Attentats de janvier 2015 : « On ne s’y attendait pas du tout », témoigne la sœur de Hayat Boumeddiene – 20 Minutes

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Une photo, fournie par la police française le 9 janvier 2015, montre la compagne d’Amédy Coulibaly, Hayat Boumeddiene — – FRENCH POLICE
  • Parmi les 14 accusés, trois sont jugés en leur absence : les frères Belhoucine et Hayat Boumeddiene mais seule cette dernière serait vivante.
  • Sa sœur raconte que la famille Boumeddiene n’imaginait pas que la jeune femme puisse être liée aux attentats.
  • Depuis octobre 2019, K. n’a pas eu de nouvelle de sa sœur.

Cinq ans et demi après les attentats de janvier 2015, l’émotion de K. semble intacte. Devant la cour d’assises spécialement composée, la jeune femme, tout de rouge vêtue, se remémore ce funeste 9 janvier 2015 et ce « double choc » ressenti en apprenant que l’auteur de la prise d’otages de l’Hyper Cacher n’était autre que son beau-frère, Amédy Coulibaly​. Ce natif de Grigny, dans l’Essonne, est uni religieusement à sa sœur cadette, Hayat Boumeddiene, depuis près de sept ans lorsque surviennent les attaques. « Ça a été abominable, pour moi et l’ensemble de ma famille car on ne s’y attendait pas du tout, confie-t-elle d’une voix douce, les mains accrochées à la barre. C’était l’incompréhension totale face à cette barbarie. Ça a été insoutenable pour l’ensemble de la société mais encore plus pour l’ensemble de la famille. »

Si depuis mercredi trois des 14 accusés manquent à l’appel, c’est sans nul doute l’absence de Hayat Boumeddiene qui pèse le plus. Car contrairement aux frères Belhoucine, la jeune femme, jugée pour association de malfaiteurs terroriste criminelle et financement du terrorisme, est vraisemblablement toujours en vie, en fuite. Sa sœur l’a eu pour la dernière fois au téléphone en octobre 2019, ce qui accrédite le témoignage d’une revenante qui indiquait que l’accusée s’était échappée du camp de réfugiés syrien d’Al-Hol. « Je maintiens ce lien parce que j’ai espoir qu’elle me dise un jour j’ai envie de revenir en France », explique-t-elle, tout en affirmant ne pas savoir où elle se trouve. En revanche, à sa connaissance et contrairement à certaines informations, sa sœur ne se serait pas remariée.

« Je la sentais heureuse »

A la barre, K. retrace l’enfance brisée de l’accusée, profondément marquée par la mort de leur mère alors qu’elle n’avait que 8 ans. « Ça a été un choc pour nous tous », se remémore l’aînée de cette fratrie de six. Rapidement, leur père se remarie mais « la cohésion » ne se fait avec leur belle-mère et Hayat Boumeddiene passe de foyer en foyer jusqu’à être recueillie par un couple qui lui offre une certaine stabilité. Mais c’est auprès d’Amédy Coulibaly, rencontrée par le biais d’une amie, que la jeune femme s’épanouit. « Je la sentais heureuse, elle avait trouvé de l’amour », raconte son aînée.

Peu à peu, K. assiste à l’intensification de la pratique religieuse du couple. Dans la famille Boumeddiene, la pratique de l’islam est avant tout « culturelle ». « On faisait le ramadan, mes parents priaient cinq fois par jour, on ne mangeait pas de porc, pas d’alcool mais ça s’arrêtait là. » Hayat Boumeddiene se met à porter le hijab puis refuse les mélanges entre hommes et femmes. « Elle avait l’air d’être épanouie dans son évolution vis-à-vis de la religion. Elle me disait qu’elle se sentait en paix avec elle-même, que ça l’apaisait de se couvrir », se remémore sa sœur. Mais la jeune femme vit mal le regard des gens dans la rue, dans les transports en commun si bien qu’elle fait part à son aînée de sa volonté de s’installer dans un pays musulman. « Lequel ? », interroge le président. Elle ne lui a jamais précisé.

« Elle m’a dit qu’elle pensait qu’Amédy Coulibaly allait la rejoindre »

Le 2 janvier, moins d’une semaine avant la vague d’attentats, Hayat Boumeddiene s’est envolée pour la Syrie. Pendant des mois, K. est persuadée que sa jeune sœur est morte. Jusqu’à ce coup de fil le 27 avril 2015. A la barre, elle confie l’émotion de la savoir vivante, mais aussi toutes les interrogations sur son implication. Elle affirme à ses proches qu’elle n’était pas au courant de ce qu’avait planifié son mari. « Elle m’a dit qu’elle pensait qu’Amédy Coulibaly allait la rejoindre », explique K.

La pense-t-elle sincère, interroge la cour. Hayat Boumeddiene a, en effet, répondu à une interview dans le magazine francophone de l’Etat islamique dans lequel elle confie sa satisfaction après la commission de ses attaques. Selon les magistrats, non seulement elle ne pouvait ignorer les projets mortifères de son mari mais elle y aurait également activement contribué en contractant des crédits frauduleux à la consommation et des retraits d’espèces. Sa sœur, elle, ne saurait répondre. « Est-ce que c’est quelqu’un qui était certaine de ses choix ou était-elle manipulée ? Je ne saurais répondre. » Une chose est sûre, en revanche, si Hayat Boumeddiene se présentait à sa porte, elle affirme qu’elle lui ouvrirait « évidemment », mais préviendrait la justice.

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