Anthos est-il la fonctionnalité phare dont Google a besoin pour le cloud d’entreprise ?

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, la version désormais exclusivement numérique de leur conférence annuelle pour les développeurs qui s’est étalée sur 9 semaines. Et contrairement au début de ce siècle, il ne fait aucun doute que Google est désormais très sérieux sur le marché du cloud pour les entreprises. La présence de Thomas Kurian à la tête de la division cloud est révélateur de cela, étant donné son expérience chez d’Oracle. La preuve ? Il évite soigneusement les racines de Google côté grand public pour viser directement le segment de l’industrie du cloud le plus rentable : celui des grandes entreprises.

Dans sa vidéo d’ouverture, Kurian s’est exprimé clairement et avec beaucoup de détermination, omettant une grande partie du langage marketing traditionnel du cloud, et a énoncé sa mission en des termes plus familiers aux cadres d’entreprise qu’aux développeurs, à savoir “accélérer la capacité de chaque organisation à transformer et à réimaginer numériquement son activité grâce à l’innovation basée sur les données”.

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Un discours évidemment qui parle plus aux entreprises qui mettent le paquet dans l’IT qu’aux autres. La plupart des DSI sont parfaitement conscients que leur paysage informatique vieillissant est de plus en plus bloqué dans des centres de données désuets et cloisonnés, alors que leur conseil d’administration exigent d’eux une modernisation, une transformation et une innovation beaucoup plus rapides (même si, souvent, ils fournissent des ressources limitées pour atteindre ces objectifs rapidement).

C’est probablement la raison pour laquelle la première phrase de la page principale du produit Anthos commence par le mot “modernisation”. Le message est que Google ne se concentre pas sur le fait d’être le premier fournisseur hyperscalaire “pure play” au monde. Il s’adresse plutôt au marché qui fait vivre tant de grandes entreprises de logiciels : les autres grandes entreprises. Comme nous le verrons, Google est en train de construire un chemin de migration vers le cloud que les entreprises peuvent facilement reconnaître et auquel elles peuvent s’identifier.

Le fait que Google présente une vision de l’avenir basée sur les données est en fait un clin d’œil clair à son héritage qui consiste à prendre les données mondiales d’Internet pour construire une des entreprises les plus valorisées de l’histoire. C’est sans doute l’une de ses compétences les plus importantes et les plus précieuses, bien que cela ne soit pas encore aussi évident avec Anthos.

Il est important de comprendre les principales distinctions entre Google Cloud Platform (GCP) et Anthos. GCP est en fait plus proche de AWS et Azure au sens propre. Il s’agit d’une plateforme robuste, entièrement cloud native, qui propose une gamme complète de services de cloud. En revanche, Anthos est un environnement ouvert mais hautement sécurisé de migration, de gestion et d’exploitation des clouds pour les entreprises. Il permet de déplacer les applications d’entreprise vers le cloud de la manière la plus appropriée du point de vue de l’architecture et des processus, puis de rendre ces applications plus faciles à exploiter et à superviser pour tous les types de ressources du cloud.

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Pourquoi Google Cloud parie massivement sur le marché des entreprises

M. Kurian a présenté Google Cloud comme une “infrastructure distribuée en tant que service” et non comme une brique de IaaS (Infrastructure as a Service). Il a également décrit le fait qu’il existe un modèle de programmation et une API pour exécuter le code comme si le Google Cloud était un ordinateur unique, extraordinairement grand. La simplicité est à la fois une vertu informatique de base de l’entreprise et une approche centrale du produit Google. Tel est le message.

Enfin, et c’est à mon avis le point clé et le différenciateur, Kurian est également clair sur le fait que Google Cloud fonctionne partout, point final. Sur leur cloud, dans les centres de données des clients existants, dans les nuages de leurs concurrents (AWS et Azure en particulier), ainsi que dans une configuration de edge computing (en citant les clients des télécoms.)

Reste que Google Cloud est sur un marché très concurrentiel. Ses revenus du deuxième trimestre ont augmenté de 43 % d’une année sur l’autre, ce qui lui permet de surpasser le marché du cloud dans son ensemble par une bonne marge, qui croît à un taux annuel de 17 % dans l’ensemble du secteur. Mais avec seulement 3 milliards de dollars de revenus pour le dernier trimestre, c’est aussi l’une des plus petites divisions de Google. Et c’est bien cela qui pose problème aux DSI. Car Google a tendance à abandonner soudainement des produits en difficulté. Pour les entreprises, la plupart des achats informatiques sont des partenariats à long terme, soigneusement évalués, où la longévité des produits est une considération essentielle.

Est-ce que Anthos peut mettre Google en tête des fournisseurs de Cloud ?

La grande question est donc de savoir si Anthos est le moyen pour Google Cloud de proposer quelque chose que Microsoft Azure ou AWS ne peuvent ou ne veulent pas adopter ? Pour répondre à cette question, il est utile de jeter un coup d’œil sur les principaux besoins des entreprises en matière de cloud, sur la base des conversations que j’ai eues ces dernières années avec un bon nombre de DSI de grandes entreprises :

  • La grande majorité (80 à 90 %) du budget informatique est consacrée au maintien en fonctionnement des infrastructures et des applications existantes, soit en les conservant en interne dans un centre de données, soit en les externalisant à un fournisseur de services managés. Et cela doit être peu à peu aligné avec le monde technologique moderne. En fin de compte, les DSI veulent de futurs environnements d’exploitation moins nombreux, plus simples, plus faciles, plus sûrs et moins chers. Et dans ce contexte, les acteurs géants du cloud sont bien placés.
    Pourquoi ? Parce  que a) ils sont plus simples à gérer, b) la gestion des fournisseurs n’est pas un casse-tête. Ainsi, pour la plupart des DSI, la finalité de la modernisation informatique est claire : ils doivent déplacer tout ce qui a un sens vers le cloud. Et cela représente un bon paquet de l’IT des entreprises. La facilité de migration, le faible risque de migration et la rentabilité de la migration sont donc en tête de liste des besoins des entreprises en matière de cloud computing.
  • L’avenir des systèmes informatiques, des opérations en mode cloud et de la gouvernance informatique réside dans le modèle de conteneur, de plus en plus populaire, qui est désormais la pratique de référence en matière de développement et de déploiement d’applications.
    Bien qu’il reste encore beaucoup à faire pour que la plupart des systèmes informatiques d’entreprise soient prêts pour les conteneurs, on peut dire sans trop se tromper que c’est là qu’ils finiront par aboutir. La plupart des nouvelles applications sont aujourd’hui construites pour utiliser des conteneurs, tandis que de nombreuses applications plus anciennes sont mises à niveau pour fonctionner dans des conteneurs par leurs fournisseurs au fil du temps.
    Il convient également de noter ici que Google a donné naissance à Kubernetes, le framework de conteneur et le très populaire projet open source – et le plus agnostique. Le point essentiel est que les DSI préfèrent désormais acquérir ou migrer vers des solutions informatiques prêtes pour les conteneurs, pour tous les avantages qu’elles procurent. Cela inclut une meilleure gestion de la complexité croissante du déploiement du cloud ainsi qu’une recherche de talents pour gérer le cloud lui-même (en raison de la grande popularité de Kubernetes).
  • Le support du cloud hybride. Il y a un avantage très important à exploiter les technologies de l’information dans le cadre d’un modèle d’exploitation ou d’une architecture unique, pour la cohérence, la simplicité et le choix. Les DSI sont donc très intéressés par l’utilisation des technologies et de l’architecture en mode cloud comme modèle d’application par défaut, car cela leur permet de mieux se préparer à l’avenir.
    Ils savent qu’ils peuvent finalement le migrer vers le cloud plus facilement et à moindre coût lorsque le moment est venu. Pour les nouveaux projets, même on premise, cela signifie qu’ils doivent utiliser la pile de briques en mode cloud de leur fournisseur préféré. En bref, les DSI souhaitent un fournisseur de cloud computing qui dispose d’une plateforme qui fonctionne dans leur centre de données avec le moins de compromis possible, tout en offrant aux entreprises la possibilité de gérer toutes leurs ressources de cloud computing, privées ou publiques, avec une seule interface.
  • Une approche agnostique du cloud et un support proactif à un multicloud industrialisé. C’est un sujet nuancé, mais en bref, le DSI sait déjà qu’il aura trop de cloud a gérer, et que beaucoup d’entre eux ne pourront pas fonctionner ensemble. Dans l’ensemble, le DSI veut un maximum de flexibilité et de choix pour déplacer les charges de travail, changer rapidement de fournisseur et combiner les meilleurs services. Par exemple, les services d’intelligence artificielle (IA) d’un prestataire de cloud peuvent être mieux adaptés, tandis que les services d’IdO d’un autre acteur du cloud peuvent mieux fonctionner pour un cas d’utilisation donné. Ces ressources devraient être faciles à utiliser ensemble, même si elles se trouvent dans des cloud séparés.
    Le fournisseur de cloud computing qui suppose par défaut qu’il est un rouage d’une architecture informatique d’entreprise plus importante, et qui construit des ponts vers d’autres clouds et les active, aura un avantage significatif auprès des acheteurs informatiques.
  • La grande variété de technologies installées en on premise dans une grande entreprise ne doivent pas être sous-estimés. Le portefeuille informatique comprend généralement entre 500 et plus de 3 000 applications pour la plupart des entreprises. Les applications et les systèmes sont répartis sur du matériel ancien, comme du mainframe, et de l’AS/400, sur des systèmes client/serveur de première génération, des applications objet distribuées et des applications professionnelles en code natif. Dans la plupart des entreprises, la plupart, voire la majorité, des systèmes informatiques sont plutôt anciens, mais ils sont également matures et tout à fait fonctionnels. Mais ils ont aussi tendance à embarquer de nombreuses bizarreries et excentricités apparues avec le temps.
  • Et les anciennes technologies ne sont pas le seul problème du cloud. Il y a aussi les aspects uniques des secteurs dans lesquels les entreprises exercent leurs activités, allant du secteur public et de la santé aux services financiers et aux assurances, qui ont tous leur propre réglementation en matière de vie privée, de sécurité et d’autres types de réglementations qui ont une incidence directe sur les déploiements dans le cloud. Enfin, il y a les questions géographiques lorsqu’il s’agit de grandes organisations, depuis les défis de la gestion des performances informatiques distribuées et les exigences de résidence des données jusqu’à un maquis dense de réglementations sur la vie privée et de contraintes juridiques lorsque les opérations sont réparties dans des dizaines de pays différents. En bref, les grandes entreprises sont très complexes.
    Un fournisseur de services dans le cloud doit adapter ses offres à ces réalités autant que possible. Ou alors, le client doit consacrer le temps et l’investissement nécessaires à cette adaptation. Cela ralentit invariablement, voire retarde la migration vers le cloud pour de nombreux systèmes.

Le multicloud n’est pas le futur du cloud : c’est L’avenir.

Le prochain grand champ de bataille dans le domaine des technologies de l’information est de savoir qui sera le principal acteur dans le domaine du multicloud. C’est là que se joue l’avenir de certaines des plus grandes entreprises technologiques du monde. La plus grande friction dans l’adoption du cloud côté entreprise est la complexité même du déploiement et de la gestion d’applications modernes sur plusieurs clouds pour des centaines d’applications et de services, qui sont également de plus en plus intégrés les uns aux autres.

La théorie contemporaine de la cybersécurité contribue également à cette complexité. En voici un exemple : La récente observation selon laquelle les infrastructures fixes dans le cloud sont beaucoup plus faciles à attaquer a donné naissance à de nouvelles architectures dynamiques dans le cloud qui peuvent rapidement changer de forme, disparaître et se recombiner face aux cyber-attaques, pour être situées et configurées ailleurs dans le cloud, tout en continuant à fonctionner de manière transparente. Et cela est bien plus complexe à réaliser que les anciennes architectures informatiques fixes, et couteux. Ainsi, pour de telles raisons, la gestion de la complexité est désormais une exigence fondamentale de l’architecture et des opérations dans le cloud.

AWS et Azure ont peut-être été lents à réaliser pleinement l’importance du multicloud, mais ils commencent à y répondre avec des offres comme AWS Outposts et le nouveau, mais encore précoce Azure Arc.

Cependant, c’est là que Anthos a fait des paris prudents sur les besoins des entreprises en matière de cloud computing décrits ci-dessus. L’accent mis délibérément par Google sur les besoins qui semblent inhabituels ou inutiles aux clients du cloud est un atout considérable, susceptible, là encore, d’aller chercher des clients à la recherche de fonctionnalités d’entreprise qu’ils ne trouvent nulle part ailleurs. La preuve ? Anthos cherche à plaire aux entreprises là où se trouvent leurs plus grands défis en matière de cloud :

  • Une migration rapide et fluide. Le manuel de migration d’Anthos divise les applications existantes en trois compartiments différents et les met à niveau vers des architectures cloud natives dans la mesure où chaque type d’application en est capable. L’accent mis sur la migration des applications professionnelles Java, qui ont été construites par des entreprises du monde entier pendant plus de deux décennies pour faire fonctionner leurs activités, est également particulièrement bienvenu. Google dispose de données qui montrent son approche de la migration pour les applications d’entreprise à la fois plus simples et plus rapides que les autres méthodes. L’architecture Migrate for Anthos est également l’une des plus modernes et des mieux articulées du secteur.
  • Le meilleur support pour les conteneurs. Anthos GKE (Google Kubernetes Engine) est au cœur de la stratégie de Google en matière de cloud computing. AWS a été conçu avant que les conteneurs modernes ne deviennent une tendance majeure, et bien qu’il puisse certainement gérer des conteneurs, il n’est pas profondément ancré dans l’architecture du produit comme c’est le cas avec Anthos. Azure est dans un cas similaire, en ce sens qu’il n’offre pas de conteneurs comme concept opérationnel fondamental. Avec Kubernetes de Google, l’avantage pour les entreprises clientes est que Google propose des chemins de migration et d’exploitation clairs et natifs pour que les entreprises puissent conteneuriser de manière robuste leurs anciens systèmes informatiques.
  • Prêt pour le multicloud et l’hybride, également du côté du management. Google a clairement indiqué qu’Anthos peut être exécuté et managé de manière centralisée, même dans les environnements multicloud les plus fédérés, quel que soit l’endroit où se trouvent les ressources de cloud : Dans les centres de données de Google, sur place en on premise, en périphérie ou dans des cloud tiers comme AWS et Azure. Google ne fait pas de discrimination et ils sont tous sur un pied d’égalité, dans la mesure où leur localisation le permet. Oui, tout cela est possible dans une certaine mesure sur d’autres cloud, mais pas avec la souplesse proposée par Anthos.
  • Support pour les entreprises. Google a anticipé et prend en charge les besoins uniques des entreprises dans Anthos, tels que le chemin de migration Java mentionnée ci-dessus, ainsi que des fonctionnalités telles que les microservices d’entreprise, le fonctionnement serverless, y compris sur site, une approche louable pour une véritable cohérence dans le développement et les opérations partout où les ressources Anthos sont utilisées, et l’automatisation de la politique et de la sécurité informatiques de manière transparente dans les environnements multicloud avec Anthos Config Management.

En fin de compte, Anthos est un pari primordial pour Google qui peut fournir une solution multicloud convaincante pour les entreprises afin d’accélérer leur passage à un environnement compatible avec le multicloud. En d’autres termes, c’est une vision plus claire de la prochaine génération de l’informatique dans le cloud. Anthos devance AWS et Azure en tant que rampe d’accès aux environnements de cloud modernes.

Il est clair qu’Anthos n’arrivera probablement jamais à dominer le secteur de l’informatique dématérialisée, mais il a de bonnes chances d’améliorer celles de Google face au numéro deux de l’informatique dématérialisée, Microsoft, qui compte déjà parmi ses clients, sous une forme ou une autre, pratiquement toutes les DSI depuis 30 ans. Les DSI m’ont souvent dit au fil des ans qu’ils n’aiment pas vraiment mettre tous leurs œufs dans le même panier. En se positionnant comme le choix le plus agnostique pour la stratégie globale du cloud par rapport à tous les autres fournisseurs, et en déplaçant la conversation et l’attention vers le futur environnement global du cloud d’entreprise, cela pourrait aider Google Cloud à se tailler non seulement une niche, mais aussi une position stratégique de premier plan.

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