Selon son récit aux enquêteurs, Claude Sinké avait prémédité l’incendie de la mosquée pour « venger Notre-Dame-de-Paris ». Il sera présenté à un juge d’instruction dans l’après-midi dans le cadre d’une information judiciaire pour « tentatives d’assassinat ».

Par et Publié aujourd’hui à 11h06, mis à jour à 11h39

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Coup de folie, ou acte délibéré et planifié ? Lors d’une conférence de presse, mardi 29 octobre, le procureur de la République de Bayonne, Marc Mariée, n’a pu répondre à la question en livrant les premiers éléments de l’enquête sur la fusillade et la tentative d’incendie perpétrée lundi par Claude Sinké, 84 ans, à la mosquée de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques). Mardi soir, M. Sinké a été examiné par un psychiatre pour déterminer « son état de santé psychique » et donc « sa responsabilité pénale », a précisé le procureur.

Dans un communiqué mercredi matin, le procureur de la République a donné les résultats de cette expertise psychiatrique du suspect, « qui a conclu à une altération partielle de son discernement et/ou du contrôle de ses actes ». Son discernement n’étant pas aboli, Claude Sinké a été maintenu en garde à vue et faisait l’objet d’une nouvelle audition avant d’être présenté dans l’après-midi à un magistrat instructeur. Le procureur précise qu’une information judiciaire va être ouverte des chefs de « tentatives d’assassinat, dégradation et destruction aggravées, et violence avec usage d’une arme, avec réquisitions de placement en détention provisoire ». Compte tenu des éléments de l’enquête, le Parquet national antiterroriste n’entend pas se saisir du dossier, précise le communiqué.

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Claude Sinké, qui fut candidat pour le Front national aux élections départementales de 2015, a admis avoir prémédité son action. Il voulait « venger la destruction de Notre-Dame-de-Paris », provoquée, selon lui, par des « membres de la communauté musulmane », a expliqué le procureur. La théorie complotiste d’un attentat pour expliquer l’incendie de la cathédrale – une hypothèse que rien ne permet d’étayer – a fait florès sur les réseaux sociaux, notamment à l’extrême droite. Mais M. Sinké « conteste avoir eu la volonté de tuer ». Pour preuve, il aurait, selon son récit aux enquêteurs, effectué de « nombreux repérages » afin de choisir un moment où il y aurait peu de monde à la mosquée. Ce qui implique une forme de préméditation.

Obsession délirante

Lorsqu’il passe à l’acte, en pleine journée, M. Sinké n’hésite pas à user de violence. Arrivé au volant de sa Ford Fiesta blanche à 15 h 11 à proximité de la mosquée, située en périphérie de la ville, il met en fuite un témoin en le braquant à l’aide d’un pistolet, puis déverse de l’essence sur la porte de la mosquée et y met le feu. Il quitte ensuite les lieux en voiture, avant d’y revenir à pied et de tirer sur une première victime, un homme âgé de 74 ans, le blessant au thorax. Il cible ensuite une seconde victime de 78 ans, qui tentait de fuir au volant de sa Citroën C3, et la touche à la nuque.

Cela ne suffit pas à Claude Sinké. Il tente de mettre le feu au véhicule de la victime, alors que cette dernière se trouve encore à l’intérieur, avant de s’enfuir vers son domicile, situé dans le village de Saint-Martin-de-Seignanx (Landes), à huit kilomètres environ de la mosquée. C’est là qu’une équipe de policiers de la brigade anticriminalité, qui l’a identifié grâce à sa plaque d’immatriculation, parvient à le maîtriser malgré son arme pointée sur eux. Il est alors 15 h 40, moins de vingt minutes après la scène de terreur à la mosquée.

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Chez le retraité de l’éducation nationale, né au Maroc, passionné de sculpture et auteur d’un livre publié en 2014 à compte d’auteur (La France à cœur ouvert ou Regards sur la misère humaine), les enquêteurs trouveront – outre des affiches de Marine Le Pen, selon le récit de plusieurs voisins des grenades à plâtre, un fusil à pompe et un pistolet automatique, armes pour lesquelles il possédait une licence de tir sportif. Une bombonne de gaz se trouvait également dans son véhicule, ainsi qu’un chargeur de pistolet automatique. Ses deux victimes, toujours hospitalisées, ne sont plus en danger vital, mais risquent des séquelles permanentes. Leurs blessures sont évaluées respectivement à soixante et trente jours d’incapacité temporaire totale.

Selon le témoignage de plusieurs voisins et des élus du village, Claude Sinké, volontiers démonstratif voire agressif, ne faisait pas mystère de ses opinions racistes et homophobes, qui confinaient à l’obsession parfois délirante, au point d’être craint de plusieurs personnes. Il avait envoyé vendredi une lettre haineuse au bâtonnier de Bayonne et au procureur de Dax, ainsi qu’à des journaux locaux, annonçant son intention de porter plainte contre Emmanuel Macron pour « non-assistance à peuple en danger ».

Ville « apaisée », Bayonne n’a jamais connu de tensions communautaires, assure le maire (UDI) de la ville, Jean-René Etchegaray, lui-même destinataire de courriers de M. Sinké. La mosquée sera rouverte vendredi, sous surveillance policière.

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