Alexeï Navalny : “Ils ne veulent pas le laisser vivre, mais ils ne peuvent peut-être pas le laisser mourir”, e – franceinfo

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“Ils ne veulent pas le laisser vivre, mais ils ne peuvent peut-être pas le laisser mourir”, explique sur franceinfo Marie Mendras, chercheure au CNRS et professeure à Sciences Po, alors que l’état de santé d’Alexeï Navalny, l’opposant russe emprisonné, est de plus en plus inquiétant et que la pression s’accroit sur Moscou autour de la situation ukrainienne.

La France qui menace la Russie de sanctions, les États-Unis qui ont récemment sanctionné Moscou pour piratage … pourquoi Moscou maintient la pression, sept ans après le début de la guerre dans le Donbass ?

Marie Mendras : Vladimir Poutine essaie de rentrer dans un nouveau bras de fer parce qu’il se trouve lui-même en grande difficulté chez lui. Je crois qu’il essaie aussi de détourner l’attention de l’assassinat re-programmé d’Alexeï Navalny, puisqu’ils n’ont pas réussi à l’empoisonner en août dernier. La réaction des pays voisins et occidentaux ne peut être que la plus grande fermeté sur ces menaces de nouvelles attaques sur le sol ukrainien. Mais ce qu’a dit le président Macron à CBS News, malheureusement, il n’y a rien de nouveau. C’est toujours un peu plus de sanctions, ce qu’on fait quand même depuis maintenant sept ans. Dire qu’il faut continuer le dialogue avec la Russie, c’est ce qu’on fait depuis sept ans. Le problème c’est qu’on ne peut pas dialoguer avec les Russes, on dialogue uniquement avec Vladimir Poutine, qui n’est absolument pas ouvert au dialogue.

Donc ces menaces de sanctions, Vladimir Poutine n’y prête pas tant attention que ça ?

Si bien sûr, les sanctions il faut les maintenir. D’abord parce que ça divise les élites en Russie. Il faut toujours réagir à des menaces d’intervention militaire, ou des menaces d’assassinat dans le cas d’Alexeï Navalny, par des faits, et pas seulement par des paroles. Notre problème est, qu’en dehors des sanctions contre les responsables russes, nous ne pouvons pas trouver une autre riposte qui ne soit de préparation militaire.

“Ce que personne ne veut dans les pays occidentaux et au sein de l’Otan, c’est de jouer dans le jeu de Vladimir Poutine, qui est de commencer une spirale de confrontation militaire.”

Marie Mandras, chercheure au CNRS et professeure à Sciences Po

à franceinfo

Simplement, je crois que maintenant le jeu de Poutine ne fonctionne plus. Cela fait sept ans qu’il est dans un récit complètement fantasmagorique de ce qu’il se passe. Les autorités russes nient toujours, au bout de sept ans, qu’elles sont intervenues dans l’Est de l’Ukraine, nient qu’il y a des forces et du matériel militaire basés dans l’Est de l’Ukraine.

Quand vous parlez d’Alexeï Navalny qui est à deux doigts de la mort alors qu’il croupit dans sa prison, est-ce que la Russie n’a pas plutôt intérêt à le garder vivant ?

C’est tout le problème : ils ne veulent pas le laisser vivre, mais ils ne peuvent peut-être pas le laisser mourir. Là ils sont vraiment sur le fil parce que Navalny peut, d’un instant à l’autre, avoir le cœur qui lâche. C’est pour cela que je proposerai une action physique de nos dirigeants, de nos gouvernements européens, américains, canadiens. C’est à dire d’envoyer des représentants de haut niveau de nos gouvernements dans la ville où se trouve le camp pénitentiaire où est enfermé Navalny. Les paroles de suffisent plus. J’espère que nous allons tous comprendre qu’il n’y a qu’une réalité de présence physique qui peut le sauver. Et que nous ne sommes pas simplement en train d’essayer de sauver un homme, mais la vie d’une personne qui aujourd’hui symbolise, personnifie, la seule chance pour les 140 millions de Russes de faire une transition pacifique institutionnelle pour sortir du système Poutine – qui est extrêmement dangereux pour les Russes – doucement, vers une transition, de nouvelle élections réellement libres et de pouvoir élire de nouveaux représentants, un nouveau président, un nouveau gouvernement, etc. Navalny symbolise tout cela.

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