Application StopCovid: une bataille perdue d’avance? – Le HuffPost

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NurPhoto via Getty Images
Le secrétaire d’État en charge du numérique Cédric O au Sénat au mois de février. 
POLITIQUE – Après plusieurs rebondissements dans cet épineux dossier, c’est le grand jour. L’application StopCovid, présentée par le gouvernement comme l’outil numérique qui permettra de maîtriser l’épidémie de coronavirus, passe ce mercredi 27 mai devant le Parlement, faisant l’objet d’un débat et d’un vote à l’Assemblée puis au Sénat. 

Et c’est peu dire que, malgré le feu vert prudent donné par la Cnil ce mardi, le sujet fait débat, y compris au sein de la majorité. Devant les parlementaires, le secrétaire d’État au numérique, Cédric O, a tenté de rassurer comme il a pu, notamment sur la sécurité des données personnelles, l’un des points de crispations du dispositif de traçage.

“Je pense que c’est le fichier de santé le plus sécurisé de la République française”, a-t-il assuré lors d’une visioconférence avec les députés. Selon l’intéressé, l’application pourra être déployée dès ce week-end si le Parlement valide symboliquement le lancement de l’application, le vote n’ayant pas dans ce cas de valeur contraignante.  

“Les gauchistes du web ont fait flipper les gens”

Restera alors à mesurer la pertinence d’un tel dispositif. Dans l’hémicycle, plusieurs élus ferraillent déjà sur un outil déployé après la bataille. Le président du groupe LR à l’Assemblée, Damien Abad, a notamment dénoncé une “application gadget” qui “arrive trop tard” et “pose des problèmes de libertés publiques”. Autre critique formulée par le député de l’Ain, l’adhésion des citoyens à cette technologie. “Il faut 60% des Français connectés pour qu’elle fonctionne efficacement. Je m’interroge: 60% des Français téléchargeront-ils l’application?”, s’est-il demandé, précisant que le groupe LR s’abstiendra. 

Sur ce point, il est difficile de tirer des conclusions des différentes études publiées à ce sujet. Dans un sondage réalisé par la Fondation Jean Jaurès mi-avril, seuls 47% des Français se disaient favorables à une application de ce genre. Or, le 14 mai, une enquête de l’observatoire Data Publica établissait que, si 59% des Français se disaient favorables à l’installation, seulement 49% se disent prêts à la télécharger. “Si on a 20% ou 30% des populations des grandes villes” qui l’utilisent, “c’est très bien”, a assuré Cédric O devant les sénateurs ce mercredi. 

Reste que le risque d’un problème d’adhésion n’est pas ignoré au sein des troupes macronistes. Auprès du HuffPost, un poids lourd de la majorité, pourtant très investi dans la promotion de l’application, ne cachait pas sa résignation. “Je ne pense pas que ça ira au bout… Les gauchistes du web ont fait flipper les gens et ils ont gagné. Les gauchistes de LREM aussi d’ailleurs”, regrettait ce parlementaire, en référence à la levée de boucliers que le projet a provoqué, y compris dans son camp. Pour prévenir un potentiel déficit d’adhésion, Cédric O a notamment annoncé le lancement d’une campagne de sensibilisation, via des affichages dans le métro et des encarts dans la presse quotidienne régionale. 

Ce mercredi, le secrétaire d’État a par ailleurs assuré sur Europe 1 qu’il n’était pas trop tard pour adopter ce dispositif. “Le virus circule toujours, l’épidémie est encore là et peut revenir à n’importe quel moment”, a-t-il affirmé. 

Un outil inefficace? 

À l’inconnue de l’adhésion des utilisateurs s’ajoutent celles sur les conditions qui permettraient au dispositif de fonctionner efficacement. À titre d’exemple, le site spécialisé Numerama a listé les  (très) nombreux “pré-requis” qu’il faudrait pour que l’efficacité de StopCovid soit constatée.

Ainsi, pour qu’un tel dispositif conduise une personne ne se sachant pas malade à s’isoler préventivement, il faudrait qu’elle ait téléchargée l’application, qu’elle ait croisé un malade la possédant également, que celui-ci ait reçu l’autorisation de se déclarer positif après un test, que le Bluetooth de leurs appareils respectifs soient actifs et opérationnels… Bref, un ensemble de probabilités dont il est difficile aujourd’hui d’imaginer les effets réels sur l’épidémie. 

D’autant qu’il n’existe, pour l’heure, aucun dispositif similaire adopté par un pays étranger ayant incontestablement démontré son efficacité. Ce qui n’est pas forcément de nature à encourager les Français à s’en saisir. “Le plus dur est devant nous quelque part car le but est une adoption massive”, a reconnu  Cédric O devant les députés. 

À voir également sur Le HuffPost: Corona-tracking: quand le gouvernement brouille les cartes 

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