Affaire des «écoutes» de Sarkozy : la justice aurait espionné plusieurs avocats parisiens – Le Figaro

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Après les révélations d’Éliane Houlette, ancien chef du parquet national financier, qui dénonçait la semaine dernière les «pressions» reçues lors de l’enquête sur François Fillon en 2017, c’est au tour du parquet lui-même de faire l’objet de révélations embarrassantes. Dans un papier publié jeudi, Le Point revient sur l’affaire dite des «écoutes», où l’enquête visant Nicolas Sarkozy et son entourage aurait «piétiné l’état de droit».

Les faits remontent à 2014, alors que la justice enquêtait sur les sources judiciaires de l’ex Président et de son avocat, Thierry Herzog. Ce dernier aurait à l’époque obtenu des informations confidentielles sur l’affaire Bettencourt auprès de Gilbert Azibert, ancien avocat général près la Cour de Cassation. Les médias ont depuis cette époque pris l’habitude d’évoquer cette affaire sous le nom d’«affaire Bismuth», car Thierry Herzog et Nicolas Sarkozy avaient pris l’habitude de dialoguer sur un téléphone dédié, enregistré à ce nom.

En échange des renseignements confidentiels, Gilbert Azibert aurait émis, selon l’enquête, le souhait d’être «récompensé» par un soutien de l’ancien chef de l’État dans une nomination professionnelle à Monaco. Nicolas Sarkozy devait appuyer sa candidature auprès d’un ministre d’État monégasque, lors d’un déjeuner le 25 février 2014. Un appui qui n’a finalement pas eu lieu. Et donc un renoncement à un acte de «corruption» qui, avait estimé le parquet, montrait que le prévenu avait obtenu de nouveaux renseignements et savait même que sa ligne dédiée aux échanges avec Thierry Herzog était écoutée.

C’est ainsi qu’Ariane Amson, substitut du procureur et future conseillère pour la Justice de François Hollande à l’Élysée, aurait lancé une enquête préliminaire pour violation du secret professionnel afin d’identifier la «taupe». Une enquête, soit dit en passant, qui «n’est normalement pas de la compétence du parquet national financier», comme l’indique Le Point. Un autre procureur, Patrice Amar, aurait coordonné les travaux de cette enquête.

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«Certains magistrats n’ont plus de limites»

En l’absence de soupçons étayés par des éléments tangibles, la justice aurait ainsi récupéré et épluché les factures de téléphone de plusieurs cabinets d’avocats : Dupond-Moretti, Temime, Lussan, Veil-Jourde, Haïk ou Canu-Bernard sont au nombre des établissements visés. L’institution judiciaire elle-même aurait été scrutée, les enquêteurs ayant également obtenu la liste de tous les appels entrants ou sortants du parquet national financier, et même d’une juge d’instruction. Certains avocats auraient même été géolocalisés en permanence. Une demande de bornage de tous les téléphones aux abords du cabinet Veil-Jourde, dans le 8ème arrondissement de Paris, aurait été ordonnée.

«Sur la base d’un seul appel à Thierry Herzog, un ami que je n’ai même pas réussi à joindre, on m’a espionné pendant quinze jours. On a pu savoir quand et qui j’appelais, le nom de mes amis et de mes clients. C’est une atteinte intolérable à ma vie privée et à ma vie professionnelle» s’émeut l’avocat Eric Dupond-Moretti, dont les «fadettes» (factures téléphoniques) auraient été épluchés pendant deux semaines. «Je trouve cela monstrueux. Certains magistrats n’ont plus de limites» poursuit-il dans les colonnes du Point. Au micro de LCI, l’avocat a depuis annoncé le dépôt d’une plainte.

Des «atteintes» dans une enquête dont Le Point précise qu’elle n’a rien donné, sinon des éléments plutôt «susceptibles de nourrir la défense de Nicolas Sarkozy», raison pour laquelle les résultats auraient été volontairement tus par le parquet. Seuls les procureurs auraient ainsi eu accès aux travaux, et un classement sans suite aurait été prononcé, en décembre 2019. Une décision tardive avec des conséquences déplorables pour la défense : «Nous n’avions donc plus la possibilité de saisir la chambre de l’instruction ou la Cour de cassation pour faire annuler la procédure», déplore ainsi Paul-Albert Iweins, un des avocats de Thierry Herzog. Manœuvre judiciaire supplémentaire? Contacté par l’hebdomadaire, le parquet national financier ne répond pas sur le sujet, justifiant notamment sa compétence pour une telle enquête par la «connexité des faits», dans un dossier qui jette un nouveau doute sur le fonctionnement de la justice.

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