Affaire Troadec : la cour d’assises saisie d’effroi – Le Télégramme

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De Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte, il ne restait très précisément, le 6 mars 2017, que 326,74 g d’os. La famille a été réduite en poussière. Un peu plus de 3 000 fragments, selon l’anthropologue qui a conduit les expertises osseuses. « Même dans une crémation légale, on ne retrouve pas autant de fragments, précise, à la barre de la cour d’assises, l’experte. C’est à peine 10 % du poids minimal attendu pour la crémation de quatre corps ». Les quatre vies de la famille Troadec n’ont pas seulement été ôtées. Leurs corps ont littéralement été anéantis dans la ferme d’Hubert Caouissin et Lydie Troadec, à Pont-de-Buis (29). Hier, la cour d’assises a plongé dans l’horreur de l’expertise médico-légale.

379 « éléments humains »

Pendant près de trois heures, les deux experts ont livré les résultats de leurs insoutenables découvertes sur la dizaine de sites indiqués par Hubert Caouissin, en mars 2017. Les bancs des parties civiles sont vides. On comprend pourquoi.

Zone B. Le foyer extérieur. Six fragments de crânes et de dents identifiés pour 0,73 g d’os. Ce sont les seuls éléments des têtes retrouvés. Zone F. Le poulailler. Là où l’accusé a évacué les cendres. Ne subsistent ici que des esquilles : 2 460 pour 64,21 grammes.

Zones O, Q, S. Des ronciers. Cent dix éléments humains ici, deux dans la deuxième et 52 dans la troisième (…)

En tout, 379 « éléments humains » ont été découverts. « Le plus petit mesurait moins de 1 cm. Le plus grand, 51 cm sur 7 cm », énonce le médecin légiste. La fragmentation est telle que l’origine humaine n’a pu être établie avec certitude que pour 9 % des prélèvements. Le légiste a, dans ces circonstances, été « incapable de déterminer la cause des décès ».

Le cœur « délibérément extrait »

La destruction des corps a été minutieuse, acharnée. Inouïe. « Écorchement, décapitation, dépeçage, désossage et éviscération », égrène le légiste, qui semble évoquer un degré de technicité comparable à celui que nécessite sa spécialité. À ce propos, l’expert dit sa surprise. Quatre blocs digestifs ont été retrouvés. « On a constaté une certaine progression dans la technique d’éviscération », commence-t-il. Hubert Caouissin s’est perfectionné… D’abord Sébastien, puis Brigitte, puis Charlotte. Et enfin, Pascal. « Aucune technique, pas même en médecine légale, en boucherie ou en chasse, ne permet cela, sauf en désossant les corps. C’est extrêmement technique et compliqué », insiste le légiste.

Hubert Caouissin, consacré expert, relève la tête pour la première fois de la journée. Il écoute avec attention. Le légiste poursuit. Sa seconde « surprise », c’est le dernier bloc, entier. Celui de Pascal. « Il manquait pourtant un organe. Un seul : le cœur. » Le légiste a assuré hier, devant une cour d’assises figée, révulsée, que celui-ci avait été « spécifiquement et délibérément extrait ».

« Je ne me rappelle pas avoir fait ça. Les images, je les ai pas », explique, dans un souffle, Hubert Caouissin.

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