Au Niger, l’assassinat des humanitaires français révèle l’étendue de la dégradation de la situation sécuritaire – Le Monde

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La carcasse de la voitures des membres de l’ONG Acted après l’attaque qui a fait huit morts au Niger, le 9 août.

Dimanche matin, 9 août, en fin de matinée, sept employés de l’organisation humanitaire française Acted au Niger, qui avaient toutes les raisons de penser qu’en se conformant aux règles de sécurité et aux protocoles en vigueur, ils pouvaient sans crainte s’autoriser une petite sortie à moins de 100 kilomètres de Niamey pour admirer des girafes, ont été tués, ainsi que leur guide. Par qui ? On ne peut pas encore l’affirmer avec certitude. Mais avant de savoir quel groupe djihadiste revendiquera, ou non, leur exécution dans la réserve de Kouré, il est certain que l’événement fait office de révélateur.

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Comme l’indique une bonne source de la région, les instances chargées de l’évaluation des risques de déplacement au Niger ont « une sacrée distance de retard ». Qu’avaient à redouter les six Français du groupe ? De façon hypothétique, d’être enlevés, comme cela s’est déjà produit dans le passé dans le pays et dans les Etats voisins du Sahel. En conséquence, les excursions dans la réserve de Kouré ne pouvaient se dérouler qu’entre 10 heures et 13 heures, afin qu’en cas de problème, les forces conjuguées du Mali et de la France puissent avoir le temps de rattraper les ravisseurs avant la tombée de la nuit.

Conférence de presse de la direction de l’ONG Acted après l’attaque qui à fait huit victimes au Niger, le 10 août, à Paris.

Cela ne s’est pas passé ainsi. Le groupe qui se trouvait dans la voiture d’Acted a peut-être été victime d’une rencontre imprévue avec un groupe de djihadistes. Alternativement, les tueurs pourraient avoir décidé de commettre un massacre en forme de message, à défaut de pouvoir enlever des otages et les garder en vie. Dans tous les cas, penser qu’on pouvait, raisonnablement, aller se promener aux alentours de la capitale était erroné. Le péril djihadiste est plus sérieux au Niger qu’il y paraît.

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« Un mélange de consentement de la population et de violence »

La leçon est d’autant plus cruelle qu’elle reflète ce que vit une partie de plus en plus importante du pays, presque au quotidien. Des vidéos d’égorgements, d’assassinats ciblés ou de victoires diverses sur les forces armées servent la dialectique des djihadistes au Niger. D’un côté : ayez toutes les raisons de nous craindre. De l’autre : nous sommes capables de mettre en place une alternative à l’Etat.

A ce jeu, les forces de l’organisation Etat islamique dans le grand Sahara (EIGS), dont l’émir est Adnane Abou Walid Al-Sahraoui (Abou Walid dans le langage courant), tout comme, dans une moindre mesure, leurs rivaux du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), dont le chef est Iyad Ag Ghali, jouent bien. Ils gagnent du terrain sans en occuper aucun, par une combinaison toujours gagnante de peur et de persuasion.

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