Assassinat de Samuel Paty : Conflans-Sainte-Honorine cherche le juste hommage – Le Monde

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Une cérémonie d’hommage à Samuel Paty est prévue à Eragny (Yvelines), le 16 octobre 2021, commune dans laquelle résidait Samuel Paty.

Eriger une statue ou non ? Rebaptiser le collège du Bois-d’Aulne à son nom ou pas ? Lui consacrer une exposition ? Une fresque murale ? Autant de questions difficiles à trancher, autant de débats qui agitent les habitants de Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines. La ville cherche le juste équilibre. Il y a un an, le 16 octobre 2020, le professeur d’histoire-géographie Samuel Paty se faisait décapiter par un jeune homme d’origine tchétchène dans la rue, à moins de 300 mètres de l’établissement scolaire dans lequel il officiait, pour avoir montré des caricatures de Mahomet en classe lors d’un cours sur la liberté d’expression.

Comment lui rendre hommage ? Comment ne pas oublier sans enfermer la ville dans ce drame ? Sans la réduire à cette tragédie ? Sans renvoyer ses collégiens, d’aujourd’hui et de demain, à ce traumatisme ? Cette commune jusque-là sans histoires n’avait jamais imaginé devenir un jour le théâtre d’un attentat terroriste perpétré au nom d’une religion avec laquelle elle a toujours vécu « en paix », souligne un élu. « Il n’y a jamais eu de tensions à ce sujet avant, il n’y en a jamais eu après », abonde Gaël Callonnec, élu d’opposition, chef de file de la « gauche unie ». « La sidération a été d’autant plus grande », témoigne Françoise Léger, figure associative historique, présidente d’une maison de quartier et de l’association Equalis (accès aux droits…).

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Conflans-Sainte-Honorine, ce sont 35 000 habitants au confluent de la Seine et de l’Oise, pas de quartiers « politique de la ville », juste quelques petits regroupements d’immeubles HLM, et beaucoup de zones pavillonnaires ; ce sont des classes moyennes et des centaines d’associations qui assurent le maillage du territoire et empêchent tout « entrisme islamiste », assure l’élu, « même s’il y a deux ou trois familles qui sont davantage dans une logique de radicalité ». Conflans-Sainte-Honorine, ce sont, désormais, des Conflanais pour qui la mort de Samuel Paty est « un sujet très sensible. Personne ici ne souhaite que l’on parle de la ville uniquement pour évoquer ce drame », déclare Hippolyte Djizanne, élu d’opposition Conflans-sans-étiquette (centre).

Déception des parents d’élèves

Adam (son prénom et celui de sa mère ont été changés) a vu la photo de la tête décapitée de son professeur. Il est tombé dessus sans le vouloir, sans savoir ce qui l’attendait, en consultant le réseau Snapchat avec ses amis le soir de son assassinat. Il avait 12 ans. Depuis, l’image le hante. Il a été suivi par un psychologue, mais rien n’y fait. A chaque fois qu’il ferme les yeux, elle est là, gravée. Le collège invite ses élèves à participer à l’hommage qui sera rendu à Samuel Paty vendredi 15 octobre, à Conflans comme dans tous les établissements scolaires de France, à partir du CM1. La présence n’est pas obligatoire. Adam ne veut pas y aller. « C’est trop d’angoisses, il est trop triste, dit sa mère, Nadia. Il y pense tout le temps, ça sort de nulle part. Comme un soir, à table, d’un coup il a lancé : Tiens, ce serait son anniversaire aujourd’hui”. » Même réticence à se rendre à la marche organisée le lendemain par la municipalité. Mais il tient à ce que sa mère y aille, malgré les débats qui entourent l’organisation des cérémonies d’hommage, à l’issue desquelles le maire (divers droite), Laurent Brosse, dévoilera un ouvrage en forme de livre évoquant la libre expression.

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