Affaire Fourniret : l’archéologie criminelle à la recherche du corps d’Estelle Mouzin – Le Monde

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Le château du Sautou, qui appartenait à Michel Fourniret, près de Ville-sur-Lumes (Ardennes), le 27 octobre.

Les portables des avocats du dossier Fourniret n’arrêtent plus de sonner. « Vous pensez qu’on va la trouver ? » ; « Vous savez où elle est exactement ? », demandent des journalistes spécialisés en fait divers, à propos d’Estelle Mouzin, dernière victime officielle de l’un des plus grands tueurs en série français. « On n’en sait rien, on espère seulement la retrouver avant Noël », répond inlassablement Corinne Herrmann, l’avocate, avec Didier Seban, d’Eric Mouzin, le père de l’écolière de Guermantes disparue le 9 janvier 2003. « Tout ce qu’on dit, c’est qu’on a rendez-vous à 9 h 30 ce lundi à la gendarmerie de Charleville-Mézières, et qu’il faut prendre des bottes », explique-t-elle.

Au pied des immenses sapins du domaine du Sautou, dans les Ardennes, la pluie des derniers jours a formé de petits ruisseaux qui serpentent à travers la boue. Des conditions difficiles pour débuter les opérations de recherche du corps d’une fillette au milieu de ce parc de 15 hectares de forêt, planté sur la frontière belge. Le mois dernier, Fourniret, 78 ans, a dit l’avoir enterrée là. « Le Sautou, c’est son domaine, son cimetière personnel, décrypte l’avocate. Il l’a vendu en 1993 mais dix ans après, il considérait que c’était toujours chez lui. Il y avait déjà enterré deux victimes et déposé une autre au bout du chemin forestier. »

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A l’aube, les gendarmes du groupement des Ardennes devaient être les premiers, lundi 7 décembre, à bloquer les accès au château. Puis devait arriver une caravane d’une vingtaine de véhicules. Une trentaine de personnes en tout, qui se connaissent déjà des infructueuses fouilles précédentes, tous animés par l’idée de résoudre ce dossier. La juge Sabine Khéris et sa greffière d’abord, puis les enquêteurs de la section de recherches de Dijon, des militaires du 17régiment de génie parachutiste (RGP) de Montauban avec leurs pelleteuses, et aussi un archéologue de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), Patrice Georges.

« L’archéologue sait faire parler la terre »

Jusque-là, ce fils de policier et expert auprès des tribunaux travaillait plutôt sur les tombes des rois d’Egypte. Depuis l’affaire Fourniret, il creuse en France, à la recherche de squelettes enfouis dans les forêts, ou forme les autorités irakiennes à la détection de charniers dans leur pays. C’est l’un des rares spécialistes français d’une science plus répandue aux Etats-Unis : « l’archéologie forensique », ou archéologie criminelle. En novembre 2019, au Palais de justice de Paris, la juge Sabine Khéris a organisé un colloque sur ces techniques : « Les grands tueurs en série l’ont bien compris : ils font disparaître leur victime pour qu’elle ne soit pas retrouvée et le temps passe », décrivait-elle devant un parterre d’enquêteurs. « L’archéologue sait faire parler la terre. »

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