Deux journalistes, une ancienne porte-parole et un psychanalyste ont confié à franceinfo la manière dont ils perçoivent le président des États-Unis.

20 janvier 2019, 20 janvier 2017, cela fait deux ans que Donald Trump est à la Maison Blanche. Le 45e président des États-Unis reste inclassable, peu conventionnel, en rupture avec tous ceux qui l’ont précédé dans le bureau ovale, dans son style de gouvernance ou sa communication. Pour tenter de comprendre ce président si peu conventionnel, franceinfo a rencontré à Washington quatre personnalités, qui, depuis deux ans, observent ou côtoient quasi quotidiennement Donald Trump.

John Gizzi : “Sa meilleure qualité, c’est qu’il a des objectifs précis”

John Gizzi, est correspondant à la Maison Blanche du groupe Newsmax, un média républicain et conservateur, il couvre la politique américaine depuis Jimmy Carter. Quel est le bilan, selon lui, des deux premières années de Trump ? “C’est inachevé, incomplet. Sa meilleure qualité en tant que président, c’est qu’il a des objectifs précis. Premier objectif, c’est de réformer notre système fiscal. Le second, c’est freiner l’immigration illégale. Le troisième, c’est de faire en sorte que les États-Unis ne soient plus le gendarme du monde. Quand vous savez parfaitement où vous allez, c’est un gros atout. Mais comment atteindre ces objectifs ? Là, c’est un problème pour lui.”

Bob Woodward : “C’est un peu comme s’il jouait tout ça aux dés”

Il y a un autre journaliste, qui a beaucoup travaillé sur le 45e président des États-Unis, sur sa manière de gouverner ou sa personnalité, c’est Bob Woodward, reporter iconique du Washington Post. C’est l’homme du Water Gate, à l’automne il a publié un nouveau livre intitulé Peur, Trump à la Maison Blanche. “Le président agit en fonction de ses propres pulsions ou réflexes. Ses conseillers lui demandent ‘comment avez-vous eu cette idée ?’ et il répond ‘je pense ça depuis 30 ans. Si vous n’êtes pas d’accord avec moi, alors vous avez tort.’ La situation économique, la relation avec la Chine, la Corée du nord, c’est un peu comme s’il jouait tout ça aux dés. C’est un joueur.” 

Dana White : “Il prend des décisions très rapidement”

Franceinfo a également interrogé une jeune femme qui, il y a peu encore, était au cœur de la machine, au cœur de l’administration Trump : Dana White. Elle était jusqu’à la fin du mois de décembre la porte-parole du Pentagone. Elle a quitté l’administration Trump le 31 décembre dernier, dans la foulée de la démission de son patron, le secrétaire à la Défense Jim Mattis. Si Woodward, dans son livre, parle de “chaos à la Maison Blanche”, Dana White, elle, est plus mesurée. Mais elle décrit quand même une administration qui a souvent du mal à suivre les décisions présidentielles. Eu égard à ses fonctions passées, elle le dit évidemment avec prudence et en pesant chaque mot. 

“Ce n’est pas vraiment chaotique, mais c’est… différent. Il a un style de gouvernance différent. Il prend des décisions très rapidement. C’est lui qui décide, par exemple sur la politique étrangère. Ensuite, c’est aux différentes administrations d’appliquer ses décisions. Pour nous qui travaillons avec lui, il a fallu s’adapter à ça. Je pense que sur l’économie, il fait un travail formidable. En revanche, en ce qui concerne le respect de nos partenaires et de nos alliés, je crois qu’il peut s’améliorer.” 

Justin Frank : “Il a appris à se débarrasser de son anxiété en la rejetant sur les autres”

Il y a enfin ceux qui s’intéressent à la psyché du président, c’est le cas du professeur Justin Frank, psychiatre à l’université Georges Washington et psychanalyste. Il a publié à l’automne un essai intitulé Trump sur le canapé. “Je décris un homme qui n’a jamais été contenu ni maîtrisé par ses parents. Donc il a dû lutter seul face à ses propres angoisses. À cause de ça, il a appris à diriger et à se débarrasser de son anxiété en la rejetant sur les autres, en faisant en sorte qu’on ait peur de lui. Il n’a jamais su maîtriser ses angoisses, donc il s’en décharge rapidement avec ses tweets. L’autre point, c’est qu’à cause de ça, psychologiquement, il n’est pas capable de prendre du temps pour réfléchir. Le temps de la réflexion, c’est important pour tout le monde, encore plus pour un président.” 

Finalement, c’est difficile de comprendre Donald Trump, qui il est, comment il fonctionne. C’est encore plus compliqué d’imaginer ce qu’il fera demain, les prochaines élections sont dans moins de deux ans. “Personne ne peut deviner ce que Donald Trump va faire. Bien-sûr, il a un comité mis en place pour sa réélection. Mais il peut aussi très bien dire : j’ai rendu sa grandeur à l’Amérique, je retourne au golf et m’occuper de mes petits-enfants. Bye bye.” 

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