Au Mali, la chute et les remerciements du président Ibrahim Boubacar Keïta – Le Monde

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En matière de coup d’Etat, tout particulièrement dans un pays qui a développé certaines traditions à cet égard, c’est une petite innovation : au lieu d’être annoncé par des militaires en treillis, le renversement qui a eu lieu au Mali, mardi 18 août, a été officialisé avec toutes les apparences de la bonne volonté et, de surcroît, des remerciements, par celui qui venait d’en être la victime.

Ibrahim Boubacar Keïta, président depuis 2013, ancien premier ministre, élu à deux reprises, en proie à une érosion de plus en plus prononcée de son pouvoir, avait été arrêté par des militaires dans l’après-midi, et amené, de force, dans le camp de Kati, au nord de la capitale, où avait débuté le matin même une mutinerie.

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Dans la nuit, sur les ondes de l’ORTM, la radio-télévision nationale, le chef de l’Etat a remercié, donc, « le peuple malien de son accompagnement au long de ces longues années » avant d’annoncer qu’il démissionnait de toutes ses fonctions et de déclarer la dissolution de l’Assemblée nationale et celle de son gouvernement, dirigé par un premier ministre, Boubou Cissé, arrêté en même temps que lui.

Cette fiction du coup d’Etat de bonne volonté ne trompera personne. Certainement pas les chefs d’Etat de la région, qui peuvent à présent redouter un potentiel effet de contagion, de la Guinée à la Côte d’Ivoire, partout où se profilent des séquences électorales à risque dans les prochains mois, comme l’indique une source à l’Union africaine.

Par la voix d’un porte-parole, le colonel-major Ismaël Wagué, chef d’état-major adjoint de l’armée de l’air, trois heures après la démission forcée du président, les putschistes se sont déclarés réunis dans un Comité national pour le salut du peuple (CNSP). Ils ont justifié leur action en des termes beaucoup plus classiques pour la circonstance, en avançant que le Mali « sombre de jour en jour dans le chaos, l’anarchie et l’insécurité par la faute des hommes chargés de sa destinée ».

Etrange retour aux sources

Les militaires promettent, selon leur porte-parole, de mettre en place une « transition politique civile afin d’organiser dans des délais raisonnables des élections générales pour permettre au Mali de se doter d’institutions fortes », et de respecter les accords internationaux, notamment avec les partenaires du Mali, comme les Nations unies ou la France, dans le cadre de l’opération de maintien de paix onusienne, de la force « Barkhane » ou du G5 Sahel.

Dans le cadre du Mali, il y a là aussi comme un étrange retour aux sources. Ibrahim Boubacar Keïta a dornc été amené, en fin d’après-midi, mardi, au camp militaire de Kati, à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Bamako. C’est là que, huit ans plus tôt, en pleine déconfiture de l’armée malienne face à une coalition de rebelles touareg et de djihadistes, avait démarré une autre mutinerie, qui avait fait chuter le président de l’époque, Amadou Toumani Touré.

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