Barbara Pompili va-t-elle résister à l’été (et aux renoncements)? – Le HuffPost

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AFP
L’été, saison des dangers pour les ministres de la Transition écologique
POLITIQUE – Une couleuvre rouge betterave. En choisissant de rétablir l’usage des néonicotinoïdes, pesticides dit “tueurs d’abeilles”, pour le secteur sucrier, le gouvernement a affligé un premier camouflet à sa nouvelle ministre de la Transition écologique, en visite à Biarritz ce mercredi 12 août.

Julien Denormandie, passé de la Ville à l’Agriculture à la faveur du dernier remaniement a accédé aux demandes de la filière bétravière et a ainsi défait le travail mené… par Barbara Pompili elle-même quatre ans plus tôt, en 2016. C’est elle qui avait réclamé et obtenu de haute lutte l’interdiction de ce produit lorsqu’elle était secrétaire d’État à la Biodiversité dans le gouvernement Valls,

Une décision que la numéro trois du gouvernement justifie comme étant “la seule solution possible à court terme pour éviter l’effondrement de la filière sucrière”, confrontée au virus de la jaunisse. Mais d’après les défenseurs de l’environnement, ce premier renoncement en appelle d’autres. Et le rendez-vous à Matignon, organisé à la hâte entre des représentants de chasseurs et le cabinet du Premier ministre en plein coeur de l’été, n’est pas de nature à les rassurer. 

Les chasseurs et le ministre, premier épisode

Notamment parce que les chasseurs ont l’oreille de l’exécutif. Marc Meissel, le président de la fédération régionale de Provence-Alpes-Côte d’Azur raconte au Figaro comment cette réunion s’est organisée le plus simplement du monde: “nous avons contacté le maire de Bormes-les-Mimosas, il s’est fait notre interprète et a rencontré dans la journée le président Macron qui lui a dit que le Premier ministre nous recevrait.”

Quelques heures plus tard, les représentants en question étaient reçus à Matignon, par l’entourage de Jean Castex. Avec un but: obtenir la prorogation de la chasse à la glu, (une technique interdite par le droit européen et décriée par les défenseurs de la nature) que Barbara Pompili promettait d’interdire dès sa prise de fonction. 

Les chasseurs contre le ministre de la Transition écologique? Les bisbilles sont aussi anciennes que nombreuses. Sous le quinquennat Macron, c’est déjà une réunion organisée le 27 août à l’Élysée entre des représentants de ce “loisir” et le chef de l’État qui avait provoqué -parmi d’autres renoncements- la démission fracassante de Nicolas Hulot. 

Deux ans plus tard, l’histoire est-elle en train de se répéter? Comme en 2018, les chasseurs profitent de l’été pour avancer leur pions, et attendent désormais la décision de Jean Castex quant à cette chasse traditionnelle.

Les précédents Rugy et Batho

Une partie de la majorité, le vice-président de l’Assemblée nationale Hugues Renson en tête a déjà prévenu qu’un retour en arrière sur cette question serait incompréhensible et mal vécue par l’aile gauche de La République en marche. 

Plusieurs élus ont d’ailleurs publiquement apporté leurs soutien à la ministre qui elle, est pour l’instant restée muette. La fin de l’été s’annonce donc déterminante pour Barbara Pompili qui verrait sa crédibilité bien entamée si elle devait assumer deux retropédalages en autant de mois dans son ministère. Contacté par Le HuffPost, le ministère de la Transition écologique n’a pas donné suite. 

Mais certains ont fui le gouvernement pour moins que cela. Comme Nicolas Hulot, Delphine Batho, ministre de l’Ecologie et l’Energie de François Hollande a quitté ses fonctions après un désaccord politique. Mécontente des coupes budgétaires, elle avait qualifié le budget de Jean-Marc Ayrault de “mauvais”, avant d’être démise de ses fonctions au tout début du mois de juillet.

Coïncidence ou non, l’été est la saison des passations de pouvoir au ministère de la Transition écologique. C’est en juillet 2019, en pleine torpeur estivale, que François de Rugy quittait ses fonctions, fragilisé par des révélations de Mediapart sur des dépenses au ministère de la transition écologique et à la présidence de l’Assemblée nationale. Il n’était alors pas question de couleuvre, mais de homard.

À voir également sur Le HuffPost: Interrogé sur L214, le ministre de l’Agriculture arrache le micro d’un journaliste 

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