Affaire Griveaux : imbroglio autour du rôle de Juan Branco dans la défense de Piotr Pavlenski – Le Monde

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L’avocat Juan Branco s’exprime devant la presse après sa rencontre avec le bâtonnier de Paris, lundi 17 février.

L’avocat Juan Branco s’exprime devant la presse après sa rencontre avec le bâtonnier de Paris, lundi 17 février. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Après trente-six heures d’imbroglio judiciaire, la défense de Piotr Pavlenski et Alexandra de Taddeo s’éclaircit. Placé en garde à vue, dimanche 16 février, dans le cadre de l’enquête portant sur la diffusion de vidéos intimes ayant conduit Benjamin Griveaux à retirer sa candidature à la Mairie de Paris, le couple n’a pas pu bénéficier du soutien de l’avocat qu’il avait sollicité, Juan Branco.

En cause, les liens de proximité que le conseiller de Julian Assange entretient avec ses nouveaux clients. Soulevée par les enquêteurs et le parquet, cette question a nécessité, lundi, l’intervention du bâtonnier de Paris, Olivier Cousi. Le parquet n’ayant pas la compétence pour dessaisir un avocat, seul le bâtonnier peut en effet s’opposer à sa désignation.

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Le cafouillage judiciaire débute samedi après-midi lorsque Piotr Pavlenski est placé en garde à vue pour « violences volontaires avec arme ». Cette affaire, distincte de celle portant sur l’atteinte à la vie privée de Benjamin Griveaux, concerne une bagarre à l’arme blanche le 31 décembre. Ce soir-là, Piotr Pavlenski et Alexandra de Taddeo étaient invités à passer le réveillon chez une amie de Juan Branco, dont les parents habitent un vaste appartement du boulevard Saint-Germain, dans le 6e arrondissement de Paris.

Cité comme témoin dans cette affaire, Juan Branco prévient l’activiste russe qu’il ne pourra pas le défendre pour ces faits de violences, explique au Monde l’auteur de l’essai anti-Macron Crépuscule (Au Diable Vauvert, 2019). Le performeur russe contacte alors l’avocate pénaliste Marie-Alix Canu-Bernard.

Le lendemain, dimanche, alors que le couple est de nouveau placé en garde à vue, cette fois dans l’affaire impliquant Benjamin Griveaux, Me Canu-Bernard est de nouveau sollicitée pour assurer leur défense. Elle décide de renoncer, évoquant à L’Obs des « raisons couvertes par le secret professionnel ».

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Un possible conflit d’intérêts

C’est là que Juan Branco intervient. Avant même la publication des vidéos intimes, Piotr Pavlenski avait « consulté » l’essayiste pour « avoir un avis juridique sur la situation » et « vérifier la fiabilité » de la vidéo avant sa diffusion, selon les dires de ce dernier à plusieurs médias. L’ancien candidat aux élections législatives pour La France insoumise apparaît alors comme l’avocat naturel du couple.

Lors de son audition dimanche, après le désistement de Me Canu-Bernard, Piotr Pavlenski demande oralement à ce que Me Branco le représente sur ce dossier, refusant que tout autre avocat soit nommé, selon L’Obs, une information confirmée au Monde par Me Branco. En application de l’article 63-3-1 du code de procédure pénale, consacré aux « conflits d’intérêts » entre un avocat et un gardé à vue, la demande de l’activiste russe n’a pas été acceptée, rapporte une source judiciaire au Monde.

Selon ce texte de loi :

« En cas de divergence d’appréciation entre l’avocat et l’officier de police judiciaire ou le procureur de la République sur l’existence d’un conflit d’intérêts, l’officier de police judiciaire ou le procureur de la République saisit le bâtonnier qui peut désigner un autre défenseur. »

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Lorsqu’il arrive dans les locaux de la police judiciaire parisienne pour rencontrer celui qu’il nomme déjà son « client » russe, Me Branco se voit donc refuser l’accès aux deux gardés à vue. Et s’indigne : « Dans cette affaire exceptionnelle, le parquet de Paris vient de prendre une décision extraordinaire : il s’oppose à ce que je représente mon client. » Une décision « rarissime », abonde Jean Castelain, qui n’a jamais été confronté à cette situation lorsqu’il était bâtonnier au barreau de Paris entre 2010 et 2011, fait-il savoir à Franceinfo.

Dénonçant « une atteinte au droit de la défense inédite et gravissime », Me Branco précise que le commissaire chargé de représenter la parole du parquet de Paris lui a précisé qu’il était « cité dans le dossier mais pas mis en cause ». Elément qui pourrait théoriquement étayer un éventuel conflit d’intérêts. Un argument réfuté par Me Branco : « C’est évident que je sois cité dans une affaire qui concerne mon client », explique-t-il ainsi au Monde.

« Un avocat est libre de sa défense »

Cette justification du parquet intervient alors que le gouvernement estime que Piotr Pavlenski a « sans doute été aidé » dans son entreprise de déstabilisation du pouvoir. Piotr Pavlenski « ne peut pas être le seul impliqué », avait déclaré samedi l’avocat de M. Griveaux, Richard Malka, précisant que l’enquête « couvrira tout le champ des infractions qui ont été réalisées par l’auteur de la diffusion initiale et par ceux qui ont repris ces diffusions ».

Fervent opposant d’Emmanuel Macron, Me Branco dément depuis le début de l’affaire toute implication dans la divulgation de la vidéo, estimant toutefois que ce geste politique était « légitimé par la peopolisation de la campagne de M. Griveaux ».

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Pour statuer sur son cas, le bâtonnier de Paris s’est donc entretenu lundi matin avec Me Branco. Expliquant, lundi lors d’un point presse, qu’« il est normal qu’un avocat vienne voir son bâtonnier lorsqu’il rencontre une difficulté d’ordre déontologique », il souligne qu’« un avocat est libre de sa défense ».

« Lui seul doit apprécier en conscience et au regard des règles déontologiques s’il peut et s’il doit continuer à défendre un client », poursuit le bâtonnier. « En l’état du dossier, je n’ai pas suffisamment d’information permettant de prendre une décision concernant la poursuite par M. Juan Branco de la défense de M. Pavlenski », explique-t-il dans un communiqué, précisant avoir décidé d’ouvrir une enquête déontologique afin de déterminer si Me Branco peut « poursuivre dans l’intérêt de son client et dans le respect des règles de la profession la défense de M. Pavlenski ».

En attendant les conclusions de cette enquête, Me Branco assure au Monde qu’il est toujours « formellement l’avocat de Piotr Pavlenski et Alexandra de Taddeo ». Pour assurer la défense du couple au cas où le parquet s’opposerait une nouvelle fois à l’intervention de Me Branco, le bâtonnier de Paris a désigné deux avocats pour accompagner l’essayiste, Dominique Tricaud et Cédric Labrousse.

Lundi soir, Piotr Pavlenski et Alexandra de Taddeo ont été présentés devant la justice en vue de l’ouverture d’une information judiciaire mardi matin, sans avoir jusque-là pu échanger avec un avocat, quel qu’il soit.

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