Au procès des attentats du 13-Novembre, quatre heures pour retracer quatre ans d’une « enquête totale » – Le Monde

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Un haut gradé de la sous-direction antiterroriste témoigne sous une identité anonyme, « SDAT 99 », à Paris, le 13 septembre.

Le voyage au bout de la nuit du 13 novembre 2015 que sera ce procès avait réellement débuté vendredi 10 septembre, au troisième jour d’audience. Passé l’appel, en ouverture, des parties civiles et des témoins, les magistrats de la cour d’assises spéciale de Paris s’étaient partagé la présentation du rapport d’enquête, huit heures d’une lecture fastidieuse marquées par les premiers sanglots dans le public, lorsque, à l’entame de son exposé, le président de la cour, Jean-Louis Peries, avait égrené les noms, prénoms, âges des victimes, scène d’attentat par scène d’attentat. Il lui avait fallu près de six minutes – une éternité – pour énumérer les 90 morts du Bataclan, dans le silence des gorges nouées.

Lundi 13 septembre, ce procès n’a que quatre jours, et Salah Abdeslam, le seul survivant des commandos du 13-Novembre, trouve déjà le temps long : « Quand c’est qu’on aura la parole nous ? », demande-t-il alors que personne ne la lui a donnée. « Plus tard », répond le président, qui aimerait pour l’heure écouter le quadragénaire en costume-cravate strict à la barre, le tout premier témoin cité à l’audience, un haut gradé de la sous-direction antiterroriste (SDAT) de la police judiciaire, en poste de 2015 à 2019, venu déposer à visage découvert mais sous une identité anonyme : « SDAT 99 ».

« SDAT 99 » est là pour raconter quatre ans de travail des enquêteurs français, et il lui faut moins d’un quart d’heure, alors qu’il entame le récit de la soirée funeste par les explosions au Stade de France, pour être bruyamment interrompu par Salah Abdeslam : « Y en a marre d’entendre ça, ça va pas soulager la partie civile ! Ça fait une semaine qu’on entend ça !

– Eh bien vous allez encore l’entendre », rétorque le président Peries, qui parvient jusqu’à présent à contenir avec flegme et fermeté l’agitation sporadique de l’accusé numéro 1.

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L’incident est clos, la parole est rendue à l’imperturbable témoin qui détaille alors l’architecture d’une « enquête totale » ayant permis d’identifier « l’ensemble des auteurs, leurs complices et le commanditaire » de « l’opération la plus complexe réalisée par l’Etat islamique en dehors de ses frontières ». Quatre heures sans notes et sans pause – quelques gorgées d’eau de temps en temps – pour résumer quatre ans d’investigations, « 542 tomes de procédure », le travail de « 1 000 enquêteurs français », des développements « dans 25 pays », « 2 259 auditions de témoins » : le temps long de l’enquête pour aboutir à ce procès, « la réponse de la justice et de l’Etat de droit » face au terrorisme.

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