Au procès de l’ex-père Preynat : « Je n’ai jamais été interrogé par ma hiérarchie sur le détail de mes agressions » – Le Monde

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Bernard Preynat (à gauche) lors de l’ouverture de son procès au tribunal correctionnel de Lyon, le 13 janvier.

Bernard Preynat (à gauche) lors de l’ouverture de son procès au tribunal correctionnel de Lyon, le 13 janvier. PHILIPPE DESMAZES / AFP

Au procès de l’ex-père Preynat, jugé pour une série d’agressions sexuelles sur mineurs depuis mardi 14 janvier, le tribunal correctionnel de Lyon a démonté le mécanisme de l’omerta qui a sévi au sein de l’Eglise catholique.

Les agissements du responsable des scouts de Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône) ont duré entre 1971 et 1991. Chaque semaine ou presque, le prêtre profitait de garçons âgés d’une dizaine d’années. Piégés par l’emprise de ce curé charismatique, des enfants avaient envoyé des signaux d’alerte, pas toujours perçus par les parents. Aujourd’hui adultes, ils ont témoigné, mercredi 15 janvier.

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Lorsque la conseillère d’orientation a voulu l’emmener à la messe, Pierre-Emmanuel Germain-Thill a lancé : « Le père m’aime beaucoup, il m’embrasse sur la bouche. » Aucun adulte n’a réagi. « Ma mère n’a pas compris, je lui ai fait payer pendant trente ans », raconte-t-il, sorti de ses tourments grâce à l’instruction judiciaire, réconcilié depuis quatre ans avec sa mère, présente dans la salle.

La plupart du temps, les enfants gardaient le secret, pétrifiés de honte ou de culpabilité, se croyant chouchous de l’imposant curé. François Sylvestre a eu plus de chance. Il a prétexté qu’il préférait le foot aux scouts. Ses parents ont accepté. « Quand ils m’ont dit ça dans la cuisine, je me suis adossé au mur, j’ai soupiré un grand coup », se souvient-il, la voix nouée. Ce simple soupir a intrigué sa mère. « J’ai pu en parler et être cru tout de suite, j’ai laissé ce poids à mes parents, pour moi c’était une affaire classée, gérée par les adultes », dit le père de famille, qui garde « une peur pathologique » de devenir à son tour un pervers.

« Des bruits qui courent »

Bernard Preynat a fait part de son attirance pour les jeunes garçons dès sa première année de séminaire. « Le préfet de discipline m’avait convoqué pour m’engueuler, me dire que j’étais un malade, un anormal, mais il aurait pu m’avertir et me dire que c’était des faits graves », rapporte-t-il, restituant les paroles du supérieur du petit séminaire : « Tu vas redoubler ailleurs, tu sais bien pourquoi. »

Sans rien dire à ses parents, sa hiérarchie l’a ensuite incité à voir un prêtre à Paris, « spécialiste de ces questions ». Après un test, il a suivi une thérapie, à l’hôpital psychiatrique du Vinatier, à Bron (Rhône) entre 1967 et 1968. Il se souvient d’entretiens « difficiles », une fois par semaine, tous les lundis soir. Nommé vicaire à Sainte-Foy-lès-Lyon en 1971, il a rechuté.

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