Afghanistan : Constitution d’un gouvernement, chaos à l’aéroport, fonctionnaires entravés… Le point sur la situation – 20 Minutes

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La direction des talibans se rassemblait ce samedi à Kaboul pour définir les contours d’un gouvernement « inclusif » en Afghanistan. Le cofondateur et numéro deux des talibans, Abdul Ghani Baradar, est arrivé samedi à Kaboul après avoir passé deux jours à Kandahar, berceau du mouvement.

Ce mollah, qui dirigeait jusque-là le bureau politique des talibans au Qatar, va « rencontrer des responsables jihadistes et des responsables politiques pour l’établissement d’un gouvernement inclusif », a déclaré un haut responsable taliban. D’autres leaders du mouvement ont été aperçus dans la capitale afghane ces derniers jours, dont Khalil Haqqani, l’un des terroristes les plus recherchés au monde par les Etats-Unis, qui ont promis une récompense de 5 millions de dollars contre des informations permettant sa capture.

Des réseaux sociaux pro-talibans ont montré Haqqani rencontrant Gulbuddin Hekmatyar, considéré comme l’un des chefs de guerre les plus cruels du pays pour avoir notamment bombardé Kaboul durant la guerre civile, entre 1992 et 1996. Hekmatyar, surnommé « le boucher de Kaboul », était un rival des talibans avant que ceux-ci ne prennent le pouvoir entre 1996 et 2001.

Ces mêmes réseaux ont annoncé quelques heures plus tard « l’allégeance » à leur mouvement d’Ahmad Massoud, le fils du commandant Ahmad Shah Massoud, connu pour son opposition au groupe fondamentaliste. Ahmad Massoud, qui plus tôt cette semaine avait demandé des armes aux Etats-Unis pour se défendre contre le nouveau pouvoir dans sa vallée du Panchir, au nord-est de Kaboul, ne s’est pas encore prononcé officiellement sur le sujet.

Depuis l’arrivée de Baradar sur le sol afghan, les talibans ont assuré que leur règne serait « différent » du précédent (1996-2001), marqué par son extrême cruauté notamment à l’égard des femmes. Ils ont répété vouloir former un gouvernement « inclusif », sans toutefois entrer dans les détails.

Chaos autour de l’aéroport de Kaboul, trois morts recensés

Mais six jours après leur prise de contrôle, le devenir politique de l’Afghanistan préoccupe moins la communauté internationale que l’évacuation, dans le chaos le plus total, de milliers d’Afghans. Ce samedi, les routes menant à l’aéroport de Kaboul continuaient d’être congestionnées. Malgré des jours d’échec, des milliers de familles se massaient encore devant l’aérodrome, espérant monter par miracle dans un avion. Devant elles, des militaires américains et une brigade des forces spéciales afghanes se tenaient aux aguets pour les dissuader d’envahir les lieux.

Derrière eux, des talibans, accusés de traquer des Afghans ayant travaillé pour l’Otan pour les arrêter et de restreindre l’accès à l’aéroport qu’ils souhaitent quitter à tout prix, observaient la scène.

Les corps d’au moins trois personnes ont été vus dans la cohue étouffante à l’extérieur de l’aéroport de Kaboul, selon des images filmées par des journalistes ce samedi, alors que des milliers de personnes tentent désespérément de fuir le régime taliban. Les images de la chaîne d’information britannique Sky News montrent des soldats recouvrant trois corps de toiles blanches. La façon dont ils sont morts n’est pas claire. Le journaliste de Sky Stuart Ramsay, qui se trouvait à l’aéroport, a déclaré que les personnes à l’avant de la foule avaient été « écrasées » et que les médecins se précipitaient d’un blessé à l’autre. Les images montrent également de nombreux blessés.

Des menaces à l’aéroport

Un peu plus tôt, l’ambassade américaine à Kaboul avait appelé ses ressortissants à éviter de s’approcher de l’aéroport de Kaboul pour cause de « potentielles menaces de sécurité ». Le bulletin publié sur le site internet de l’ambassade faisait état de « potentielles menaces de sécurité à l’extérieur des portes de l’aéroport de Kaboul ».

La gigantesque opération d’évacuation à Kaboul, qualifiée par Joe Biden de « l’une des plus difficiles de l’histoire », mobilise depuis une semaine, dans des conditions chaotiques, des avions du monde entier pour évacuer par l’aéroport de la capitale afghane des diplomates, d’autres étrangers et des Afghans fuyant un pays tombé aux mains des talibans.

« Je ne peux pas promettre ce qu’en sera l’issue finale » ni qu’il n’y aura pas « de risques de pertes » en vies humaines, a déclaré le président américain. Les Etats-Unis, qui prévoient d’évacuer plus de 30.000 Américains et civils afghans via leurs bases au Koweït et au Qatar, affirment avoir déjà fait sortir plus de 13.000 personnes depuis le 14 août.

Les fonctionnaires empêchés de travailler

La pression va crescendo pour obtenir les places restantes, alors que, selon un rapport d’un groupe d’experts travaillant pour l’ONU, les talibans possèdent des « listes prioritaires » d’Afghans recherchés, les plus menacés étant les gradés de l’armée, de la police et du renseignement. Le rapport indique que les talibans effectuent des « visites ciblées » chez les personnes recherchées et leurs familles.

Ce samedi, les fonctionnaires ont été empêchés de retourner travailler dans les bâtiments publics par les talibans, alors que la semaine de travail reprend le samedi en Afghanistan, ont indiqué plusieurs d’entre eux. « Je suis allé à mon bureau ce matin, mais le taliban qui était à l’entrée m’a dit qu’il n’avait pas reçu l’ordre de rouvrir », a indiqué Hamdullah, un fonctionnaire kabouli. « Ils nous ont dit de regarder à la télé ou d’écouter à la radio l’annonce de la reprise du travail », a-t-il ajouté.

« Les talibans ont fermé toutes les routes jusqu’au ministère. Ils n’autorisent personne à entrer dans le bâtiment », a de son côté indiqué un employé du ministère des Affaires étrangères afghan. « L’un d’entre eux m’a dit d’attendre jusqu’à la nomination du nouveau ministre et de ses directeurs. »

« Ils nous ont renvoyés chez nous », a confirmé un fonctionnaire de la mairie de Kaboul. « Je suis venu avec beaucoup d’espoir mais suis reparti déçu. » Depuis que les talibans ont pris le pouvoir le 15 août, les bâtiments gouvernementaux, les banques, les bureaux des passeports, les écoles et les universités sont restés largement fermés. Seules quelques entreprises privées de télécommunication ont fonctionné ces derniers jours.

Depuis l’effondrement du gouvernement, l’une des principales préoccupations des Afghans est de continuer à percevoir un salaire, ce qui semble impossible sans un maintien de l’activité.

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