A Saint-Denis, Christiane Taubira suscite l’espoir de ses soutiens et amende sa position vis-à-vis du vaccin contre le Covid-19 – Le Monde

Christiane Taubira au lendemain de l’annonce de son éventuelle candidature à l’élection présidentielle de 2022, sur le marché de Noël de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 18 décembre.

« Elle arrive, les amis, elle est là, elle l’en-vi-sage ! » Pour les militants du collectif Taubira 2022, installés sur le parvis de l’hôtel de ville de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), ce samedi 18 décembre a une saveur particulière. Un an et demi qu’ils espéraient que leur championne se lance dans la course présidentielle, et la voilà en campagne. La veille, dans sa vidéo où elle évoque sa possible candidature, l’ancienne ministre de la justice avait souligné l’importance de la « cohésion sociale partout, sans exclusive ni exclusion ». De quoi séduire les Dyonisiens, notamment ceux qui ont assisté à sa déambulation dans les allées d’un marché de Noël où les journalistes étaient plus nombreux que les clients.

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Christiane Taubira a, sans surprise, la sympathie de nombreux habitants de cette ville. Mais en s’affichant au côté du maire socialiste Mathieu Hanotin, qui a ravi la ville en 2020 aux communistes et a mené depuis une politique loin de faire l’unanimité chez les électeurs de gauche, notamment en matière de « tranquillité publique », elle met aussi les pieds dans des querelles locales. Comme un écho à toutes les divergences qui traversent la gauche au niveau national.

Les pieds dans les divergences de la gauche

Parmi les habitants venus à sa rencontre, certains ne se gênent pas pour dire du mal du maire, d’autres font remarquer à l’ancienne ministre que Jean-Luc Mélenchon est déjà candidat. Beaucoup aussi se réjouissent et parent l’ancienne ministre de qualités messianiques.

« Ce qui se joue aujourd’hui est un symbole, c’est une éveilleuse, estime Amélie Gigot, du réseau féministe La Collective des mères isolées. Ce que les Etats-Unis ont vécu avec l’élection d’Obama, la France n’y est pas encore parvenu, elle ouvre cette voie-là. » « A gauche, qui est leader ? Qui est debout ? Il y a une fenêtre qui s’ouvre enfin », veut croire pour sa part Pédro Kouyaté, musicien dyonisien. Son programme ? « On attend de voir, reconnaît Christelle, enseignante à Saint-Denis. Mais je lui fais confiance pour nous emmener sur le terrain des idées. » Elisabeth Strauss, venue par hasard l’écouter, désespère de la gauche : « Tout ça risque d’être un coup d’épée dans l’eau… »

Au milieu d’une forêt de perches et de micros tendus, Christiane Taubira assure avoir pris une décision « grave », « sérieuse », en lançant son message de presque candidature, alors que ses concurrents lui reprochent son improvisation. Quant à l’union de la gauche, « la Primaire populaire semble le dernier espace où cette union peut se construire », dit-elle, dissipant le flou qui entourait jusqu’alors les modalités de son projet unitaire. « J’ai déjà dit à plusieurs reprises le bien que je pense de ce processus démocratique et générationnel », ajoute-t-elle. Dans la foule, les militants de la Primaire populaire sont contents. « Ce qu’elle a dit, c’est tout ce qu’on attendait », murmure l’un deux.

Imbroglio sur le passe vaccinal

Les journalistes étaient venus en nombre pour le premier déplacement de Christiane Taubira, le 18 décembre 2021.

Entourée de responsables du Parti radical de gauche (PRG), Christiane Taubira a aussi été interrogée sur le passe vaccinal, appelé à remplacer le passe sanitaire. En septembre, elle avait refusé d’appeler les Guyanais à se faire vacciner, affirmant alors : « Je suis [une] responsable politique qui n’est pas en exercice et qui, par conséquent, ne dispose pas des éléments d’information qui lui permettraient formellement soit de donner une consigne, soit de considérer qu’au vu de ces éléments d’information (…) je tiens un propos responsable. » Autant dire qu’elle est attendue sur ce sujet ce samedi, au lendemain des annonces du premier ministre, Jean Castex.

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Dans sa réponse, l’ancienne ministre entretient l’ambiguïté en évitant de se déclarer pour ou contre, se bornant au « respect » de la décision du gouvernement. « Je suis en confiance sur la science, sur la médecine, assure-t-elle. Lorsque le gouvernement, dans son rôle, à sa place, sous sa responsabilité, choisit de transformer le passe sanitaire en passe vaccinal et ne choisit pas la vaccination obligatoire, il doit néanmoins assurer les services publics hospitaliers en effectifs et en capacité d’accueil et de soins, qui conviennent aux choix politiques qu’il fait. »

Mais une deuxième séquence, dans l’après-midi, l’a vu changer de ton, dans une mise au point vantant les mérites du vaccin. En visite dans le centre de vaccination de la ville, Christiane Taubira a fait état de « la conviction que le vaccin est la réponse à la pandémie, que le vaccin est le geste que l’on doit faire pour soi-même et pour les autres ». « Le plus important, a-t-elle poursuivi selon une vidéo diffusée sur son compte Twitter, c’est de dire aux gens que la meilleure façon de ne pas mettre ni en épuisement, ni en fragilité, ni en danger ces personnels, c’est de se faire vacciner, parce qu’on sait bien, scientifiquement, que c’est la réponse à la pandémie. »

Ce déplacement à Saint-Denis, le premier d’une série, lance en tout cas le compte à rebours du mois que s’est donné l’ancienne ministre pour faire bouger sa famille politique.

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