Aires de protection en Méditerranée, pesticides… les promesses d’Emmanuel Macron pour l’environnement – Le Monde

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Emmanuel Macron lors de l’ouverture du congrès de l’IUCN, à Marseille, le 3 septembre 2021.

Au troisième jour de sa visite à Marseille, lors de son discours devant le congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui s’ouvre à Marseille, vendredi 3 septembre, Emmanuel Macron a annoncé une série d’initiatives pour l’environnement.

L’UICN, la plus grande organisation de protection de la nature, a lancé vendredi son congrès mondial sur des appels à s’attaquer de front aux crises « jumelles » de la biodiversité et du changement climatique, pour sauver l’avenir de l’humanité sur une planète qu’il a déjà bien mise à mal.

« On voit bien que le climat, la nature et l’humanité sont inséparables, et je pense que nous le mesurons beaucoup mieux malheureusement depuis que nous avons vécu cette pandémie de Covid-19 parce que nous avons refait l’expérience de notre ancrage dans le vivant », a lancé le président français.

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Extension des aires fortement protégées en Méditerranée

Evoquant la COP26 sur le climat en novembre à Glasgow, il a insisté sur « l’urgence de resynchroniser ces deux agendas, (…) de faire comprendre à tous que la bataille pour le climat et contre le dérèglement climatique est jumelle de la bataille pour préserver et restaurer la biodiversité. Et que l’une et l’autre se nourrissent ».

Après une sortie en mer dans le célèbre parc naturel des Calanques, il a annoncé la tenue en France d’un sommet sur les océans – baptisé « One Ocean Summit » – fin 2021 début 2022, mais aussi une importante augmentation des zones de protection forte dans les eaux françaises de Méditerranée, qu’il veut porter à 5 % du total en 2027, contre 0,2 % actuellement.

Cette extension des aires marines fortement protégées en Méditerranée, très attendue par les défenseurs de l’environnement, constitue « un vrai changement, qui nous permettra d’atteindre un autre objectif de 10 % [d’ici] à 2030 », a précisé le président français.

Sortie accélérée des pesticides

M. Macron a déclaré vouloir entamer une sortie accélérée des pesticides, sans plus de détails, lorsque la France aura la présidence tournante de l’Union européenne, au premier semestre 2022. « Ça n’est qu’au niveau européen que nous y arriverons, sinon nous nous ralentirons », a-t-il déclaré.

Depuis le Grenelle de l’environnement fin 2007, qui avait fixé un objectif de réduction de 50 % de l’usage des pesticides de synthèse en dix ans, les plans successifs ont échoué. Les ventes de pesticides chimiques ont été en hausse en 2020 en France, les agriculteurs anticipant des restrictions ayant constitué des stocks.

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La « sortie du glyphosate » promise par Emmanuel Macron ne s’est pas non plus concrétisée. De nombreuses cultures peinent à se passer de ce désherbant aussi controversé qu’efficace, actuellement autorisé jusqu’à fin 2022 dans l’Union européenne.

Opposition à l’accord commercial UE-Mercosur

Invoquant la protection du climat et de la biodiversité, Emmanuel Macron a aussi annoncé que la France maintiendra son opposition à l’accord commercial UE-Mercosur, conclu en juin 2019, après vingt ans de négociations, avec les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay).  « Nous ne pouvons pas le conclure aujourd’hui ainsi », a insisté M. Macron, estimant que « notre politique commerciale doit porter des clauses miroir sur le plan climatique et sur le plan de la biodiversité ».

« Cela, c’est ce que je veux que la présidence française, aux côtés de nos partenaires, avec la Commission, puisse porter », a-t-il poursuivi : « Nous devons réinventer nos politiques commerciales pour qu’elles soient cohérentes avec nos politiques climatiques, avec nos politiques de biodiversité, c’est une nécessité. » Négocié par la Commission européenne au nom des pays de l’UE, le traité ne sera définitivement entériné qu’après avoir été ratifié par les Parlements de l’ensemble des Etats membres.

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Des annonces qui peinent à convaincre

Les propos du président n’ont pas entièrement convaincu. « Globalement, c’est un beau discours comme on en a déjà entendu dans la bouche d’Emmanuel Macron », a estimé auprès de l’Agence France-Presse Jean-François Julliard de Greenpeace France, regrettant la tenue d’un « énième sommet ».

Pierre Cannet, de WWF France, parle d’une « rentrée mitigée du président de la République sur le front de la biodiversité ». S’il salue les déclarations pour la Méditerranée et les engagements à ne pas importer des matières premières liées à la déforestation, sa « vision et le cap (…) restent flous et sans consistance ».

Les annonces faites par Emmanuel Macron n’ont pas non plus convaincu des sympathisants d’Extinction Rebellion. « La planète est en danger, plus de biodiversité ! », ont scandé une centaine de manifestants réunis dans le centre de Marseille. Interrogé en amont de l’ouverture du congrès, Alain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux, assénait : « Le mandat du président Macron ne laisse pas d’empreinte écologique. »

Amandine Le Breton, de la Fondation Nicolas Hulot, s’est réjouie de la « clarification de la position française par rapport au Mercosur » et de la promesse que la France portera lors de sa présidence de l’UE le dossier des « clauses miroir » imposant aux produits agricoles importés de respecter les normes européennes pour éviter toute distorsion de concurrence. Mais elle relève aussi des « incohérences » : « Ce que nous attendons, au-delà de ce congrès, c’est que chaque décision du gouvernement soit, a minima, non dommageable pour la biodiversité, voire positive », explique-t-elle.

Le Monde avec AFP

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