Allongement du délai d’accès à l’IVG : le dossier qui embarrasse Macron et Castex – Le Parisien

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Le sujet est classé parmi les dossiers sensibles de l’Elysée : « On manie là de la nitroglycérine. Attention danger, ça va cliver à mort », glisse un proche d’Emmanuel Macron… qui ne croit pas si bien dire. Examiné en fin de matinée ce jeudi dans l’hémicycle, la proposition de loi prévoyant d ‘allonger le délai d’accès à l’IVG de deux semaines, le faisant passer de 12 à 14 semaines de grossesse, risque effectivement de provoquer quelques remous dans la majorité.

Sauf rebondissement de dernière minute, les députés de la République en marche devraient voter en faveur du texte initialement déposé par le groupe Écologie démocratie et solidarité… mais contre l’avis de Matignon et de l’Elysée. Un couac de plus, après le vote mardi du projet de loi sur l’usage des néonicotinoïdes pour sauver la filière betterave, adopté avec une abstention et une opposition records des parlementaires de LREM.

Ces derniers jours, le président de la République et le Premier ministre ont pourtant fait passer des messages, exprimant leurs vives réserves à propos d’un texte qui propose également de supprimer la clause de conscience spécifique à l’IVG pour les médecins. « Ce n’est pas une question de fond, mais de méthode. Et sur une question de société aussi hautement inflammable que l’interruption volontaire de grossesse, la méthode est aussi importante que le fond », prévient Matignon, pas très chaud pour lancer un débat au détour d’un projet de loi « déposé à la hâte et examiné en une heure dans le cadre d’une niche parlementaire d’un groupe d’opposition », appuie une ministre également très réservée. « Sur un sujet aussi sérieux, ça mérite mieux qu’une discussion à l’arrache et dans une antichambre », embraye un conseiller, qui précise « ne pas être dans un jugement moral ni éthique », mais demande un débat « clair et cadré ».

Christophe Castaner et Aurore Bergé pour

En privé, Jean Castex a récemment rappelé que « la société des savants avait émis dernièrement un avis défavorable sur le sujet, et à l’unanimité ». La semaine dernière, il a également échangé avec des députés pour leur expliquer qu’il y avait « des arguments pour, et des arguments contre ». Depuis, il a saisi le Conseil national d’éthique qui devrait rendre son avis début novembre. Quant à Emmanuel Macron, « il n’est pas très chaud pour rouvrir ce genre de débat maintenant, ce n’est pas l’urgence », confie un ministre qui a échangé dernièrement avec lui.

« Allonger le délai de deux semaines pour pouvoir pratiquer une IVG, c’est bien sur le papier, mais dans les faits, le pays souffre d’un manque criant de gynécologues sur le territoire, dont certains ne pratiquent pas l’IVG. Le problème est donc bien plus vaste », insiste un poids lourd de l’exécutif.

Sauf qu’à l’Assemblée, les députés ne l’entendent pas ainsi. Déjà la semaine dernière, le patron du groupe Christophe Castaner, pourtant proche de Macron, a indiqué qu’il voterait pour. « On ne peut pas se définir comme un parti progressiste, avoir porté le sujet de l’égalité femme-homme pendant trois ans et ne pas voter un texte comme celui-ci », déplore Aurore Bergé, qui votera aussi pour cette proposition de loi déposée par un groupe dissident d’En marche, « par principe ». « Ce n’est pas une fronde, c’est un vote de conviction sur un sujet viscéral pour nous », embraye l’élue des Yvelines, qui rappelle que « chaque année, entre 3000 et 5000 femmes sont obligées de pratiquer une IVG à l’étranger, car elles sont hors délais ». Même discours chez le député Roland Lescure, qui votera « à titre personnel en faveur de ce texte », même s’il dit « regretter » la méthode.

Quoi qu’il en soit, même s’il est adopté en première lecture ce jeudi, le chemin restera semé d’embûches. « Avec la majorité de droite au Sénat, il y a de fortes chances qu’il soit retoqué, admet un élu. L’enjeu, c’est qu’il revienne ensuite à l’Assemblée pour faire vivre le débat. » Le bras de fer ne fait peut-être que commencer.

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