Arménie : Joe Biden, premier président américain à reconnaître le génocide – Le Figaro

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Immédiatement, la Turquie a déclaré rejeter cette déclaration «basée sur le populisme».

Le président américain Joe Biden a officiellement reconnu samedi que les meurtres de masse et les déportations systématiques de centaines de milliers d’Arméniens et d’autres communautés chrétiennes par l’Empire ottoman au début du XXe siècle constituaient un génocide. «Le peuple américain honore tous les Arméniens qui ont péri dans le génocide qui a commencé il y a 106 ans aujourd’hui», a déclaré Biden dans un communiqué. «Nous ne faisons qu’affirmer un fait historique. Nous ne le faisons pas pour jeter le blâme mais pour nous assurer que ce qui s’est passé ne se répète jamais», a aussi dit Biden le jour de la commémoration officielle du premier génocide du XXe siècle. «Chaque année, en ce jour, nous nous souvenons de la vie de tous ceux qui ont péri dans le génocide arménien de l’époque ottomane et nous nous engageons à nouveau à empêcher qu’une telle atrocité ne se reproduise».

On estime que 2 millions d’Arméniens, de Grecs et d’Assyriens ont été déportés et 1,5 million tué lors de ces événements. Les massacres avaient commencé dans la nuit du 23 au 24 avril 1915 par l’arrestation à Constantinople d’intellectuels et de figures de la communauté arménienne, avant d’être déportés et assassinés. Ce «dimanche rouge», est devenu le jour de la commémoration du génocide par les Arméniens du monde entier.

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Le nombre des victimes fait l’objet de débats passionnés, mais les historiens estiment que 2 millions d’Arméniens ont été déportés et 1,5 million tué lors des événements entre 1915 et 1923. Que ce soit en raison des massacres ou des déportations forcées, le nombre d’Arméniens vivant en Turquie est passé de 2 millions en 1914 à moins de 400 000 en 1922. D’autres communautés chrétiennes de l’empire Ottoman, Grecs orthodoxes et Assyriens, ont aussi été victimes de ces massacres de masse et déportations.

Biden tient ainsi la promesse qu’il avait faite il y a un an jour pour jour pendant la campagne électorale, de reconnaître les actions perpétrées par les gouvernements ottomans constituaient une tentative délibérée d’éliminer les Arméniens et d’autres communautés chrétiennes d’Orient. Tous ses prédécesseurs, y compris Barack Obama, dont Biden avait été le Vice-président, avaient soigneusement évité d’utiliser ce terme par crainte de s’aliéner la Turquie, membre de l’Otan et puissance importante au Moyen-Orient. Mais Biden avait promis de faire des droits de l’homme un élément central de sa politique étrangère. Il avait expliqué pendant sa campagne que le fait de ne pas qualifier de génocide les atrocités commises contre le peuple arménien ouvrirait la voie à de futures atrocités de masse.

«Déclaration basée sur le populisme»

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, a immédiatement critiqué la déclaration de Biden. «Les mots ne peuvent pas changer l’histoire ou la réécrire», a-t-il écrit sur Twitter. «Nous ne nous laisserons pas donner des leçons sur notre histoire par qui que ce soit. L’opportunisme politique est la plus grande trahison de la paix et de la justice. Nous rejetons complètement cette déclaration qui est basée sur le populisme».

Selon les médias américains, Biden avait appelé vendredi le président turc Recep Tayyip Erdogan pour le prévenir de sa déclaration. Selon la Maison Blanche Biden aurait aussi fait part à son homologue turc de son souhait d’améliorer les relations entre les deux pays et de trouver une façon efficace de «gérer les désaccords». Les deux hommes ont également convenu de tenir une réunion bilatérale lors du sommet de l’OTAN à Bruxelles en juin prochain.

Cet appel de Biden à Erdogan était le premier depuis son entrée en fonction il y a plus de trois mois. Ce retard était devenu un signe inquiétant à Ankara ; Erdogan entretenait de bons rapports avec l’ancien président Donald Trump et espérait les reprendre malgré des frictions passées avec Biden.

Au cours de cette conversation, Erdogan aurait également abordé la question de la présence aux États-Unis du prédicateur islamiste Fethullah Gülen, son ancien allié, à présent accusé par la Turquie d’avoir orchestré une tentative de coup d’État ratée en 2016. Erdogan a aussi de nouveau accusé les États-Unis de soutenir les combattants kurdes en Syrie affiliés au Parti des travailleurs du Kurdistan, le PKK, organisation qui mène une insurrection contre la Turquie depuis plus de trois décennies. Le département d’État américain a désigné le PKK comme une organisation terroriste, mais a exprimé son désaccord avec la Turquie au sujet des liens du groupe avec les Kurdes syriens.

Pendant la campagne électorale de l’an dernier, Biden avait suscité la colère des autorités turques après avoir qualifié Erdogan d’«autocrate», dans un entretien au New York Times. En 2019, Biden avait accusé Trump d’avoir trahi les alliés des États-Unis en retirant les forces américaines du nord-est de la Syrie, ouvrant la voie à une offensive militaire turque contre le groupe kurde syrien. En 2014, alors qu’il était vice-président, Biden avait suggéré dans un discours que la Turquie avait contribué à faciliter la montée en puissance de l’État islamique en permettant aux combattants étrangers de traverser la frontière turque avec la Syrie, avant de présenter ses excuses à Erdogan.

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