Après vingt-trois mois de lutte, une victoire pour les femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles – Le Journal du dimanche

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Vingt-trois mois de lutte. Après près de deux ans de mobilisation, dont huit mois de grève, pour dénoncer des conditions de travail précaires, les femmes de chambre de l’hôtel Ibis Clichy-Batignolles (17e arrondissement de Paris), ont finalement obtenu gain de cause. “Je n’ai jamais vu de lutte aussi longue, aussi dure, mais au final les résultats sont là”, s’est réjouie Sylvie Kimissa, une des figures du mouvement auprès de France 3 Paris-Ile-de-France. “Notre victoire se mérite”, a également réagi Rachel Keke, autre figure de ces travailleuses en lutte. 

Des conditions précaires. Cette grève avait débuté en 2019, lorsqu’une dizaine d’employées “en restriction médicale” ont été menacées de mutation, précise Sylvie Kimissa dans les colonnes du Parisien. La pression de trop pour une trentaine de femmes de chambre employées par le sous-traitant STN, en charge du ménage dans l’établissement trois étoiles depuis 2016, qui décident d’une grève. Soutenues par la CGT des hôtels de prestige et économiques, elles témoignent de cadences intenables – 15 minutes par chambre – et d’heures supplémentaires non payées. Elles dénoncent également un paiement “à la chambre”, illégal. De plus, les contrats sont précaires et les salaires très faibles.

Gain de cause. Mardi, un accord devrait enfin être signé avec leur employeur STN. Les femmes de chambre en lutte ont obtenu la requalification de leur contrat en CDI, mais pas l’internationalisation de leurs postes au sein de l’hôtel, un plan de licenciement étant en cours dans l’établissement. Entre 250 et 500 euros de revalorisation salariale ont été actés et les cadences vont être réduites. Enfin, une prime de panier repas leur sera accordé, d’un montant de 7,30 euros, ainsi que le nettoyage de leur tenue professionnelle par l’entreprise. Interrogé par Le Parisien, AccorInvest, société d’investissement en charge de l’hôtel de 700 chambres, a confirmé la signature d’un accord sans donner plus de précisions.

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Un combat… Au fil des mois, leur combat a été salué par de nombreux élus et militants de la société civile. Entre piquets de grève plusieurs fois par semaine et actions solidaires pour financer la lutte, les femmes de chambre de l’Ibis Batignolles ont réussi à médiatiser leur combat pour des avantages sociaux similaires aux employés de l’hôtel. Malgré la crise sanitaire, et le placement au chômage partiel, une vingtaine de femmes ont continué la mobilisation. Les écueils ont été nombreux et les négociations difficiles. Début avril, une audience de conciliation avait été écourtée au conseil des prud’hommes, entre les grévistes et STN, comme le racontait Libération.

…symbolique de plusieurs luttes. Ce mouvement de travailleuses précaires est devenu un symbole de la lutte contre la sous-traitance. Mais il porte des revendications plus larges, telles que la reconnaissance du travail des femmes et particulièrement des travailleuses d’origine immigrée, précarisées et invisibilisées. Leur avocat Slim Ben Achour plaide ainsi dans ce dossier pour la reconnaissance du “préjudice moral lié à la discrimination sexuelle et raciale”.

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