pouvoir préciser laquelle.

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Moscou « doit faire plus » pour élucider le cas Navalny

Paris, Londres, Berlin… depuis dix jours, les diplomaties occidentales exhortent les autorités russes à ouvrir une enquête rapide et transparente, seule à même d’établir les circonstances dans lesquelles l’acte a été commis.

« D’un côté, nous avons besoin de liens constructifs avec Moscou. Car sans ou contre la Russie, l’Europe ne devient pas plus sûre. D’autre part, nous disons très clairement que des nuages sombres planent sur nos relations. Les sanctions doivent être maintenues si rien ne change sur le terrain », soulignait lundi Heiko Maas, ministre allemand des affaires étrangères, lors d’un discours à Paris devant les ambassadeurs de France en Europe, aux côtés de son homologue français Jean-Yves Le Drian.

Moscou a annoncé jeudi, une semaine après les faits, s’être lancée dans un « examen préliminaire » de l’affaire Navalny, disant n’avoir « aucune preuve » de la piste de l’empoisonnement. Le parquet russe a également dit n’avoir « aucune preuve d’actes criminels intentionnels à l’encontre d’Alexeï Navalny », malgré l’examen préliminaire en cours.

Le Monde avec AFP

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