Afghanistan : plusieurs morts lors d’une ruée vers l’aéroport de Kaboul, les Etats-Unis réquisitionnent des vols commerciaux – Le Monde

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Des passagers attendent sur le tarmac de l’aéroport de Kaboul de monter à bord d’un avion militaire italien pour se rendre à Rome, dimanche 22 août 2021.

Aéroport congestionné et menaces sur la sécurité : une semaine après la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan, des milliers de personnes tentent toujours, dimanche 22 août, de fuir leur pays au péril de leur vie tandis que les opérations d’évacuations des pays étrangers se poursuivent dans des conditions extrêmes.

Les scènes de panique et de désespoir, qui se déroulent depuis une semaine à l’aéroport de Kaboul, ont provoqué la mort de civils. Sept Afghans sont morts dans la cohue, a fait savoir dimanche le ministère de la défense britannique, sans apporter plus de précisions.

La veille, des images tournées par Sky News montraient les corps d’au moins trois personnes, vraisemblablement écrasées par la foule qui se presse contre les portes de l’aéroport, avec les soldats américains d’un côté et les combattants islamistes de l’autre.

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Un journaliste faisant partie d’un groupe d’employés de presse et d’universitaires qui ont pu accéder à l’aéroport dimanche a décrit à l’Agence France-Presse (AFP) des scènes de désespoir, de gens s’accrochant à leur bus au moment où ils y pénétraient. « Ils nous montraient leurs passeports et criaient : Emmenez-nous avec vous ! S’il vous plaît, emmenez-nous avec vous !Le combattant taliban dans le camion devant nous a dû tirer en l’air pour les disperser. »

Espérant un miracle, des familles demeurent massées entre les rangs de barbelés qui entourent le périmètre séparant les talibans des troupes américaines. Les routes menant à l’aéroport continuent d’être extrêmement congestionnées.

« Mathématiquement impossible » d’évacuer tout le monde

Depuis le 14 août, quelque 17 000 personnes ont été évacuées par les Etats-Unis, dont 2 500 Américains. Dans une interview à la chaîne ABC, le président américain Joe Biden a fait savoir que les Etats-Unis prévoyaient d’évacuer tous les Américains (entre 10 000 et 15 000 personnes, selon certaines estimations), et espéraient pouvoir faire de même pour les alliés afghans et leurs familles (entre 50 000 et 65 000 personnes).

« Les Américains veulent sortir 60 000 personnes avant la fin du mois. C’est mathématiquement impossible », a néanmoins jugé le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell. Ce dernier a affirmé avoir fait part aux Etats-Unis du fait que les mesures de sécurité à l’aéroport étaient trop strictes et qu’elles empêchent les Afghans qui travaillaient pour les Européens d’y pénétrer.

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Des milliers de personnes ont déjà été admis à bord d’appareils dépêchés dans l’urgence par les pays occidentaux. L’objectif : évacuer leurs ressortissants, leur personnel diplomatique et les citoyens afghans qui ont travaillé avec eux et craignent des représailles des talibans, ainsi que leurs proches.

« Aucune nation ne pourra évacuer tout le monde », a déclaré dans le Mail on Sunday le ministre de la défense britannique, Ben Wallace, alors que le temps presse avant le 31 août, date fixée par l’administration américaine pour le retrait définitif de ses forces d’Afghanistan et la fin des opérations d’évacuation. « Si le calendrier américain est maintenu, nous n’avons pas de temps à perdre pour évacuer la majorité des gens qui attendent », a-t-il déclaré.

Pour tenter d’y parvenir, le secrétaire d’Etat à la défense des Etats-Unis, Lloyd Austin, a annoncé dimanche le déclenchement de la flotte aérienne civile de réserve, qui permet la réquisition par l’armée américaine d’appareils commerciaux. Dix-huit avions ont été réclamés à six compagnies aériennes : trois à American Airlines, Atlas Air, Delta Air Lines et Omni Air ainsi que deux à Hawaiian Airlines et quatre à United Airlines, selon un communiqué de l’administration américaine.

Ces avions ne se rendront pas à l’aéroport de Kaboul, précise le texte, mais effectueront des liaisons entre des bases relais, notamment en Espagne et en Allemagne, et les Etats-Unis. « L’activation de la réserve permet d’augmenter les mouvements de passagers au-delà de nos capacités propres et permet à la flotte militaire de se concentrer sur les vols d’entrée et de sortie de Kaboul », explique le secrétariat d’Etat.

Les talibans accusent les Etats-Unis

Un haut responsable taliban a estimé, dimanche, que les Etats-Unis étaient responsables du chaos à l’aéroport. « L’Amérique, avec toute sa puissance et ses équipements (…), a échoué à ramener l’ordre à l’aéroport. Il y a la paix et le calme dans tout le pays, mais il n’y a que le chaos à l’aéroport de Kaboul (…). Cela doit cesser le plus tôt possible », a déclaré Amir Khan Muttaqi, ministre de l’éducation du gouvernement taliban entre 1996 et 2001 et membre de la direction politique du mouvement.

En images Des milliers de familles massées devant l’aéroport de Kaboul, dans l’espoir de quitter le pays

Six mille militaires américains lourdement armés contrôlent l’aéroport, mais les talibans patrouillent dans les rues alentour, empêchant beaucoup d’Afghans d’atteindre l’aéroport. L’ambassade des Etats-Unis en Afghanistan a demandé, samedi, aux ressortissants américains d’éviter de se déplacer vers l’aéroport à cause de « potentielles menaces de sécurité à l’extérieur des portes de l’aéroport de Kaboul ».

Le Monde

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