Affaire Karachi : prison ferme pour six prévenus, dont des proches d’Edouard Balladur, dans le volet financier – Le Monde

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Six personnes ont été jugées pour abus de biens sociaux, recel ou complicité : un industriel, trois politiques et deux intermédiaires.

Vingt-cinq ans après les faits, le tribunal correctionnel de Paris a condamné, lundi 15 juin, à des peines de deux à cinq ans de prison ferme six prévenus dans le volet financier de l’affaire Karachi, concernant des commissions occultes sur des contrats d’armements signés en 1994 avec l’Arabie Saoudite et le Pakistan.

Le tribunal a durement sanctionné les anciens proches de l’ex-premier ministre Edouard Balladur, qui ne pouvaient ignorer « l’origine douteuse » des fonds versés sur le compte de la campagne présidentielle malheureuse de 1995 et issus de rétrocommissions illégales. Ce premier jugement sonne comme un avertissement pour l’ancien premier ministre, dont le procès aura lieu dans les prochains mois.

En octobre, le parquet de Paris avait requis des peines allant de dix-huit mois ferme à sept ans de prison contre ces six personnes : un industriel (Dominique Castellan), trois politiques (Renaud Donnedieu de Vabres, Thierry Gaubert et Nicolas Bazire) et deux intermédiaires (Ziad Takieddine et Abdul Rahman Al Assir), pour abus de biens sociaux, complicité ou recel de ce délit – un éventuel financement politique illégal étant prescrit.

Il leur est reproché d’avoir floué deux entités détenues par l’Etat : la branche internationale de la Direction des constructions navales (DNCI), qui vendait des sous-marins au Pakistan, et la Sofresa, qui vendait des frégates à l’Arabie saoudite.

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Circuits d’argent et contrats d’armement

Selon les procureurs, le pouvoir politique a imposé à la DCNI et la Sofresa des intermédiaires « inutiles » dans ces contrats, le « réseau K », à des conditions financières « anormales ». Dans son « intérêt » : faire revenir une petite partie des commissions versées à ce réseau vers les comptes de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995.

Les magistrats ont tenté de clarifier les circuits de l’argent en égrenant « les contacts qui se nouent », les « conditions exorbitantes » accordées au réseau, les voyages en Suisse de l’un de ses membres, Ziad Takieddine… Selon eux, les 10,25 millions de francs en liquide versés sur les comptes de la campagne d’Edouard Balladur juste après sa défaite proviennent de M. Takieddine, un « retour d’ascenseur » aux balladuriens, qui lui auraient permis de s’enrichir en l’imposant dans les contrats d’armement.

Les prévenus ont de leur côté réfuté tout financement politique. Mais si Jacques Chirac avait décidé, après son élection à la présidence de la République, l’arrêt des commissions litigieuses, c’était bien « pour tarir le trésor de guerre des balladuriens », ses frères ennemis, a insisté l’un des procureurs.

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Une enquête antiterroriste toujours en cours

Dans cette affaire, les soupçons de rétrocommissions avaient émergé au fil de l’enquête sur l’attentat de Karachi. Le 8 mai 2002, une voiture piégée précipitée contre un bus transportant des salariés de la DCNI coûtait la vie à 15 personnes dont 11 Français travaillant à la construction des sous-marins dans le grand port pakistanais.

La justice ne devait pas se prononcer, lundi, sur un éventuel lien de causalité entre l’arrêt du versement des commissions et l’attentat de Karachi en 2002, thèse défendue par les familles des victimes : ce volet fait l’objet d’une enquête antiterroriste toujours en cours. MM. Balladur et Léotard (ex-collaborateur du premier) comparaîtront ultérieurement devant la Cour de justice de la République, seule compétente pour juger les membres du gouvernement pour des infractions commises pendant leur mandat.

Le Monde avec AFP

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