Afghanistan : les talibans cernent Kaboul, le gouvernement promet un « transfert pacifique du pouvoir » – Le Monde

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Des policiers afghans à un checkpoint sur une route menant à Kaboul, samedi 14 août 2021.

Il ne leur reste plus que Kaboul à conquérir. Alors que les talibans affirment ne pas avoir l’intention de prendre la capitale afghane par la force, ordonnant aux combattants de rester à ses portes, le ministère de l’intérieur afghan a de son côté déclaré, dimanche 15 août au matin, que certains insurgés y étaient déjà présents. Les talibans ont intimé aux combattants d’éviter toute violence à Kaboul, de laisser passer les personnes qui veulent partir et demandé aux femmes de se mettre dans des endroits sûrs, selon un de leurs responsables à Doha, cité par l’agence Reuters.

« Les Afghans ne doivent pas s’inquiéter (…) Il n’y aura pas d’attaque sur la ville [de Kaboul]. Et il y aura un transfert pacifique du pouvoir vers un gouvernement de transition », a affirmé dimanche le ministre afghan de l’intérieur, Abdul Sattar Mirzakwal.

Les talibans avaient aussi pris, dimanche, le contrôle du dernier poste frontière encore aux mains du gouvernement afghan : celui de Torkham, à la frontière avec le Pakistan, a déclaré dimanche le ministre de l’intérieur pakistanais, Sheikh Rashid Ahmed. Cela signifie que les insurgés ont désormais la maîtrise de l’ensemble des frontières afghanes, faisant de l’aéroport de Kaboul la dernière porte de sortie du pays.

Quelques heures plus tôt, ils s’étaient emparés sans résistance de la ville de Jalalabad (est), après avoir pris Mazar-i-Sharif, la quatrième plus grande ville afghane et le principal centre urbain du nord du pays. En à peine dix jours, les talibans, qui avaient lancé leur offensive en mai à la faveur du début du retrait final des troupes américaines et étrangères, ont donc pris le contrôle de la grande majorité du pays et sont arrivés aux portes de Kaboul, complètement encerclée.

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Déroute totale pour l’armée

Des personnes quittant Kaboul par l’aéroport, le 14 août 2021.

Une poignée de villes mineures sont encore sous le contrôle du gouvernement mais, dispersées et coupées de la capitale, et n’ont plus une grande valeur stratégique. La déroute est totale pour le gouvernement du président Ashraf Ghani et pour les forces de sécurité afghanes, pourtant financées pendant 20 ans par les Etats-Unis.

Face à l’avancée fulgurante des talibans, des dizaines de soldats afghans se sont réfugiés en Ouzbékistan voisin, ont annoncé dimanche les autorités de Tachkent dans un communiqué. En juillet, un millier de soldats afghans avaient déjà traversé la frontière vers le Tadjikistan après des combats avec les talibans. Les troupes ouzbèques à la frontière entre les deux pays ont arrêté 84 soldats afghans et des discussions ont été engagées avec les autorités afghanes pour organiser leur retour dans leur pays, a fait savoir le ministère ouzbek des affaires étrangères.

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Samedi, le chef de l’Etat avait dit faire de la « remobilisation (des) forces de sécurité et de défense » la « priorité numéro un ». Mais son message ne semble guère avoir été entendu. Ashraf Ghani se retrouve sans autre option que de devoir choisir entre capituler et démissionner, ou poursuivre le combat pour sauver Kaboul, au risque d’être responsable d’un bain de sang.

Il avait toutefois ajouté samedi que des « consultations » étaient en cours pour trouver une « solution politique » garantissant la paix et la stabilité. Dans la soirée, le palais présidentiel a précisé qu’une délégation serait « prochainement constituée par le gouvernement et prête à négocier ».

Evacuation des diplomates étrangers

Un hélicoptère de l’armée américaine au dessus de Kaboul, en Afghanistan, dimanche 15 août 2021.

Face à l’effondrement de l’armée afghane, le président américain, Joe Biden, a porté à 5 000 soldats le déploiement militaire à l’aéroport de Kaboul pour évacuer les diplomates américains et des civils afghans ayant coopéré avec les États-Unis et qui craignent pour leur vie. Le Pentagone évalue à 30 000 le nombre de personnes à évacuer.

Comme la veille, les hélicoptères américains continuaient dimanche leurs rotations incessantes entre l’aéroport et l’ambassade américaine, un gigantesque complexe situé dans la « zone verte » ultra-fortifiée, au centre de la capitale. Le président américain a menacé les talibans d’une réponse « rapide et forte » en cas d’attaque qui mettrait en danger des ressortissants américains lors de l’opération d’évacuation.

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Mais il a aussi défendu sa décision de mettre fin à vingt ans de guerre, la plus longue qu’ait connue l’Amérique, lancée dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, pour renverser les talibans en raison de leur refus de livrer le chef d’Al-Qaida, Oussama Ben Laden. « Une année ou cinq années de plus de présence militaire américaine n’aurait fait aucune différence, quand l’armée afghane ne peut ou ne veut pas défendre son propre pays », a-t-il affirmé.

L’ambassade américaine a ordonné à son personnel de détruire les documents sensibles et symboles américains qui pourraient être utilisés par les talibans « à des fins de propagande ».

Londres a parallèlement annoncé le redéploiement de 600 militaires pour aider les ressortissants britanniques à partir. Plusieurs pays occidentaux vont réduire au strict minimum leur présence, voire fermer provisoirement leur ambassade. La Russie, en revanche, ne prévoit pas d’évacuer son ambassade à Kaboul, a fait savoir dimanche un responsable du ministère russe des affaires étrangères à l’agence Interfax.

Les talibans, qui veillent à afficher une image plus modérée que lorsqu’ils dirigeaient le pays entre 1996 et 2001, ont maintes fois promis que s’ils revenaient au pouvoir, ils respecteraient les droits humains, en particulier ceux des femmes, en accord avec les « valeurs islamiques ». Mais dans les zones nouvellement conquises, ils ont déjà été accusés de nombreuses atrocités : meurtres de civils, décapitations, enlèvements d’adolescentes pour les marier de force, notamment.

Le Monde avec AP

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