Au procès de Nordahl Lelandais, l’impossible reconstitution du décès d’Arthur Noyer – Le Monde

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La famille Noyer et leur avocat, Me Boulloud, à Chambéry, le 6 mai 2021.

Monique Martet est la grand-mère d’Arthur Noyer. Succédant, jeudi 6 mai, au père, à la mère et au frère du caporal de 23 ans tué en avril 2017 par Nordahl Lelandais, elle a lu à la barre de la cour d’assises de la Savoie un hommage à son défunt petit-fils à qui elle cuisinait des nouilles au beurre, mais qui disait que c’était « du beurre aux nouilles » tellement il y avait de beurre. Sa lecture achevée, la minuscule grand-mère de 73 ans a replié sa feuille, pivoté vers Nordahl Lelandais, et fait trois petits pas de vieille dame en direction de l’accusé recroquevillé dans son box : « Regardez-moi bien dans les yeux. Vous nous avez enlevé un être si cher. Dites-nous la vérité ! »

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Etait-ce la sixième ou la septième fois que l’accusé recevait cet ordre depuis le début du procès ? Nordahl Lelandais a déjà donné sa version des faits : une bagarre sur un parking ayant mal tourné, provoquée par Arthur Noyer, qu’il avait pris en stop quelques minutes plus tôt. Sur les images glauques de la reconstitution diffusées jeudi, on le voit reproduire violemment, contre un mannequin tenu par deux policiers, la dizaine de coups de poings qu’il dit avoir portés au visage d’Arthur Noyer.

Nordahl Lelandais est la seule personne à savoir comment le jeune homme est mort, et sa version ne convainc personne. Le mystère de l’affaire Noyer – la même difficulté se posera au « procès Maëlys » – reste insoluble. Pas de témoin, pas de corps, un accusé à la crédibilité nulle : terrible équation.

« Je ne peux même pas émettre une seule hypothèse »

Le crâne du caporal retrouvé cinq mois après les faits, et diffusé en grand écran jeudi, a livré quelques informations : fracas maxillaire gauche, fracture des os propres du nez. Les experts appelés à exposer leurs conclusions n’en ont pas conclu grand-chose : ces lésions sont « péri-mortelles », survenues juste avant ou juste après le décès ; elles ne permettent pas de dire combien de coups ont été donnés ; elles sont « compatibles » avec le chiffre d’une dizaine qu’avance Nordahl Lelandais. Tout au plus le médecin-légiste s’est-il risqué à dire que, vu les blessures, il est étonnant que l’accusé ait affirmé ne pas avoir vu de sang, « mais en même temps, c’était la nuit ».

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« En réalité, lui a demandé l’avocate générale Thérèse Brunisso, vous ne pouvez émettre que des hypothèses et nous n’avons aucune certitude, c’est ça ?

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