Algérie : ce que l’on sait des incendies en Kabylie et dans le nord du pays, qui ont fait au moins 65 morts – franceinfo

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Après le Canada, la Grèce, la Turquie ou encore les Etats-Unis, l’Algérie est à son tour frappée par de gigantesques incendies. De nombreux départs de feu, plus de 70, selon le gouvernement algérien, se sont déclarés dans la soirée de lundi dans le nord du pays, notamment en Kabylie.

Le ministre de l’Intérieur, Kamel Beldjoud, leur a attribué une origine criminelle. Mais la canicule qui touche le pays, sur fond de dérèglement climatique, a au moins créé des conditions favorables à leur essor. Le bilan humain s’est très rapidement alourdi, et au moins 65 morts sont à déplorer selon les derniers chiffres publiés par la télévision nationale algérienne.

Franceinfo revient sur la situation critique de l’Algérie, déjà durement touchée par la pandémie de Covid-19.

Des dizaines de feux dans le Nord

Plusieurs autorités algériennes ont livré des décomptes différents du nombre de sinistres, qui se comptent par dizaines. Mardi soir, la protection civile a fait état d’une centaine de feux dans 16 wilayas (une division administrative algérienne, équivalent de la préfecture). Le Premier ministre, Aïmène Benabderrahmane, évoquait, lui, plus de 70 incendies dans 18 wilayas.

C’est le nord-est de l’Algérie qui est touché. La zone ne se limite pas à la Kabylie, mais s’étend de la frontière tunisienne à la wilaya de Blida, au sud d’Alger.

Des images mises en ligne par des journalistes algériens témoignent de l’étendue des incendies et de l’importance des dégâts.

Le Premier ministre a affirmé à la télévision que le pays était “à un stade avancé de discussions avec des partenaires européens pour louer des avions anti-incendie”, sans citer les pays contactés. Mercredi, le maire de Marseille, Benoît Payan, a proposé, sur Twitter, l’envoi de marins-pompiers de la ville.

Au moins 65 morts, dont des pompiers

Les différents bilans annoncés jusqu’ici évoquent un total d’au moins 65 morts. Mardi soir, le Premier ministre avait affirmé que 17 civils avaient succombé dans les régions de Tizi Ouzou et Sétif.

De son côté, le président Abdelmadjid Tebboune a annoncé mardi soir la mort “en martyrs” de 25 militaires lors d’opérations contre les incendies “dans les montagnes de Bejaïa et Tizi Ouzou”, dans laquelle 14 de leurs camarades ont été blessés. Leur intervention a “permis de sauver des flammes 110 citoyens”, a salué le ministère. de la Défense nationale.

Ces bilans menacent de s’alourdir, de nombreuses autres régions étant touchées par les incendies. On ignore par ailleurs le nombre de personnes contraintes d’évacuer leur domicile pour échapper aux flammes. Sur les réseaux sociaux, les appels à la solidarité avec les sinistrés et les hôpitaux, et les offres d’assistance matérielle et médicale, se sont multipliés. Des collectes de dons ont eu lieu dès mardi, notamment à Alger, comme le montre un journaliste de France 24.

Le gouvernement évoque une origine criminelle

En déplacement à Tizi Ouzou, le ministre de l’Intérieur, Kamel Beldjoud, a estimé que ces incendies avaient une origine humaine. “Cinquante départs de feu en même temps, c’est impossible. Ces incendies sont d’origine criminelle”, a-t-il déclaré.

“Des analyses préliminaires au niveau de la région de Tizi Ouzou ont montré que les sites de déclenchement des incendies ont été soigneusement sélectionnés” pour être difficiles d’accès pour les secours et causer le plus de dégâts possible, a affirmé le Premier ministre dans un communiqué, mardi soir.

Mardi, au moins quatre personnes accusées d’avoir allumé des feux ont été arrêtées : un à Annaba, selon l’agence de presse algérienne APS, et trois à Médéa, selon la radio publique algérienne. L’un de ces trois suspects a avoué, a affirmé le Premier ministre.

Le sujet des incendies criminels était déjà sur la table en Algérie. Début juillet, trois personnes avaient été arrêtées après que les flammes eurent ravagé 1 500 hectares de forêt dans le massif des Aurès. Le 25 juillet, Abdelmadjid Tebboune a annoncé avoir ordonné l’élaboration d’un projet de loi punissant les auteurs d’incendies criminels de forêts de peines allant jusqu’à 30 ans de prison ferme, voire la perpétuité si l’incendie a causé des morts.

Un contexte climatique explosif

Si leur cause directe n’est pas établie, ces feux se sont déclarés dans un contexte climatique très propice. L’Algérie, touchée chaque été par des feux de forêt, vit une saison particulièrement chaude et pauvre en précipitations.

L’Office national de la météorologie prévoit des températures supérieures à 35 voire 40 °C sur la majorité du pays mercredi, avec un pic à 47 °C dans plusieurs zones, dont celle de Tizi Ouzou. Dix-neuf wilayas du nord du pays sont placées en vigilance orange canicule. Les feux sont par ailleurs propagés par des vents importants, qui compliquent la tâche des pompiers, a expliqué le conservateur des forêts Youcef Ould Mohamed à l’agence APS.

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