De nouvelles manifestations, parfois émaillées d’incidents, ont encore eu lieu mardi 29 octobre pour maintenir la pression sur le gouvernement.

Le Chili renonce à organiser la Conférence mondiale sur le climat COP25 qui devait se tenir en décembre, ainsi que le sommet du forum de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) – il réunit une vingtaine de pays riverains du Pacifique – en raison du mouvement de contestation inédit qui agite le pays, a annoncé le président de la République, Sebastian Piñera, mercredi 30 octobre.

« C’est avec un profond sentiment de douleur, parce que c’est douloureux pour le Chili, que notre gouvernement a décidé de ne pas organiser le sommet de l’APEC (…), ni celui de la COP25 », a déclaré le chef de l’Etat conservateur.

Le sommet de l’APEC devait avoir lieu à Santiago les 16 et 17 novembre et la COP25 du 2 au 13 décembre. Le président américain, Donald Trump, avait laissé entendre, lundi, que la signature d’un accord commercial avec Pékin pourrait avoir lieu avant le sommet de l’APEC.

Quant à la COP, cette annulation de dernière minute, inédite dans l’histoire des négociations climatiques, risque de freiner la dynamique des efforts dans la lutte contre le dérèglement du climat. Le Chili avait accepté d’accueillir et de présider la COP25 en décembre 2018, après le retrait de la candidature du Brésil par son président climatosceptique, Jair Bolsonaro. Depuis, le pays se préparait activement à l’organisation de cet événement annuel, qui devait rassembler environ 25 000 personnes, dont des chefs d’Etat et de gouvernement, des ministres, des délégués et des représentants de la société civile.

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La COP peut-elle être organisée ailleurs ?

La secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), Patricia Espinosa, prise de court, a déclaré dans un communiqué « explorer des solutions alternatives ».

Plusieurs options pourraient être sur la table : organiser la COP à Bonn (Allemagne), où se trouve le siège de la CCNUCC, ou dans un pays tiers – ce qui paraît improbable –, avec quelques semaines ou mois de retard ; la regrouper avec la prochaine session de négociations climatiques de Bonn en juin ; ou l’annuler purement et simplement.

« L’organisation d’un événement d’une telle taille et d’une telle importance ne s’improvise pas : cela nécessite des mois de préparation, au mieux une année, pour régler les problèmes logistiques, construire un vaste centre de conférence et trouver les capacités d’hébergement », rappelle Paul Watkinson, président de l’organe de conseil scientifique et technologique de la CCNUCC.

Au-delà du pays hôte, se pose la question de la présidence de la COP, jusqu’à présent confiée à la ministre de l’environnement chilienne Carolina Schmidt. Il s’agira de voir si cette présidence est maintenue ou transmise à un autre pays, ce qui pourrait affaiblir toute velléité de leadership politique fort.

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La COP25 est vue comme une étape intermédiaire avant la COP26 qui se tiendra à Glasgow (Royaume-Uni) en décembre 2020, durant laquelle les Etats doivent soumettre de nouveaux plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre plus ambitieux – alors que les promesses actuelles des Etats mettent la planète sur une trajectoire de plus de 3 °C de réchauffement.

« Cela complique la tâche des négociations climatiques, et tout le mouvement lancé avec le sommet de New York, en septembre, pour augmenter les efforts des pays. Le Chili était l’occasion de créer un nouveau moment politique pour mettre la pression sur les Etats et les inciter à revoir à la hausse leurs engagements. Cette occasion disparaît, du moins temporairement », regrette un connaisseur du dossier.

Ticket de métro

Depuis douze jours, le mouvement de contestation sociale ne faiblit pas au Chili. D’abord provoqué par la hausse du coût de la vie dans le pays, et en particulier par l’augmentation du prix du ticket de métro à Santiago, le mouvement s’est amplifié malgré la suspension de cette dernière mesure.

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« Nous n’avons pas été capables de reconnaître l’ampleur de cette situation d’inégalité et d’abus. Je vous demande pardon pour ce manque de vision », a déclaré Sebastian Piñera lors d’une récente intervention télévisée.

Hausse de 20 % des pensions de retraite les plus basses, revalorisation du salaire minimal, baisse du salaire des parlementaires, gel du prix de l’électricité, baisse de celui des médicaments, augmentation d’impôts pour les plus riches… M. Piñera, qui avait réuni plusieurs présidents de partis politiques mardi, a déroulé une longue série de mesures qui seront soumises au vote du Congrès ou approuvées par décret présidentiel.

« Cet agenda social ne résoudra pas tous les problèmes qui accablent les Chiliens, mais c’est un effort nécessaire et significatif pour améliorer la qualité de vie des plus vulnérables », a annoncé le chef d’Etat.

M. Piñera s’est par ailleurs séparé, lundi, de huit ministres, sur les vingt-quatre que compte son gouvernement. Le tout nouveau ministre des finances, Ignacio Briones, a déclaré, mardi, que l’économie chilienne serait affectée par la crise sociale.

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« Les signaux que nous avons donnés (…) vont générer une diminution des investissements », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il serait nécessaire de réviser la prévision de croissance pour 2019. De nouvelles manifestations, parfois émaillées d’incidents, ont encore eu lieu mardi pour maintenir la pression sur le gouvernement.

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