Attaque de La Chapelle-sur-Erdre : délinquant, schizophrène et radicalisé, l’énigmatique Ndiaga Dieye – Le Parisien

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Une nouvelle fois, les forces de l’ordre sont touchées dans leur chair, attaquées dans leurs propres locaux, un funeste vendredi. Un mois seulement après la mort de Stéphanie Monfermé, agente administrative du commissariat de Rambouillet (Yvelines), Katell L., une policière municipale de 47 ans en poste à La Chapelle-sur-Erdre (Loire-Atlantique), a été frappée de plusieurs coups de couteau ce vendredi matin par un homme décrit comme « schizophrène et radicalisé ». Ndiaga Dieye, né à Saint-Nazaire en 1981, a ensuite ouvert le feu et blessé par balles deux gendarmes à l’issue d’une traque de près de trois heures. Visé par des tirs de riposte des militaires, il a succombé à ses blessures.

La mort de l’assaillant laisse entrouvertes les spéculations sur les motivations de ce délinquant chevronné, incarcéré à plusieurs reprises notamment pour des vols à mains armées, mais jamais pour des faits de nature terroriste. Sa pratique rigoriste de l’islam avait néanmoins attiré l’attention de l’administration pénitentiaire, qui avait relevé sa propension à dormir à même le sol de sa cellule ou à s’exprimer avec un vocabulaire radical – il utilisait notamment le terme de « kouffar » (mécréants) pour désigner les non-musulmans. Raison pour laquelle Ndiaga Dieye était inscrit au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) depuis 2016, mais n’était pas fiché S. Le trentenaire avait également été diagnostiqué schizophrène sévère durant son incarcération. Il était sorti de la maison d’arrêt de Nantes le 22 mars dernier après avoir purgé une peine pour avoir agressé des surveillants de prison lors d’une tentative d’évasion il y a sept ans. Il était depuis suivi par une association spécialisée et faisait l’objet d’injonctions de soin qu’il respectait scrupuleusement.

VIDÉO. Une policière agressée au couteau près de Nantes, le suspect fiché pour radicalisation

Domicilié à moins d’un kilomètre des locaux de la police municipale de cette commune de 20 000 habitants, dans un logement que lui avait trouvé le service pénitentiaire d’insertion et de probation, Ndiaga Dieye se présente peu après 9 heures à l’accueil du poste, qui emploie trois agents. Il prétexte un problème de voiture avant de frapper de plusieurs coups de couteau Katell L. au niveau de la cuisse. « Elle a su se défendre, est blessée aux jambes, mais ses jours ne sont pas en danger », selon Fabrice Roussel, le maire de la commune. La policière municipale au sol, Ndiaga Dieye s’empare de son arme de poing – un revolver à six coups – menace deux collègues de Katell P. avant de donner un coup de couteau dans le gilet pare-balle d’un troisième fonctionnaire. Sa lame se casse. Il prend alors la fuite à bord d’une Golf grise et noire. Quelques dizaines de mètres plus loin, il fonce dans le décor et a un accident. L’homme décide alors de s’échapper à pied.

Deux gendarmés blessés

S’ouvre alors une traque intense menée par 250 gendarmes, dont le GIGN. Saisis des investigations, les enquêteurs de la section de recherches (SR) de Nantes envisagent dans un premier temps l’implication d’un Éthiopien, qui avait été interpellé il y a quelques semaines pour « apologie du terrorisme » et menacé des policiers dans le même secteur. Mais c’est Ndiaga Dieye qui est finalement identifié grâce à l’immatriculation de sa voiture. D’après l’enquête, pendant 2 heures 30, l’assaillant se cache dans l’appartement privé d’une femme qui vit dans une résidence située derrière la brigade de gendarmerie de la Chapelle-sur-Erdre. Il séquestre l’habitante puis se dirige sur son balcon pour tirer à deux reprises avec le revolver de la policière municipale sur les gendarmes en faction devant la brigade. Peu après 13 heures, il quitte l’appartement, se dirige dans un champ à proximité puis s’engage dans un affrontement avec des gendarmes mobiles en vidant les quatre dernières balles de son chargeur. Il parvient à blesser deux militaires au bras et à la main. L’un des deux s’en sort miraculeusement : une balle se loge dans son gilet pare-balle. Ndiada Dieye est finalement abattu par les gendarmes. Touché au ventre, il meurt lors de son transport à l’hôpital malgré des tentatives de réanimations.

Pourquoi l’assaillant s’est-il lancé dans un tel périple ultra-violent ? Ce vendredi soir, après une première analyse juridique, le parquet national antiterroriste (PNAT) a décidé pour l’instant de ne pas saisir de l’enquête, laissant les rênes des investigations pour « tentatives de meurtres et séquestration » au parquet de Nantes et aux gendarmes de la SR. N’excluant pas de changer de décision dans les prochains jours, les magistrats antiterroristes attendaient notamment le retour des auditions des victimes – la policière municipale et la femme séquestrée, lesquelles n’ont pas encore pu être entendues en raison de leur état de santé – ainsi que des analyses des téléphones et tablette saisis lors de la perquisition au domicile de Dieye à La Chapelle-sur-Erdre.

Un profil psychiatrique très lourd

À ce stade, aucune revendication djihadiste – orale ou écrite – n’a été mise en évidence. Ndiada Dieye n’aurait pas proféré « d’Allah Akbar » en passant à l’acte. « L’auteur avait un profil psychiatrique très lourd de schizophrénie avec des fortes phases de décompensation, confie une source proche de l’enquête. Toutes les phases radicales qui ont été détectées par le passé étaient corrélées à des phases psychiatriques. Il lui avait été prescrit un traitement lourd » Ce délai d’évaluation de la justice antiterroriste pour analyser l’attaque s’était déjà vu dans un autre dossier mêlant religion et psychiatrie : l’attaque de Villejuif (un mort, janvier 2020) perpétrée par un jeune homme diagnostiqué schizophrène mais adepte d’un islam ultra-rigoriste. La question est donc de savoir si c’est la grave pathologie – avérée – ou la volonté de répondre à la propagande djihadiste qui a guidé la main de Ndiaga Dieye.

Pour autant, certains responsables politiques n’ont pas attendu que soient éclaircies les motivations de l’agresseur pour s’emparer de l’affaire et un intense débat politique a très vite pris le pas sur l’émotion suscitée par la blessure de Katell L. Ainsi, Marine Le Pen s’est interrogée sur Twitter : « Comment un individu connu pour radicalisation, connu pour avoir voulu s’en prendre à des policiers (NDLR : ce que rien n’établit à ce stade), pouvait-il être dehors, libre de nuire ? »

Les opérationnels de l’antiterrorisme ne cessent pourtant de répéter depuis plusieurs années que les fiches S ou FSPRT sont des outils de renseignements permettant de recueillir des informations de suivi discrètes et non un outil de culpabilité permettant d’incarcérer. « Il avait purgé sa peine (…) et faisait l’objet d’un suivi sociojudiciaire qu’il a respecté », a d’ailleurs très rapidement précisé le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, afin d’écarter toute idée de « failles » dans l’accompagnement de Ndiaga Dieye.

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